Trump 2.0: flagornerie, oligarchie et autocratie

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Pierre Martin

2024-11-14T05:00:00Z

À quoi ressemblera le second mandat de Donald Trump? Les premières nominations du président élu et le cirque qui l’entoure donnent quelques indices.

Certains partisans ou apologistes de Trump ont présenté son élection comme une victoire populaire contre l’oligarchie. Au contraire, le «Trump nouveau» s’annonce plutôt comme un autocrate en puissance, entouré de flagorneurs et sous la coupe d’oligarques.

Flagornerie

Le principal critère de Trump dans ses nominations est la loyauté envers sa personne, y compris l’adhésion au Grand Mensonge de sa présumée victoire volée en 2020. Nikki Haley et Mike Pompeo l’ont appris à leurs dépens quand Trump a tenu à les exclure d’avance.

Il est aussi clair que l’obséquieuse allégeance démontrée par Marco Rubio, Elise Stefanik, Michael Waltz, Tulsi Gabbard et Matt Gaetz était la principale, voire la seule, condition de leur sélection à des postes clés.

On est à des années-lumière de «l’équipe de rivaux» de Lincoln ou du bipartisme qu’on exigeait de la part de Kamala Harris. Ceux qui souhaiteront se joindre à l’administration Trump devront faire des courbettes à Mar-a-Lago.

Oligarchie

S’il est vrai que plusieurs milliardaires ont appuyé Kamala Harris, il est certain que des oligarques ont appuyé Trump, qu’ils jouent un rôle clé dans son équipe de transition et qu’ils exerceront une influence démesurée sur son administration.

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Au premier rang, il y a Elon Musk, l’homme le plus riche de la planète. Un des plus gros fournisseurs du gouvernement américain et un des plus grands bénéficiaires de ses largesses subventionnaires, Musk a «investi» une centaine de millions de dollars dans la campagne de Trump et il a récupéré plusieurs centaines de fois sa mise en bourse depuis l’élection.

Musk s’est déjà immiscé dans des conversations entre Trump et des dirigeants étrangers et il a fait pression pour placer ses subalternes à des postes clés. Il jouera un rôle central dans l’administration. Au diable les conflits d’intérêts!

D’autres mégadonateurs républicains réclameront aussi leur part du gâteau et la famille Trump devrait empocher, par diverses combines, des centaines ou des milliers de fois le salaire auquel son patriarche renoncera symboliquement.

Les oligarques étrangers – russes, saoudiens ou autres – seront aussi de la partie, mais ça, c’est une autre histoire.

Autocratie

On en a beaucoup dit sur la menace que Trump représente pour les institutions américaines. Pendant son premier mandat, Trump a contribué à concentrer le pouvoir aux mains du président et sa cour suprême lui a conféré une immunité quasi totale.

Même s’il peut compter sur la servilité des élus républicains au Congrès, Trump a réclamé que le Sénat abandonne son pouvoir de supervision des nominations. Une telle capitulation représenterait un premier pas vers l’autocratie.

Autre indice d’autoritarisme: le «tsar» de l’immigration désigné par Trump a annoncé qu’il fera fi des règles constitutionnelles pour expulser des millions de sans-papiers et qu’il cherchera à révoquer la citoyenneté de leurs enfants.

Trump aurait aussi proposé de créer une commission chargée de purger les cadres «wokes» des forces armées et son «Projet 2025» promet des purges encore plus profondes dans la fonction publique.

Celui qui a déjà annoncé son intention d’être un «dictateur pour une journée» semble donc déjà assez disposé à y prendre goût.

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