Un choc très dur à TVA. Pour survivre.
Perdre TVA ferait tout un trou dans le paysage culturel québécois

Mario Dumont
Une sombre journée pour toute la famille de TVA. Des pertes d’emplois massives, des fermetures en région, le groupe ne sera plus jamais le même.
• À lire aussi: Plus de 500 postes coupés chez Groupe TVA
On l’a senti, ce n’est pas de gaieté de cœur que le PDG a largué hier cette avalanche de décisions difficiles qui venaient d’être approuvées par le Conseil d’administration. Des décisions douloureuses, mais jugées nécessaires à la survie de TVA et de son service d’information.
Car c’est bien de cela dont on parle, de survie. Comme plusieurs autres médias, TVA perdait des dizaines de millions de dollars dans les derniers trimestres. Aucune entreprise ne peut laisser aller une semblable saignée. Quelque chose devait arriver. L’ampleur des bouleversements annoncés hier indique à quel point les scénarios de fermeture n’étaient pas loin.
Le fait important ici, c’est que TVA ne se trouve pas dans la position du boulanger dont les clients n’aiment plus le pain. L’écoute est encore là. Le groupe TVA, avec la chaîne principale et les spécialisées, continue à dominer les parts de marché. Mais les revenus ne sont plus au rendez-vous.
- Écoutez la rencontre Dutrizac – Dumont diffusée chaque jour en direct 7 h 05 via QUB radio :
TVA, c’est fort!
Les dollars publicitaires se déplacent vers les géants du web. À maintes reprises, Pierre Karl Péladeau a sonné l’alarme. Il a tenté d’éveiller les gouvernements, l’englué CRTC et les autres acteurs de la société au fait qu’une tragédie s’en venait. Personne n’a entendu, tous enfermés dans l’image que TVA, c’est gros, c’est fort, c’est riche, donc que rien ne peut arriver. Hélas...
Qu’on me comprenne bien. Ce qui arrive n’est pas d’abord la faute des gouvernements. Il y a des changements d’habitudes des auditeurs. Les jeunes ne s’abonnent plus au câble et personne ne va les obliger. Le dollar de loisir est redirigé vers Netflix. Même nos chroniqueurs culturels, supposés promoteurs de la culture québécoise, viennent tout émoustillés de nous annoncer la nouvelle sortie sur Netflix.
Malgré qu’ils ne soient pas les responsables de ce qui arrive, les gouvernements ont quand même une responsabilité. Dois-je rappeler que Justin Trudeau a été élu en promettant de rehausser considérablement le financement de Radio-Canada?
Dès son premier budget, Justin Trudeau a annoncé 675 millions $ sur 5 ans à la société d’État. Pendant que tous les médias privés au Canada crevaient de faim, le Parti libéral rehaussait le financement annuel de Radio-Canada de 150 millions $.
Vers un monopole?
Nous sommes en droit de nous demander si le parti de Justin Trudeau ne préférerait pas un monopole de Radio-Canada en information. C’est d’ailleurs une question que chaque citoyen doit se poser dans le contexte tragique qui frappe les médias privés.
Aimerions-nous vivre dans dix ans dans une société où il n’existe qu’un seul média d’information, un média qui appartient à l’État? Lorsque j’évoquais ce scénario il y a dix ans, les gens riaient de moi. Aujourd’hui, la question se pose sérieusement.
J'ai une pensée aujourd’hui pour ces hommes et ces femmes dévoués qui perdent leur emploi. Je tiens à leur rendre hommage et à leur dire merci pour ce qu’ils ont apporté sur nos écrans au fil des ans.
Le sacrifice est terrible. Mais pour notre culture et notre patrimoine, TVA doit survivre.