«Tremblement de terre géopolitique»: une engueulade inédite à la Maison-Blanche
Donald Trump a haussé le ton, accusant le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, «d’avoir manqué de respect aux États-Unis»

Anouk Lebel
C’est devant les caméras de la planète que Donald Trump a menacé Volodymyr Zelensky de «laisser tomber» l’Ukraine, un affrontement inédit qui rapproche les États-Unis de la Russie de Vladimir Poutine, selon des experts.
Le président ukrainien avait fait le déplacement à Washington pour la signature d’un accord sur les hydrocarbures, infrastructures et minerais ukrainiens, qui n’a pas eu lieu, tout comme la conférence de presse qui devait suivre.
M. Zelensky a quitté plus tôt que prévu, pratiquement expulsé de la Maison-Blanche, après une rencontre à trois qui a complètement dérapé.
Le président américain et son vice-président, J.D. Vance, ont haussé le ton, accusant le président ukrainien «d’avoir manqué de respect aux États-Unis» et de nuire à un accord de paix avec la Russie.

Donald Trump lui a reproché de «s’être mis en très mauvaise posture». «Concluez un accord [avec la Russie] ou nous vous laissons tomber», a-t-il dit, en colère.
«Vous jouez avec la vie de millions de personnes. Vous jouez avec la troisième guerre mondiale [...] et ce que vous faites est très irrespectueux pour ce pays», a-t-il poursuivi.
Tremblement de terre
Cette rencontre est un «tremblement de terre géopolitique», selon Dominique Arel, professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes.
«Tous les masques tombent. Les États-Unis ne sont absolument pas intéressés à poursuivre leur appui à l’Ukraine, leur appui à l’Europe, leur appui au Canada», a-t-il dit en entrevue avec Le Journal.
Maria Popova, professeure de science politique à l’Université McGill, craint que Donald Trump se serve éventuellement de cet échange musclé comme prétexte pour se détourner de l’Ukraine.
«C’est inquiétant pour l’Ukraine, mais aussi pour l’Europe et le Canada. Une alliance États-Unis–Russie sera très dangereuse pour le monde», croit-elle.
La Russie triomphe
À travers le monde, les réactions n’ont pas tardé à déferler dans les secondes qui ont suivi l’échange surréaliste.
Tandis que le Canada et les pays occidentaux réaffirmaient leur solidarité avec l’Ukraine, Moscou triomphait.
La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a estimé que le président américain avait fait preuve de «retenue» face à «l’ordure» Zelensky.
«Trump a dit la vérité en face au clown cocaïné», a quant à lui affirmé l’ex-président Dmitri Medvedev, maintenant numéro deux du Conseil de sécurité russe.
Pas d’excuses
Donald Trump a affirmé vouloir un «cessez-le-feu maintenant» au moment de quitter la Maison-Blanche pour une fin de semaine dans sa résidence de Floride.
Il a affirmé que Volodymyr Zelensky avait «surestimé ses atouts en main», et a critiqué son opposition à un cessez-le-feu avec la Russie.
En entrevue avec la chaîne télévisée Fox News, M. Zelensky a assuré qu’il aurait dû réfléchir deux fois avant de laisser parler ses émotions devant les caméras et qu’il aurait dû réserver ses inquiétudes pour des discussions en coulisses.
Le président ukrainien n’a toutefois pas offert d’excuses au président américain.
Avec l’Agence France-Presse