Un père atteint d’un cancer craint de mourir de la COVID
Il redoute le non-respect des mesures sanitaires alors qu’il vit avec une maladie incurable

Nora T. Lamontagne
Un père de quatre enfants atteint d’un cancer incurable dénonce l’insouciance de certains Québécois qui mettent la santé des autres en péril en ignorant les directives de base pour prévenir la contagion à l’aube d’une deuxième vague de COVID-19.
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« Comment ça, ils ne sont pas capables de faire un sacrifice ? demande Danny Wade, aux prises avec un cancer du sang. Je pensais qu’on était plus solidaires que ça... »
Le Québec recensait hier encore plus de 170 nouveaux cas de COVID-19, un nombre jugé important par la Santé publique.
Déjà vendredi, le ministre de la Santé cachait mal sa crainte de voir déferler une seconde vague en demandant aux Québécois de bien appliquer les mesures sanitaires pendant la longue fin de semaine qui s’amorçait.
Devant cette inquiétude, l’ancien responsable marketing s’expliquait mal hier qu’un pan de la population rechigne à faire un effort pour protéger la santé des plus vulnérables.
Depuis 2016, le père de famille se bat contre le myélome multiple, un cancer du sang peu connu (voir autre texte plus bas).
Une fatigue chronique et une douleur intense aux reins l’ont mené à l’urgence, où le diagnostic est tombé comme une bombe dans sa vie. De ce moment précis, il n’a retenu que des bribes : « cinq à sept ans de survie », « cancer incurable »...
Après de multiples traitements, il va mieux, bien que son espérance de vie soit « incertaine » et que le risque d’une aggravation de sa maladie plane toujours.
Visite des enfants
Comme de nombreuses personnes atteintes d’un cancer, l’homme de 46 ans a dû, bien avant le début de la pandémie, s’habituer à porter un masque et à s’isoler de ses proches un certain temps pendant ses traitements de chimiothérapie pour ménager son système immunitaire.
Même les contacts avec ses enfants chez lui, à Longueuil, sont devenues un dilemme en ces temps de coronavirus.
« Comment je fais pour les voir sans craindre que l’un d’eux ait la COVID ? Je dois penser à moi avant tout, ça serait plate que ce soit la COVID qui m’emporte », dit M. Wade, lucide.
À la base, le myélome multiple est une maladie qui affaiblit le système immunitaire des gens qui en souffrent, explique le Dr Richard LeBlanc, hémato-oncologue et titulaire d’une chaire qui s’intéresse à cette maladie à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
À la merci des autres
Les malades se retrouvent donc particulièrement à risque de contracter la COVID-19 et d’en mourir en raison de leur immunosuppression, qui est aggravée par des traitements de chimiothérapie.
« Chez les gens avec un myélome multiple qui ont besoin d’une hospitalisation en raison de la COVID, la mortalité est de l’ordre de 25 à 50 %, ce qui est majeur », affirme le Dr LeBlanc.
Anticipant l’arrivée d’une deuxième vague de coronavirus, ce dernier prédit que les patients atteints de la maladie feront les frais de « la discipline, ou l’indiscipline de la population ».
Des recherches qui s’annoncent prometteuses
Des personnes atteintes du myélome multiple, un cancer du sang peu connu, mais qui touche environ 800 Québécois de plus chaque année, fondent de grands espoirs dans une nouvelle thérapie.
« J’avais jamais entendu parler de ça de ma sainte vie, le myélome multiple », se rappelle Danny Wade, qui en est atteint et qui sait aujourd’hui qu’il s’agit du cancer du sang le plus répandu au pays après la leucémie.
Depuis quatre ans, le père de famille a bénéficié des avancées de la science qui ont permis de prolonger son espérance de vie, malgré que ce cancer soit encore incurable pour le moment.
Pendant ses traitements, le père de famille a dû subir une chimiothérapie particulièrement éprouvante, une autogreffe de cellules souches, et une autre greffe semblable, provenant cette fois d’un étranger.
L’allogreffe de cellules souches, comme on appelle ce genre de thérapie, fait l’objet de grands espoirs parmi les chercheurs et les patients.
« En transférant un nouveau système immunitaire à quelqu’un qui a un cancer, le nouveau système pourrait reconnaître les cellules tumorales comme étrangères. Il y a des potentiels de guérison », explique le Dr Richard LeBlanc, hémato-oncologue et titulaire d’une chaire de recherche sur le myélome multiple à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Rencontrer son donneur
Exceptionnellement, Danny Wade a pu connaître l’identité de son donneur, un Allemand à peine plus âgé que lui qui lui a sauvé la vie.
« Je lui ai écrit une lettre de six pages en lui disant “ma mère m’a donné la vie, et toi tu m’as donné la chance de la poursuivre” », raconte-t-il, ému aux larmes. Avant la pandémie, les deux hommes avaient planifié se rencontrer cette année.
Aujourd'hui en meilleure forme, Danny Wade est le porte-parole de la 12e édition de la Marche Myélome Multiple de Montréal, qui aura lieu le 20 septembre prochain.
Il y voit une action symbolique : « Je mets de la distance entre le myélome et moi, il n’a pas gagné sur mes capacités. »
À l’échelle du Canada, l’organisation espère récolter 650 000 $ pour la recherche sur ce cancer.