Les tarifs de Trump nous plongent dans l'incertitude
Les perspectives économiques pour 2025 sont teintées par les menaces de surtaxes sur nos produits exportés

Michel Girard
Avec l’arrivée de Donald Trump à Washington et ses menaces de surtaxer à hauteur de 25% les produits importés du Canada, les perspectives économiques pour 2025 sont plongées dans la plus grande des incertitudes.
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Car si le nouveau président américain met à exécution ses menaces tarifaires, toutes les prévisions présentées cette semaine dans l’Énoncé économique d’automne du gouvernement Trudeau vont tomber à l’eau ou presque.
Au lieu d’enregistrer la solide croissance que les économistes anticipaient avant l’élection de Trump, le Canada risque au contraire de tomber en récession, rien de moins.
1. C’EST QUOI LE PROBLÈME DES PRÉVISIONS CONTENUES DANS LA MISE À JOUR DE TRUDEAU?
Les prévisions contenues dans la mise à jour de lundi ont été réalisées à la lumière de l’enquête que le ministère des Finances a menée en septembre dernier auprès des économistes de 11 grandes institutions financières, dont Desjardins et les grands groupes bancaires canadiens.
Ces prévisions nous présentent trois scénarios de croissance du PIB nominal en 2025. Voici les scénarios en question, avec leurs pourcentages respectifs de croissance et, entre les parenthèses, la valeur du PIB canadien qui sera atteinte en 2025 si ladite croissance se matérialise:
- Scénario pessimiste: + 2,1% (3116 G$)
- Scénario optimiste: + 4,8% (3210 G$)
- Scénario anticipé: + 3,7% (3173 G$)
Comme vous pouvez le voir, l’année 2025 s’annonçait relativement bien, selon ces scénarios datant de septembre.
Or, depuis septembre dernier, on a eu droit à des événements majeurs qui risquent de changer la donne. Je fais notamment référence à l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, à ses menaces tarifaires de 25% sur les produits importés du Canada, à la révision de la politique d’immigration du gouvernement fédéral, à la chute dramatique du dollar canadien, à la forte baisse du taux directeur de la Banque du Canada et aux gros déficits budgétaires du fédéral.
2. QU’ARRIVERA-T-IL À L’ÉCONOMIE CANADIENNE SI TRUMP SURTAXE LES PRODUITS IMPORTÉS DU CANADA?
Les scénarios de croissance économique que l’on vient de présenter dans la mise à jour du gouvernement Trudeau risquent fort de devenir obsolètes. Dans le pire des cas, on risquerait de se retrouver en récession.
Évidemment, tout dépendra du moment dans l’année où lesdites surtaxes tarifaires seraient appliquées et, autre facteur déterminant, des produits visés. Plus les surtaxes seraient appliquées tardivement dans l’année, moins les dommages sur l’année 2025 seraient importants.
Autre inconnue: est-ce que le Canada ripostera «dollar pour dollar» aux surtaxes tarifaires américaines en imposant lui aussi des surtaxes sur les produits importés des États-Unis?
Chose certaine, une guerre de surtaxes tarifaires entre le Canada et les États-Unis aurait un impact négatif autant sur l’économie canadienne que sur l’économie américaine.
On sera perdant des deux côtés de la frontière.
Croisons les doigts pour que Trump renonce à sa menace tarifaire.
3. ADVENANT LES SURTAXES TARIFAIRES, QUEL IMPACT AURAIT UNE RÉCESSION SUR LE QUÉBEC?
Bien entendu, la «croissance» du PIB réel tomberait dans le rouge.
Dans un tel scénario, les ménages et les entreprises auront tendance à faire preuve de prudence en limitant leurs dépenses de consommation et d’investissement. Cela entraînerait forcément un repli de l’emploi et une augmentation du taux de chômage.
Dans sa mise à jour budgétaire et économique de novembre dernier, le gouvernement Legault avait d’ailleurs effectué, par rapport au scénario prévu en 2025, les prévisions suivantes dans le cas où le Québec tomberait en récession:
- La croissance du PIB réel tomberait de 1,5% à -0,3%.
- La croissance du PIB nominal passerait de 3,6% à 1,7%.
- Au lieu de créer des emplois à hauteur de 0,5% (+21 000), on en perdrait 0,5% (-21 000).
- Le taux de chômage grimperait de 5,8% à 6,3%.
- L’accroissement des salaires et traitements se limiterait à 1,8% au lieu de 3,5%.
- L’excédent d’exploitation net des sociétés chuterait de 3,2%, comparativement à un gain prévu de 2,1%.
- La croissance de la consommation (excluant les produits alimentaires et le logement) reculerait de 3,8% à 1,1%.
4. ET QU’ARRIVERA-T-IL DES AUTRES INDICATEURS ÉCONOMIQUES ?
En cours d’année 2025, la Banque du Canada devrait abaisser son taux directeur d’au moins un autre point de pourcentage, à 2,25%. Cela permettra aux emprunteurs (particuliers et entreprises) de se sentir moins oppressés par leur endettement.
En raison de l’écart avec le taux directeur de la Réserve fédérale américaine, le dollar canadien risque de rester un petit bout de temps sous les 70 cents US. Ce qui est très avantageux pour mousser nos exportations vers les États-Unis et attirer des investissements américains au Canada. Mais d’autre part, les importations de produits américains nous coûtent nettement plus cher.
Quant à nos placements en Bourse, il faut rester humble dans nos attentes de rendement en 2025. Après une année 2024 époustouflante, du moins jusqu’à la mini-correction du mercredi 18 décembre, la barre des indices boursiers est rendue très haute.