Un an après le décès de Guy Lafleur, son fils se confie

Valérie Guibbaud
C’est avec une pluie d’hommages que le premier anniversaire du décès de Guy Lafleur a été célébré ces jours-ci. Celui qui s’est éteint le 22 avril 2022 à l’âge de 70 ans a laissé dans le deuil toute une génération pour qui le Démon blond était un véritable héros. Le légendaire numéro 10 était aussi, pour ses proches, une grande source d’inspiration. C’est ce qu’on découvre dans le livre Guy Lafleur et nous, coécrit par Steven Finn et Pierre Gince et lancé cette semaine en compagnie de plusieurs anciens coéquipiers, amis et membres de la famille. C’est avec Martin Lafleur que nous avons eu la chance d’échanger afin de faire vivre la mémoire de son père.
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Tous ceux qui ont déjà perdu un être cher savent à quel point la première année peut être dif ficile à vivre. Parsemée de hauts et de bas, chaque journée cache son lot de défis, d’em bûches et de peine. Partager ce chagrin avec des milliers d’autres personnes peutil nous aider à vivre un peu mieux notre deuil? Selon Martin, ça permet certainement de l’alléger. «Tu sais, l’absence de mon père, je gère ça une journée à la fois. Il n’y a pas un matin où je me lève sans que je pense à lui ou sans que j’espère recevoir un texto de sa part.» Martin parta geait avec son père son quotidien, et ce, depuis très longtemps. «C’est fou, le vide que son départ a laissé!»

Martin accueille avec ouverture les témoi gnages de ceux qui ont aimé Guy Lafleur. À travers leurs mots, ils lui confirment à quel point son père était quelqu’un de grand. «Ça me touche profondément d’entendre les gens de son public me témoigner tout l’amour et l’admiration qu’ils lui portaient. J’ai été chan ceux, car tous les événements qui ont suivi son décès ont été des hommages qui ne généraient que du positif. Ça m’a vraiment aidé à traverser les moments plus difficiles.»
Apprendre à vivre sans lui
Malgré l’absence de son père, il est possible de le rendre présent autrement. C’est du moins ce que croit Martin depuis qu’il est parti. «Il n’a jamais été aussi présent qu’en ce moment. J’ai l’impression qu’il vit à travers chacun de mes gestes et chacune de mes pensées. C’est comme s’il était devenu le prolongement de moimême.» Dans le deuil, il arrive que certains d’entre nous parviennent à ressentir la présence de la per sonne qui nous a quittés, et ce, de mille et une façons. Martin, lui, ressent la présence de son père à travers tout ce qu’il entreprend. «Comme en ce moment, alors qu’on lui rend hommage, j’accepte d’être là pour tout le monde, parce que c’est ce qu’il aurait fait.» Et ce rôle, celui d’incar ner la mémoire de son père, estil difficile à tenir? «J’essaie juste d’être à la hauteur et de prendre les meilleures décisions en pensant à lui. Dans un lancement comme ce soir, papa aurait parlé à tout le monde: il aurait accordé des entrevues, signé des autographes et pris des photos, j’en suis certain. Il aurait été heureux de retrouver ses amis, sa famille et même vous, les journalistes.»

Au quotidien, Martin avoue spontanément penser tout le temps à lui. Quand il se couche le soir, quand il se lève... tout le temps. «Mon père est partout autour de moi. Chez moi, j’ai des gilets de hockey et des bâtons qui lui ont appar tenu, ainsi qu’une réplique de son bronze qu’on retrouve dans sa ville natale, Thurso. Tout me ramène à lui et, même si parfois c’est difficile, je ne voudrais pas m’en éloigner.» Chaque per sonne a sa façon de vivre un deuil. Martin a, quant à lui, besoin de garder la mémoire de son père bien vivante, car c’est ce qui lui permet d’apaiser sa peine.

Un papa pas comme les autres
Partager son papa avec des centaines de mil liers d’inconnus, ce n’est pas anodin. Martin a plein de souvenirs d’enfance dont il ne saisissait pas la portée à l’époque... «Mon père pouvait être sollicité à toute heure du jour et de la nuit. Ce n’est qu’en vieillissant que j’ai commencé à mesurer l’impact qu’il avait sur les autres, sur son public, sur tout le monde en fait.» Quand il était jeune, Martin portait un regard admiratif sur son père, mais ce sentiment s’est tout doucement transformé pour faire naître une relation d’égal à égal. Ce n’est pas parce que le père de Martin avait une carrière différente des autres papas qu’il connaissait qu’il ne s’impliquait pas dans le quotidien familial. «Il nous emmenait dans son quotidien de joueur et de personnalité connue. Nous faisions partie de sa vie, et pas juste quand il rentrait à la maison. Je ne compte plus les fois où nous sommes allés avec lui à ses pratiques, à l’aréna.» Pour un homme qui pouvait disputer une quarantaine de matchs par an à l’extérieur, son absence avait à peine le temps de se faire sentir.

Au cours des derniers mois, ce qui a le plus manqué à Martin, ce sont les soupers de famille. «Toutes les occasions devenaient un prétexte pour se réunir et, crois-moi, on le faisait très souvent. Ces repas n’étaient jamais plates, on pouvait discuter de tout et de rien, et les rires se faisaient entendre dans toute la maison. C’était juste agréable. Et ces moments passés en famille ne seront plus jamais pareils sans lui!»
Le plus beau legs
Martin affirme sans hésitation que ce dont il est le plus fier, c’est d’avoir hérité de l’humilité de son père. «Papa était une personne très humble, et ce, malgré tout le succès et les marques de reconnaissance qu’il avait pu recevoir. Il ne s’est jamais pris pour quelqu’un d’autre.» Quand un fan venait lui parler, il prenait toujours le temps de discuter avec lui, et c’était parfois juste pour l’écouter. Martin est fait du même moule. «Il a souvent été mon miroir. J’ai repris le rôle de porte-parole du Fonds Guy Lafleur — mon père et moi n’en avions jamais discuté, mais il n’était pas question que j’arrête. Malgré son départ, je voulais poursuivre sa mission.» C’est d’ailleurs probablement ce qui l’a poussé à prendre le relais. Guy Lafleur, qui a si bien pris soin de ses proches et qui a été un mari et un père aimant, méritait qu’on lui rende la pareille.

La chance d’être grand-papa
Martin a fait tout un cadeau à son père de son vivant quand il lui a fait de lui un grand-père. Il a eu sa fille, Sienna-Rose, à 42 ans... La vedette du hockey est devenue grand-père à l’âge de 65 ans. «Sienna-Rose était sa fierté. C’était beau à voir, car avant sa naissance, nous étions une famille constituée majoritairement de gars... Disons qu’elle est venue mettre beaucoup de douceur dans cette dynamique masculine.» Guy était vraiment bon avec sa petite-fille. Ils ont eu la chance d’avoir une courte mais magnifique relation. «Je suis content d’avoir pu offrir ce privilège à mon père. Ma fille me parle d’ailleurs sans cesse de lui. Elle connaît son numéro de joueur dans la Ligue nationale et dans la Ligue junior majeur. Chaque fois qu’elle voit le chiffre 10 ou le 4, elle pense à grand-papa.» Dernièrement, Martin a emmené sa fille voir un match des Canadiens dans le Salon des anciens et, tout de suite, elle a remarqué les photos de son grand-père affichées sur les murs. Elle était tellement fière de dire qu’elle le connaissait!

Un projet porteur de réconfort
Quand Martin a eu vent du projet du livre hommage Guy Lafleur et nous, porté par Steven Finn et Pierre Gince, pas une seconde il n’a douté de ce qu’on allait raconter sur son père. «J’avais une confiance totale quant au contenu de ce livre. Steven est un ancien coéquipier de mon père, et Pierre est un auteur que je respecte beaucoup. Je savais qu’ils y mettraient beaucoup d’amour et d’authenticité. L’appui de Réjean Houle et des anciens membres des Canadiens m’a confirmé que ce serait un projet porteur de joie et de réconfort.» Être le fils de Guy Lafleur vient avec certaines responsabilités... Sont-elles lourdes à porter? «Pas vraiment. Tout ce que je veux, c’est que son nom demeure vivant. Mon père craignait qu’on arrête de l’aimer, mais crois-moi, ça n’arrivera pas.» Guy Lafleur continue d’être rassembleur, malgré son absence. Il était une source de réconfort pour nous tous. Celui qui a donné sa vie à son public reçoit aujourd’hui ce qu’il a semé.
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