Un premier effet positif dans les CHSLD dès la fin janvier
À ce moment-là, le Québec devrait avoir reçu plus de 250 000 doses des vaccins de Pfizer et de Moderna
Jules Richer
Grâce à l’approbation coup sur coup de deux vaccins efficaces à la fin de 2020, la pandémie de COVID-19 a changé complètement de visage. On est passé du stade d’hypothétiques remèdes miracles contre la maladie à l’administration des premières doses de vaccins.
• À lire aussi: COVID-19: la fin de la pandémie en 2021?
Maintenant, selon les experts, il est assuré qu’on assistera, pour le début de 2021, aux premiers reculs dans la propagation du coronavirus chez les personnes vulnérables.
« À la fin de janvier, on commencera à voir un premier impact [positif] dans les CHSLD », souligne le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.
Ces propos rejoignent ceux du grand responsable de l’opération vaccin aux États-Unis, Moncef Slaoui, qui prédit une « baisse significative » des décès chez les personnes âgées américaines d’ici la fin du mois prochain.
1,2 million de doses
D’après les dernières évaluations d’Ottawa, le Canada devrait avoir reçu à ce moment-là 1,2 million de doses des vaccins de Pfizer et de Moderna, sans compter possiblement celles d’AstraZeneca.
De ce nombre, le Québec obtiendra une quantité de doses au prorata de sa population, soit environ 264 000.
Cela représente 132 000 personnes inoculées, puisque deux injections sont nécessaires.
Rappelons que Québec a placé les résidents des CHSLD et des ressources intermédiaires au sommet de la liste des priorités pour les vaccinations. On estime à 40 000 le nombre de personnes âgées qui habitent dans ces établissements.
Les travailleurs de la santé seront également vaccinés en priorité.
Comme d’autres responsables des inoculations, le Dr De Serres a constaté « une certaine circonspection par rapport aux premières doses » chez ces travailleurs, qui hésitent donc à se faire vacciner.
« Mais plus il va y avoir de personnes vaccinées, plus ça va rassurer ceux qui sont inquiets », explique-t-il.
Pour l’instant, note-t-il, les inoculations sont ralenties par l’approvisionnement des doses, pas par la capacité du système de santé québécois à les effectuer. « Actuellement, le goulot d’étranglement, c’est l’approvisionnement. »
Campagnes massives
Au Québec, on a l’expérience de campagnes massives de vaccination, par exemple comme celle contre la grippe H1N1, en 2008, où en seulement deux mois 4,4 millions de doses avaient été administrées.
« Aussi, ce qu’on espère, c’est que le plus grand nombre de vaccins soient homologués le plus rapidement possible dans les prochains mois », affirme le médecin.
Mais, assurément, croit le Dr De Serres, la progression du développement des vaccins contre la COVID-19 a quand même dépassé toutes les espérances.
« Pour les deux vaccins [approuvés au moment de l’entrevue], les choses se sont déroulées aussi bien qu’elles le pouvaient ; c’est très positif. »
Est-ce rassurant à l’égard d’autres pandémies éventuelles ? Le Dr De Serres met un gros bémol. Pour lui, le passé n’est pas nécessairement garant de l’avenir.
« On a une autre pandémie, celle du VIH, pour laquelle, 40 ans plus tard, on n’a toujours pas de vaccin efficace », dit-il.
« Alors, il ne faudra surtout pas croire que, si cette fois-ci ça va bien parce qu’on a trouvé la martingale [la formule miracle], on saura comment faire pour toutes les nouvelles infections. »
PFIZER : Le plus répandu

Le vaccin de Pfizer/BioNTech est actuellement le vaccin contre la COVID-19 le plus répandu sur la planète — et de loin.
- Son utilisation a été approuvée jusqu’à maintenant par 14 pays, en plus de tous les pays membres de l’Union européenne. Même la Chine, où il n’a pas encore été homologué, en a réservé des doses.
- Au Canada, on aura reçu 577 000 doses du vaccin d’ici le 4 janvier, sur les 20 millions de doses déjà réservées.
MODERNA : Il débarque au Québec

Le premier envoi du vaccin de Moderna est arrivé au pays la veille de Noël, seulement 24 heures après avoir été approuvé par Santé Canada. Le Québec a reçu ses 32 500 premières doses hier et la vaccination débutera la semaine prochaine.
- Exigeant des températures de conservation beaucoup moins contraignantes que celui de Pfizer, le vaccin de Moderna pourrait d’abord être distribué hors des grands centres.
- On en attend 168 000 doses au Canada d’ici la fin du mois de décembre. À la fin mars, le nombre total des doses expédiées par la compagnie américaine atteindra 2 millions.
JOHNSON & JOHNSON : Homologation d’ici un mois

Bénéficiant d’un appui important du gouvernement américain, qui a versé près d’un demi-milliard $, Johnson & Johnson en est aux dernières étapes des essais de phase 3 de son vaccin.
- Plus de 60 000 volontaires, concentrés surtout en Amérique latine, se sont prêtés à des tests. Les résultats initiaux sont prometteurs, d’autant que ce vaccin requiert une seule dose. Il est basé sur le même principe que celui d’AstraZeneca, soit le recours à un adénovirus.
- On prévoit les premières homologations à la fin janvier. Le Canada en a réservé 38 millions de doses.
ASTRAZENECA : Enfin approuvé

Très prometteur à cause de son faible coût de revient et de sa température de conservation raisonnable, le vaccin d’AstraZeneca et de l’Université Oxford a tardé à être approuvé.
- Mais c’est maintenant chose faite. L’autorité britannique de la santé a donné son feu vert hier. D’autres pays occidentaux pourraient bientôt suivre.
- Le gouvernement Trudeau en a réservé 20 millions de doses. Si on se fie aux cas de Pfizer et Moderna, les Canadiens n’auront pas à attendre longtemps avant de recevoir les premiers lots de vaccins.
MEDICAGO : Tard au printemps

Il faudra patienter jusqu’à la mi-2021 avant de pouvoir bénéficier du vaccin contre la COVID-19 produit par la firme Medicago de Québec, et ce, bien entendu, si les essais cliniques offrent les résultats attendus.
- Les essais de phase 3 commenceront en février avec 30 000 volontaires répartis dans 11 pays. La compagnie espère obtenir une approbation des autorités canadiennes tard au printemps prochain.
- Le Canada a réservé 76 millions de doses du vaccin et a investi 173 millions $ dans la production et les installations de Medicago.
61 vaccins potentiels
Vaporisateur nasal, timbre transdermique, doses administrées par voie orale, les efforts de recherche partout dans le monde n’écartent aucun moyen possible pour administrer le vaccin contre la COVID-19.
- Selon l’Organisation mondiale de la santé, 61 vaccins potentiels en sont actuellement au stade des essais sur les humains, dont 14 en phase 3, avec une variété de moyens employés.
Dans ce portrait global, il ne faut pas oublier les vaccins développés par la Chine, dont certains ont reçu des approbations réglementaires limitées.
C’est très encourageant
Richard Béliveau, Docteur en biochimie, Collaboration spéciale
Après une année 2020 extrêmement difficile, l’arrivée presque simultanée de plusieurs vaccins très efficaces contre la COVID-19 nous donne enfin des moyens concrets de mettre un terme à cette pandémie au cours des prochains mois.
On ne connaît pas encore l’efficacité des vaccins qui devraient être bientôt approuvés (Johnson & Johnson, notamment), mais on peut être optimiste, car la protéine du virus neutralisée par ces vaccins est la même que celle ciblée par les vaccins déjà approuvés au Canada (Moderna et Pfizer).
Les résultats spectaculaires obtenus par ces derniers indiquent que le coronavirus est très vulnérable à une réponse immunitaire dirigée contre cette protéine.
Grâce à la puissance de la science moderne, on aura donc réussi en moins d’un an à développer une panoplie de nouvelles armes pour vaincre ce virus mortel.