Un contrat en or pour notre aluminium vert
Apple utilisera l’aluminium de l’entreprise québécoise Elysis dans son nouveau iPhone SE


Francis Halin
Plus de 160 millions de dollars de fonds publics ont été investis dans une coentreprise permettant à Rio Tinto et à Alcoa de développer ici un aluminium vert, qui a séduit le géant américain Apple.
Jeudi dernier, Apple a annoncé qu’il utilisera l’aluminium développé chez nous par la société en commandite Elysis dans son nouveau iPhone SE.
« C’est eux [Apple] qui ont amené Rio Tinto et Alcoa à travailler ensemble dans un joint venture dans lequel Apple est impliqué et pour lequel les gouvernements du Québec et du Canada ont mis des fonds parce que ça va permettre de réduire considérablement les gaz à effet de serre », a expliqué au Journal Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC).
« Apple a identifié deux entreprises qui travaillaient séparément, et en compétition sur la même chose, et qui n’étaient plus capables de mettre les fonds pour avancer avec ça », a-t-il poursuivi.

Investissement majeur d’Apple
Depuis 2018, Québec et Ottawa ont investi plus de 160 millions de dollars dans la coentreprise Elysis, qui veut commercialiser sa technologie. Rio Tinto et Alcoa ont mis 55 millions de dollars et Apple, 13 millions de dollars.
Au départ, Investissement Québec (IQ) a accordé une aide financière de 60 millions $ au projet, soit 40 millions $ sous forme de prêt à redevances, et 20 millions $ sous forme de parts de la société en commandite.
Au printemps 2021, Québec a mis un autre 20 millions de dollars sous forme de prêts à redevances et de parts de la société en commandite.
« Investissement Québec a une portion de 3,5 % des actions. Le restant sont réparties entre Alcoa et Rio Tinto », a détaillé au Journal le PDG d’Elysis, Vincent Christ, en précisant qu’Apple « est un investisseur sans être actionnaire ».
Lorsque l’on demande au cabinet du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, si l’argent public a pu servir à financer Apple, on répond que non.
« Non, il n’y a eu aucun financement public dans la recherche et développement d’Apple », confirme son directeur des communications, Mathieu St-Amant.
L’an dernier, Apple a investi plus de 23 milliards de dollars en recherche et développement, loin derrière Amazon, qui a allongé 53 milliards de dollars.
Au Journal, le PDG d’Elysis, Vincent Christ, est aussi catégorique : la techno verte développée avec des fonds publics est bénéfique pour le Québec. Quand on lui demande en quoi les 160 M$ sont rentables pour les contribuables, il répond que « les contrats sont de nature confidentielle ».
« Lorsque l’on fait le développement d’une technologie de rupture, les risques sont élevés, et c’est pour ça qu’il y a des fonds publics dedans », souligne-t-il.
Moteur de modernisation
Pour ce qui est de la création d’emplois, Vincent Christ dit qu’une centaine ont été annoncés en 2018, mais qu’une trentaine ont été créés ici jusqu’à présent.
« Il ne faut pas mettre ça dans une équation traditionnelle de création d’emplois. C’est un développement technologique, qui va permette de moderniser toutes les usines au Québec pour être les plus compétitifs au monde », analyse à son tour Jean Simard, PDG de l’AAC.
Pour l’industrie, produire de l’aluminium vert permettra de rester concurrentiel, de pérenniser les quelque 30 000 emplois ici, et d’en créer.
Apple n’a pas répondu à nos demandes d’entrevues.
- Le Québec est le 4e producteur mondial d’aluminium primaire et plus de 90 % de l’aluminium canadien est produit chez nous, selon le ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI).
Elysis
- Siège social : Montréal
- Centre de recherche et développement : Saguenay
- Fondation : 2018
- Employés : 30
Financement
- Alcoa et Rio Tinto : 55 M$
- Ottawa : 80 M$
- Québec : 80 M$
- Apple : 13 M$
Une innovation québécoise dans l’iPhone SE d’Apple
Le PDG d’Elysis estime que le Québec doit être fier de voir qu’Apple utilisera dans son nouveau téléphone de l’aluminium vert produit grâce à un procédé développé ici.
« Cette technologie de rupture n’était pas présente du tout au Québec. On a transféré les brevets au Québec. On a transféré les opérations au Québec », a expliqué en entrevue au Journal Vincent Christ, PDG d’Elysis.

« Aujourd’hui, Apple est la preuve que l’on avance », a ajouté l’homme qui a dirigé auparavant les départements de recherche et développement et de technologie de Rio Tinto.
Sans GES
Jeudi dernier, Apple a annoncé qu’il prévoit utiliser le tout premier lot commercial d’aluminium à faibles émissions de carbone d’Elysis pour la production d’iPhone SE.
Pour la première fois, un aluminium de pureté commerciale sans aucune émission de gaz à effet de serre (GES) a pu être produit, ce qui est en soi une innovation de taille, souligne le grand patron d’Elysis.
Aujourd’hui, cette méthode pourrait éliminer l’équivalent de 7 millions de tonnes métriques d’émissions de GES si les alumineries du pays l’adoptaient, ce qui équivaut à 1,8 million de voitures de la circulation.
Pour Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC), le fait de produire de l’aluminium avec des émissions d’oxygène seulement est une immense source de fierté, qui transformera l’industrie en entier.
« Cette technologie-là va permettre de faire autrement ce que l’on fait depuis 100 ans à travers le monde », est-il allé jusqu’à dire au Journal.
iPhone plus écolo
Pour le géant américain Apple, cette nouvelle façon plus écolo de produire de l’aluminium est bienvenue.
Après avoir intégré des composantes d’aluminium vert dans son MacBook Pro de 16 po l’an dernier, Apple prévoit en utiliser pour son nouvel iPhone SE.
Pour la multinationale, le fait de passer à de l’aluminium recyclé et à de l’aluminium obtenu par d’hydroélectricité est payant pour l’environnement.
Ainsi, depuis 2015, l’entreprise américaine a vu ses émissions de carbone liées à l’aluminium fondre de près de 70 %.