Vaccination obligatoire: un casse-tête pour les résidences privées
Jean Houle
Des propriétaires de résidences privées pour aînés (RPA) voient arriver la date du 15 octobre avec une certaine angoisse.
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Ces RPA vont perdre du personnel ce jour-là, avec l'entrée en vigueur de la vaccination obligatoire du personnel de la santé, et ce, dans le contexte où le recrutement est déjà très difficile.
«Il y a trois semaines, j'ai dû travailler de nuit», a dit jeudi Isabelle Tremblay, gestionnaire de la résidence d'Éloïse et Destany de l’arrondissement de Jonquière, à Saguenay.
Mercredi, en fin d'après-midi, elle donnait un coup de main à ses préposées aux bénéficiaires.
«On n'est même pas rendus au 15 octobre et on doit déjà pallier le manque de personnel» a-t-elle ajouté en entrevue à TVA Nouvelles.
La résidence accueille 40 pensionnaires, avec déficience physique ou intellectuelle. Elle aurait besoin de cinq préposés supplémentaires. Le problème, c'est que trois autres vont se retrouver en congé sans solde dans une semaine parce qu’ils ne sont pas vaccinés.
«Je suis déjà en manque de personnel et on va en perdre trois d'un coup», a-t-elle déploré.
Parmi eux, Vanessa Compartino, embauchée il y a un mois à peine et dont la sœur, vaccinée, œuvrait déjà comme préposée au même endroit. La nouvelle venue, comme deux de ses consœurs, refuse le vaccin.
«Je ne veux pas m'injecter un vaccin qui, selon moi, a été développé trop rapidement pour être efficace», a-t-elle expliqué calmement.
«Je ne suis pas complotiste, je pense seulement que même un vacciné peut transmettre le virus. S'il n'y a que deux ou trois employés non vaccinés, il me semble que la protection serait suffisante», a-t-elle ajouté.
«On a essayé de les sensibiliser», a indiqué Isabelle Tremblay. Mais il n'y a rien à faire. En même temps, qui suis-je pour les juger? Ils ont droit à leur opinion, ils ont le droit de refuser le vaccin.»
Le fait demeure que ces départs prochains placeront la direction devant des choix difficiles. Les soins médicaux seront tous maintenus, mais des services risquent d'être réduits.
«Est-ce qu'on va passer à deux bains par semaine au lieu de trois?» a demandé la gestionnaire. On ne veut pas couper l'alimentation, l'accompagnement aux rendez-vous médicaux, mais il faudra revoir notre horaire. Est-ce qu'on va répartir le temps normalement alloué aux services le matin pour en donner l'après-midi? C'est clair qu'il y aura du délestage.»
«C'est certain que ça m'attriste, a indiqué Vanessa Compartino. Mais d'être mise à l'écart parce que je refuse le vaccin, c'est grave, c'est extrêmement grave!»
La direction aimerait que le gouvernement repousse l'échéance du 15 octobre. Ce qui lui permettrait de peaufiner ses plans.
«Il nous impose la vaccination, mais à part nous demander un plan de contingence, que nous propose-t-il comme solution?» a lancé Isabelle Tremblay.