Un an de COVID-19 dans le sport

Réjean Tremblay
Dans le fond, tout a été mille fois pire que ce que l’on pouvait concevoir. Vrai dans le sport comme dans toute la société québécoise.
Il faut relire ce qu’on écrivait le 12 mars au matin pour mieux saisir l’ampleur de la catastrophe sanitaire et économique qui s’est écrasée sur le monde. Dont le Québec qui a payé encore plus cher en vies humaines son tribut au coronavirus.
Donc, le 11 au soir, j’avais réécrit trois fois la chronique du lendemain. Le gala de boxe du 12 mars avec Steven Butler était annulé, mais le match du Canadien était encore au programme. Première version.
En début de soirée, la NBA avait annulé le reste de sa saison... mais pas la Ligue nationale de hockey. Deuxième version.
C’était la panique totale à la section des sports. On fait quoi ? Vers 10 heures et demie, j’avais envoyé cette chronique dont je vous rappelle la conclusion :
LEGAULT AU POUVOIR
Au Québec, chez nous, c’est au ministère de la Santé à prendre les décisions. C’est au ministère de la Santé qu’on a une vue d’ensemble de la situation et qu’on est capable d’évaluer les risques réels.
S’il faut fermer le Québec pendant un mois, qu’on le fasse. Mais pas village par village et centre commercial par centre commercial. Surtout, que la décision soit prise par ceux qui ont été élus pour prendre les décisions. Et qui ont les moyens d’être informés. François Legault a l’intelligence et la poigne qu’il faut. Au moins autant que Donald Trump.
Alors, on aurait confiance. Et ce serait déjà beaucoup...
Mais personne n’était capable d’imaginer ce qui s’en venait. François Legault aurait de l’intelligence et de la poigne. Mais qui pouvait croire qu’un an plus tard, faudrait que le peuple obéisse au doigt et à l’œil à Legault et suive encore les flèches sur le plancher du IGA ? Un an, l’avez-vous vraiment imaginé ?
PLUS RIEN DE PAREIL
Le lendemain le 13 mars, j’allais beaucoup plus loin. La planète nord-américaine se confinait. Les sports disparaissaient les uns après les autres. Qui a seulement pu concevoir qu’un an plus tard, on ne pourrait s’asseoir à une table de restaurant à Montréal, à Laval et à Saint-Sauveur ?
Mais je me préparais à du pénible...
Y a plus rien de pareil. Pour la première fois de son histoire, l’Amérique n’a plus de sport. L’Amérique n’a plus de gros concerts rock. L’Amérique ne peut plus fraterniser dans des rassemblements joyeux ou des manifestations de colère.
L’ennemi est terré, invisible et créateur d’angoisse. Avant de créer la maladie. Et parfois la mort.
Les pertes subies par les organisations sportives vont se chiffrer en milliards de dollars. Le tennis, la F1, la NBA, la MLS, les grandes ligues européennes et asiatiques de soccer, il est presque impossible pour le commun des mortels de réaliser l’ampleur du chiffre.
Et vous le savez, la facture va être refilée aux athlètes, un peu, et aux amateurs, en presque totalité. Il n’y a qu’une loi que le coronavirus ne changera pas, c’est toujours le cochon de payant qui est taxé à la fin.
Je n’avais pas prévu la PCU. Mais qui, croyez-vous, va payer les déficits engendrés par la COVID-19 ? Vous les lecteurs. Au moins, on pouvait le prévoir, c’était déjà vrai il y a un an.
SOUFFRANCES DE LA MALADIE MENTALE
J’ai relu tout ce que j’avais écrit pendant les deux premiers mois de la pandémie. Les économistes comme Pierre Fortin ou les promoteurs étaient convaincus qu’à l’automne, on retrouverait une vie presque normale. Et que l’adversaire du sport serait alors la peur du voisin : « Va-t-on encore vouloir à l’automne se réunir 20 000 dans un édifice fermé pour encourager une équipe ? » était la grande question.
Que c’était naïf ! L’automne est arrivé avec la deuxième vague et on s’est retrouvé tout seul dans sa maison confinée. Quand on avait le privilège d’avoir une maison ou un condo avec plusieurs chambres.
Quand même, on pouvait deviner de grands courants sociaux. Le 13 mars 2020, j’écrivais : « Il est inévitable que le repli sur la nation, sur la communauté proche, aille en s’intensifiant. Tant pour la sécurité aux frontières que pour le besoin de se regrouper avec des gens avec qui on a davantage d’affinités. Et en qui on a confiance.
Vous le savez maintenant, le repli sur soi pour se protéger a entraîné beaucoup de laideur. Oui, il y a eu de l’héroïsme et de la docilité. On l’a célébré avec raison. Médecins, infirmiers et préposés, hommes et surtout femmes, ont montré un courage remarquable.
Mais la jalousie et l’envie de bien des Québécois ont mené aussi à une arnaque gênante aux frontières. Un couple de retraités revenant de leur petite maison mobile en Floride se fait détrousser d’au moins 3000 $ par le gouvernement fédéral et les hôtels complices. Ce qui est laid, c’est que trop de gens se réjouissent parce que si eux ont peiné au Québec, ça devenait un crime de continuer à vivre ailleurs.
Je dirais que c’est le point majeur que tous les chroniqueurs politiques et de sports auront raté. Personne n’a osé écrire et même penser il y a un an que les Québécois à 74 % selon les sondages, prendraient goût à ces dérives qui dans d’autres circonstances qu’une pandémie seraient perçues comme fascisantes.
La délation, le couvre-feu à huit heures, la police dans les maisons sans mandat, le pas militaire au Costco...
Les jeunes privés de sports, privés de vie sociale, privés d’amour et d’amourettes, privés de ce qui est la vie quand on a le bonheur d’être jeunes...
Et je ne parle pas de la violence faite aux femmes et aux enfants, du stress morbide, des dépressions, des maladies mentales...
Heureusement, le Canada va finir par vacciner son monde. Après les autres pays, mais comme il faut être dociles, on ne dira pas un mot.
Et puis, tout le monde sera d’accord, l’important, c’est que le Canadien, grâce à la COVID-19, a pu participer aux séries.
La vérité non maquillée, c’est que l’année fut mille fois pire que ce que l’on pouvait imaginer. Et que c’est pas fini.