Un chien meurt de faim à Montréal: de plus en plus d’animaux en mauvaise santé abandonnés au Québec


Anne-Sophie Poiré
Un chien retrouvé mort de faim au mois de février dans le quartier Rosemont, à Montréal, est symptomatique d’un problème en croissance dans la province, selon les sociétés protectrices des animaux. Avec la hausse du coût de la vie, de plus en plus de bêtes sont abandonnées par leur maître, faute de moyens pour les nourrir ou leur prodiguer des soins.
Le 13 février dernier, l’équipe des enquêtes de la SPCA de Montréal est appelée à se rendre dans une tour à condominiums du quartier Rosemont. Le personnel de l’immeuble venait de trouver un chien décédé, la peau sur les os, dans un local utilisé par la conciergerie.
«La nécropsie a confirmé que l’animal était mort de faim», indique le directeur du bureau des enquêtes, Alain Tessier.
Un appel à témoins afin de retrouver le propriétaire du chien a été lancé il y a quelques jours par l’organisme.
«Pour l’instant, on a aucune information sur l’animal», précise M. Tessier.
L’ancien propriétaire est passible d’une accusation de cruauté envers les animaux en vertu du Code criminel, qui prévoit une amende, une interdiction de posséder des animaux à vie ou une peine d’emprisonnement maximale de deux ans.
Pas d’argent pour les soins de base
Partout dans la province, le constat est le même: les abandons d’animaux en «très mauvaise santé» sont en hausse, notamment parce que les propriétaires ont du mal à leur fournir les soins de base.
«On accueille des chiens errants qui sont très maigres dans les dernières semaines et les derniers mois. On ne voyait pas ça avant. On peut se demander si ce ne sont pas des animaux laissés à l’abandon parce que leur propriétaire n’était plus en mesure de les nourrir», signale la responsable des communications à la SPA Estrie, Alexane Bégin.
De plus en plus de bêtes sont laissées à elles-mêmes dans la rue ou dans les logements, plutôt que dans un refuge.
«Dans la dernière année, c’est fou comme on a eu des abandons d’animaux trouvés dans la rue qui ne sont jamais réclamés», s’inquiète la directrice générale du centre des services animaliers de Rimouski, Jeanne Mercier.
«Mais la plus grosse augmentation, ce sont ceux qui sont abandonnés dans les logements. Les gens se poussent et les laissent derrière eux, déplore-t-elle. La semaine passée, un propriétaire d’immeuble nous a appelés parce qu’une personne avait laissé huit chats dans l’appartement sans donner signe de vie.»
Dans la région de Québec, une telle situation n’avait jamais été observée avant 2022. Depuis, quatre chiens et huit chats ont été retrouvés dans des appartements vides, rapporte la directrice générale de l’organisme, Karina Painchaud.
Autre fléau, dénoncent les sociétés: la hausse marquée des bêtes «récupérées dans la rue» alors que l’errance animale n’est pas un problème généralisé au Québec, selon la directrice générale de la SPCA Montréal, Laurence Massé.

Elle note une hausse de 12% en 2023 par rapport à l’année précédente.
«Il y a une honte d’abandonner son animal pour des raisons financières, ce qui pourrait encourager certaines personnes à le déposer dans un refuge en disant qu’il s’agit d’un chien errant, par exemple, plutôt que de leur propre animal», croit-elle.
Forte demande dans les banques alimentaires
À l’instar de la nourriture pour «humains», celle pour les animaux est touchée de plein fouet par l’inflation depuis deux ans.
«L’an dernier, il y a une augmentation des prix entre 20% et 40% pour la nourriture de base pour les animaux de compagnies, souligne Mme Massé de la SPCA de Montréal. Et pour les médicaments, on a vu une hausse allant jusqu’à 20% pour une même molécule.»
Les banques alimentaires pour animaux ont d’ailleurs connu une forte hausse de leur fréquentation, selon les sociétés interrogées par 24 heures.
«La demande augmente énormément. On est de plus en plus sollicité pour des dons de nourriture à des organismes venant en aide aux personnes dans le besoin», affirme Alexane Bégin à la SPA de l’Estrie.