Un an de tensions entre Ottawa et Québec

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Guillaume St-Pierre

2021-03-14T09:00:00Z

Faire le bilan d’un an de pandémie, c’est aussi faire le bilan d’une année de tensions entre libéraux fédéraux et caquistes.

Dans la dernière année, François Legault a rarement raté l’occasion d’écorcher son homologue fédéral, ou « Justin », comme il l’appelle avec une certaine condescendance durant ses points de presse.

Les exemples de récriminations pleuvent : la frontière, l’armée dans les CHSLD, l’approvisionnement en vaccins, la PCU, les normes nationales dans les CHSLD, les transferts en santé, les tests rapides, l’argent fédéral pour le retour en classe qui est arrivé comme un cheveu sur la soupe. 

Il y a le fond, mais il y a aussi la manière. François Legault teinte ses critiques d’un certain mépris envers le premier ministre qui irrite à Ottawa. 

Mais c’est un jeu qui se joue à deux. Trudeau n’a pas toujours tendu l’autre joue. Il a notamment retourné le fer dans la plaie quand il a annoncé l’envoi de soldats dans les CHSLD, en laissant entendre que cette demande de Québec n’était pas « normale ».

Et en début d’année, il a critiqué la lenteur de la vaccination dans les provinces. C’était juste avant que la pénurie de doses nous frappe.

Oups. 

Piquant

Règle générale, le gouvernement Trudeau a évité de répliquer. L’opinion publique était derrière Legault. Dans un concours de popularité, Justin Trudeau n’aurait pas fait le poids. 

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Et puis, politiquement, le Parti libéral fédéral ne peut pas se permettre de s’aliéner trop d’électeurs caquistes.

Un récent sondage publié dans L’Actualité indique que 31 % des partisans de la CAQ sont aussi des électeurs du PLC, plus que tout autre parti fédéral. 

On l’oublie, mais il y a des vases communicants entre les deux partis.  

J’ai discuté avec plus d’une demi-douzaine de sources bien placées au sein des deux gouvernements pour brosser ce portrait de leurs relations. 

La plupart d’entre elles ne se sont pas fait prier pour exprimer leur agacement l’un envers l’autre.

« Nous avons choisi d’éviter les confrontations, Legault est extrêmement populaire », résume un libéral.  

De tous les premiers ministres provinciaux, François Legault a été celui qui a le plus piqué Ottawa.

Même Doug Ford, sur le dos de qui Trudeau a fait sa campagne en Ontario en 2019, s’est montré plus amical. 

« François Legault est le seul à avoir fait autant de politique avec la pandémie », peste cette même source fédérale. 

Le commentaire trahit « l’irritation » et la « déception » de plusieurs libéraux fédéraux envers les caquistes dans la dernière année. 

Un sentiment que ces derniers leur rendent bien. 

« C’est le gouvernement fédéral le plus centralisateur des 20 dernières années », me lance au bout du fil un employé de la CAQ. 

Dès le début

La tension entre Québec et Ottawa a rapidement commencé à monter au tout début de la pandémie, sur l’approvisionnement en équipement de protection individuelle (ÉPI), comme les gants, ou encore les écouvillons.

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Ottawa ne savait pas trop comment gérer les attentes qu’il jugeait démesurées de Québec.

« Ils demandent trois fois ce que les autres provinces demandent pour créer une réserve, et nous devrons distribuer les ressources de façon raisonnable et responsable, et non seulement donner au Québec tout ce qu’il demande, ce qui aurait une incidence sur les autres provinces », peut-on lire dans un courriel interne daté du 21 mars entre employés du Bureau du premier ministre Trudeau.

Pendant ce temps, François Legault profitait de ses messes de 13 h pour critiquer la lenteur des livraisons de la part du fédéral. 

Cela étant dit, les deux gouvernements ont entretenu au fil de la pandémie des relations productives, insiste une autre source fédérale de haut niveau. 

Choc sur le budget ? 

Legault admettra des mois plus tard qu’il n’avait aucune idée de l’état des stocks d’ÉPI parce que le réseau était incapable de lui fournir une réponse.  

« Que ce soit un gouvernement péquiste, libéral ou caquiste, c’est de bonne guerre d’utiliser le fédéral comme paratonnerre », affirme une autre source libérale. 

Cela étant dit, certains libéraux fédéraux admettent volontiers qu’ils peuvent parfois « s’enfarger dans les fleurs du tapis ». 

« Ça nous est arrivé de prendre trop de temps », soutient un autre employé libéral. 

Le prochain budget fédéral risque de poser d’autres embûches dans les relations. Ottawa a télégraphié des investissements dans les champs de compétences des provinces. 

Rien pour faire baisser la température entre les deux capitales. 

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