Ukraine: Poutine va-t-il s'arrêter là?


Normand Lester
Après avoir nié pendant des mois son intention d’attaquer l’Ukraine, Vladimir Poutine a ordonné à l’armée russe de se déployer dans les deux zones russophones du Donbass pour y « maintenir la paix ».
La Russie a distribué quelque 700 000 passeports dans ces régions, de sorte qu’elle peut prétendre que son initiative vise à protéger ses propres citoyens.
L’envoi d’une pseudo-force de « maintien de la paix » est une invasion, mais ce n’est pas le scénario cauchemardesque redouté. Pour le moment.
En déployant ses militaires dans une région où l’on signale chaque jour de nombreuses violations du cessez-le-feu, le risque de guerre ouverte avec l’Ukraine devient beaucoup plus élevé. L’OTAN a d’ailleurs décidé d’accroître ses forces en état d’alerte.
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« Si la Russie escalade le conflit, nous allons le faire aussi », a dit le secrétaire d’État Blinken en annulant sa rencontre avec son vis-à-vis russe Lavrov.
Poutine va-t-il s’arrêter là ?
À ce « début d’invasion », l’Occident a décidé de répondre par des sanctions « fermes, mais limitées ». Quelle sera leur efficacité ? Poutine s’y prépare depuis longtemps. Il a constitué plus de 600 milliards de dollars de réserves financières et a pris d’autres mesures préventives pour s’en protéger. Des répercussions négatives (pétrole, gaz naturel) sur les économies occidentales sont à redouter.
Biden a annoncé hier une première tranche de sanctions américaines qui ciblent des institutions financières clés de la Russie. L’Union européenne va limiter l’accès des élites russes à ses services financiers.
Le Royaume-Uni a averti que ceux qui se trouvent dans l’entourage de Poutine n’auront nulle part où se cacher, ciblant manifestement les avoirs des oligarques et des kleptocrates russes à Londres.
Poutine s’arrêtera-t-il après s’être emparé d’une partie de la zone russophone du Donbass ? Ou est-ce qu’il procédera à une invasion massive de l’Ukraine pour renverser son gouvernement dans ce qui pourrait devenir une longue guerre de guérilla, semblable à celle que les Russes (et les Américains) ont perdue en Afghanistan ?
Des dirigeants des services secrets et des Forces armées russes auraient de « sérieux doutes » quant à l’occupation complète du pays, selon des sources des renseignements britanniques. Sergueï Narychkine, le directeur du Service des renseignements extérieurs (SVR), et Valéri Guérassimov, le commandant des Forces armées russes, s’inquiéteraient au sujet d’une telle opération.
Le pire est peut-être à venir
La Russie pourrait justifier la poursuite de son invasion de l’Ukraine en reconnaissant les autres revendications territoriales des séparatistes russophones. Ça lui servirait de prétexte pour une offensive de type blitzkrieg contre l’armée ukrainienne. Dans son discours d’hier après-midi, Biden a prévenu qu’une telle invasion constitue toujours une grave menace. La Russie occupe illégalement un territoire ukrainien souverain pour la deuxième fois après l’annexion de la Crimée, également russophone.
Les prétendues Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk sont armées, financées et contrôlées par la Russie depuis 2014.
La proclamation entérinée par le Parlement russe permet à Poutine d’y établir des bases militaires et d’y déployer des missiles. En terminant, selon le Daily News de New York, Trump s’est moqué de Joe Biden par rapport à sa gestion de la crise, affirmant que Poutine n’aurait jamais envahi l’Ukraine sous sa présidence, sans dire toutefois ce qu’il aurait fait pour dissuader son pote de le faire.