Un Montréalais adopte la grenouille qu’il a trouvée dans un sac de céleri de la Californie

Photomontage Benoit Dussault
Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2025-01-16T21:28:22Z

Après un voyage de 4800 kilomètres dans un sac de céleri, la grenouille Tony Soprano aurait pu connaître une fin abrupte si elle n’avait pas croisé la route d’un bon samaritain ayant décidé de l’adopter. L’amphibien vit maintenant des jours heureux dans un vivarium bien humide où les rayons de la lampe UV lui rappellent le soleil de sa Californie natale.

«J’ai sorti le céleri du sac et elle est tombée du bouquet de branches. Elle était à l’intérieur. C’est la première fois que je voyais ça. Elle mesurait à peine trois ou quatre centimètres», raconte à 24 heures Morgan Deslongchamps. 

Le 28 décembre dernier, le Montréalais de 28 ans a découvert une petite grenouille dans un sac de céleri acheté au Supermarché PA sur l’avenue du Parc, dans le Mile-End. Le légume provenait de la Californie. 

Relâcher l'animal dans le froid de l’hiver québécois aurait été une condamnation à mort. Il a donc décidé de lui offrir une seconde vie dans un vivarium bien chauffé. 

La grenouille a été baptisée Tony Soprano Deslongchamps en l’honneur du parrain fictif de la mafia du New Jersey interprété par James Gandolfini dans la série à succès de HBO, The Sopranos

Une rainette du Pacifique?

Selon les experts consultés par 24 heures, il pourrait s’agir d’une rainette du Pacifique. Tony serait un mâle, à en croire sa gorge qui gonfle et les cris aigus qu’il pousse quelques fois par jour. 

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Cette espèce d’amphibien arboricole, capable de monter aux arbres grâce à ses pattes munies de ventouses, est répandue en Californie. 

Tony n’est pas la première grenouille de son espèce à traverser de la sorte les États-Unis, souligne le professeur titulaire en biologie de la conservation à l’Université Laval, Marc Mazerolle. 

«Il arrive d’en voir dans les fruits et les légumes. C’est un petit organisme environ gros comme un deux dollars qui se glisse facilement dans les branches de céleri», souligne l’expert. 

«Je l’ai mise dans un gros vase avec de la terre. Je suis allé acheter de la mousse pour garder l’humidité, une lampe chauffante et une lampe UV car les grenouilles ont besoin des rayons UVB pour maintenir une bonne santé», explique Morgan Deslongchamps. 

Chaque semaine, il se rend à l’animalerie pour acheter des grillons dont se nourrit le petit Tony. 

«On m’a dit de lui donner des insectes pas plus gros que l’espace entre ses deux yeux», mentionne-t-il. 

«Il a repris des couleurs dans les dernières semaines, assure celui qui travaille comme luthier à Montréal. Quand je l’ai trouvée, elle était toute brune et desséchée. Maintenant on voit les motifs sur son dos.» 

Avec une source d’eau pour garder son épiderme humide et des morceaux de bois ou des roches pour se cacher, la rainette pourrait survivre deux ou trois bonnes années en captivité, estime le professeur Mazerolle. 

Une condamnation à mort

Le plan de Morgan Deslongchamps était de relâcher Tony avec le retour du beau temps. 

Les spécialistes s’opposent fermement à cette idée. 

«Libérer un tel animal évolué et adapté aux températures élevées est non seulement cruel, mais une condamnation à mort», prévient le professeur au département de biologie de l'Université d'Ottawa, Vance L. Trudeau. 

Il précise qu’il est de toute façon illégal de relâcher des espèces étrangères au Canada. 

«La garder en captivité pour l'instant est la meilleure approche», confirme la vétérinaire et scientifique principale pour la conservation du Biodôme, Emiko Wong. 

«Les mouvements d'animaux via les produits importés ou exportés peuvent être à l'origine de la colonisation d'espèces invasives dans des zones non indigènes», dit-elle, en plus du risque d'introduire des pathogènes.

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