Triste sort pour des centaines de milliers d’enfants

Clara Loiseau et Jérémy Bernier | Journal de Montréal et Journal de Québec
Le nombre d’enfants tués en Ukraine ne cesse d’augmenter, alors que des centaines de milliers se sauvent sans savoir ou comprendre ce que deviendra leur vie et si papa en fera partie.
Bien que le président russe Vladimir Poutine avait assuré que les civils seraient épargnés, on compte désormais officiellement 22 enfants morts et 36 qui ont été blessés en Ukraine jusqu’ici.
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C’est ce qu’a indiqué le plus récent rapport de l’ONU.
Les autorités ukrainiennes affirment de leur côté que le bilan fait état de 35 enfants tués en seulement 10 jours.

Mais le véritable bilan serait bien pire.
« Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme estime que les chiffres réels sont considérablement plus élevés, en particulier dans le territoire contrôlé par le gouvernement [russe] », peut-on lire dans le document publié hier.
Selon l’organisation, les hostilités actuelles dans certaines régions empêchent d’obtenir et de vérifier des informations concernant des victimes potentielles.
Jeunes victimes
C’est une fillette âgée de neuf ou dix ans, Polina, qui a été identifiée comme étant la première enfant victime du conflit. L’élève du primaire a été abattue avec ses parents dans leur voiture par un groupe russe, alors qu’ils tentaient de fuir Kyïv, la capitale du pays. Son petit frère, blessé lors de l’attaque, a succombé à ses blessures quelques jours plus tard.
Rester
Pour les milliers d’Ukrainiens qui n’ont d’autres choix que de rester, la seule solution est de se cacher, comme c’est le cas pour des dizaines d’enfants qui doivent se terrer dans les couloirs sous-terrain des hôpitaux pour se protéger des attaques.

Au début de l’offensive russe, les images d’une douzaine de bébés prématurés soignés aux soins intensifs de l’hôpital de Dnipro avaient fait le tour du monde. Les nourrissons avaient dû être sortis de leur couveuse pour trouver refuge dans un bunker.

En banlieue de Kyïv, Yana Rogachova et ses deux filles de 14 et 19 ans qui se cachent chez une amie prient pour se réveiller le lendemain, alors qu’elles entendent les sirènes qui annoncent des bombardements.
« On ne sait pas à quoi s’attendre cette nuit encore. On ne sait pas comment se portent nos amis. Est-ce qu’on va perdre notre maison ? Est-ce qu’on va devoir partir ? » se questionne la plus jeune des filles de Mme Rogachova, Anastacia, lors d’un appel avec Le Journal.
De son côté, Natalia Spirina, qui se trouve à Poltava avec son mari et sa fille de 13 ans, Yeva, pense que cette dernière n’imagine pas l’ampleur de la situation.
« Ma fille est consciente qu’il y a la guerre et ce que ça implique [car] son prof d’art a été tué alors qu’il défendait la région. Mais comme ma ville est relativement éloignée des bombardements [ma fille] ne comprend pas encore à quel point c’est un spectacle inhumain », explique-t-elle par téléphone.
Fuir

Pour fuir la mort, plus de 1,2 million d’Ukrainiens tentent de quitter leur pays depuis moins de deux semaines. Près de la moitié sont des enfants, déplore le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), et certains sont hospitalisés.
Alina Marymonchyk, une Ukrainienne qui manifestait hier devant le parlement de Québec, craint pour la sécurité de sa famille.
Sa mère et son petit frère tentent actuellement de rejoindre la Pologne, alors que son beau-père a pris les armes pour défendre son pays.
« Mon petit frère de cinq ans a dû dire au revoir à son père. Il ne réalise pas que c’était probablement pour la dernière fois, ça me brise le cœur. Il n’a pas conscience de ce qu’il se passe, mais il ressent que ce n’est pas normal », laisse-t-elle tomber.