COVID-19 : trop tôt pour lier taux de mortalité et pollution de l’air

AFP

Agence QMI

2020-09-09T15:14:50Z

Deux chercheurs canadiens remettent en question les liens qui ont été faits dans de récentes études entre les taux de mortalité liés à la COVID-19 et la pollution de l’air. 

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Paul Villeneuve de l’Université de Carleton à Ottawa et Mark Goldberg de l’Université McGill à Montréal ont coécrit un papier à ce sujet dans la publication «Environmental Health Perspectives». Ils parlent même de «graves lacunes» dans ces études publiées seulement en ligne, dont l'une est associée à la prestigieuse université Harvard aux États-Unis.

Les deux chercheurs croient qu’il est hasardeux de dresser des parallèles entre les taux de mortalité liés à la COVID-19 et les zones ayant des concentrations plus élevées de divers types de polluants atmosphériques, notamment les particules fines.

«Nous sommes convaincus qu'il n'y a aucun intérêt public à mener ces analyses au milieu d'une pandémie active», a indiqué le professeur Paul Villeneuve, mercredi, par communiqué, mercredi.

«Il est déjà bien établi que la pollution atmosphérique est un danger pour la santé humaine, et nous ne pouvons envisager aucune valeur supplémentaire que ces études apportent, a poursuivi M. Villeneuve. Un grand nombre de ces études n’ont pas fait l’objet d’un examen approfondi par les pairs et se détournent de l’augmentation des taux d’infection et des conséquences sur la santé en raison de problèmes de disparités sociales et de revenus, de surpeuplement et d’autres problèmes de société.»

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Si la pollution de l’air ne peut pas à ce stade-ci être mise en cause pour expliquer les taux plus élevés de mortalité inhérents au virus, d’autres facteurs peuvent toutefois être montrés du doigt. C’est le cas pour la situation socioéconomique, notamment.

«Il existe des preuves accablantes dans le monde entier voulant que les personnes défavorisées, celles qui n'ont pas d'assurance maladie ou qui vivent dans des maisons surpeuplées, soient plus susceptibles de contracter et de mourir de la COVID-19», a indiqué Mark Goldberg.

«Ils vivent souvent dans des zones où la pollution de l'air est plus élevée que dans les zones plus riches, et l'échec de ces études ne permet pas d'en rendre compte», a ajouté M. Goldberg.

Une de ces études diffusées seulement en ligne est issue de la Harvard T.H. Chan School of Public Health. Elle a fait l’objet d’un article le 4 avril dernier dans le quotidien «The New York Times», qui a alors rapporté que des chercheurs de la prestigieuse université avaient découvert un lien entre la pollution de l’air par les particules fines et une augmentation du taux de mortalité due à la COVID-19. D’autres médias l’ont ensuite partagée et l’étude a même intéressé les deux principaux candidats à la présidentielle américaine.

On affirmait dans l’étude que les gens vivant dans une zone où les particules fines étaient légèrement en hausse (1 μg/m3) avaient jusqu’à 15 fois plus de possibilités de mourir de complications dues à la COVID-19 que les autres. Un mois plus tard, les chercheurs révisaient ce risque à la baisse, soit 8 %.

Selon MM. Villeneuve et Goldberg, les études épidémiologiques ne sont pas encore en mesure d’évaluer si la pollution de l’air fait croître les risques de mortalité dus à la COVID-19, les données actuellement disponibles étaient trop limitées.

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