Un procès injuste

Photo portrait de Josée Legault

Josée Legault

2020-09-25T09:00:00Z

Happés par la première vague de la COVID-19, des milliers de femmes et d’hommes sont morts dans des CHSLD et résidences privées. Seuls et souvent dans des conditions atroces. 

Des rapports d’enquête sur le CHSLD privé Herron et le CHSLD Sainte-Dorothée en confirment toute l’horreur. Hier soir, les émissions J.E. et Enquête faisaient leur autopsie fouillée du printemps meurtrier. 

Le tout s’ajoute aux montagnes de rapports oubliés qui, depuis plus de vingt ans, dénoncent la détérioration de ces « milieux de vie ». 

En entrevue avec Enquête, Marguerite Blais, ministre des Aînés et des Proches aidants, fut d’une honnêteté désarmante. Au lieu d’aller jaser recettes dans un talk-show, elle a répondu aux questions serrées d’une journaliste. 

Son crime ? Dire la vérité. Soit qu’en crise sanitaire, comme ministre des Aînés, son pouvoir est « relatif ». Que certaines décisions les plus risquées pour les CHSLD relevaient de la santé publique nationale. 

Que le gouvernement naviguait parfois à vue. Que l’hospitalo-centrisme dominait dans le processus décisionnel. Etc.

Bûcher virtuel

Bref, la majeure partie de ce que Mme Blais a dit est connue depuis des mois. On l’accuse malgré tout d’avoir « blâmé » François Legault alors qu’elle explique la réalité de la gestion initiale de la crise.

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Pour certains, la bouc émissaire est néanmoins trouvée. Le bûcher virtuel est monté. Quelqu’un doit expier. Ce procès est terriblement injuste. On l’accuse même de renier sa part de responsabilité alors qu’elle dit le contraire en entrevue. 

Je dis bien sa « part ». Parce que le massacre du printemps s’explique entre autres par certaines décisions initiales mal avisées ou trop tardives de la Santé publique et du ministère de la Santé lui-même.

Aussi parce qu’en amont, il découle de décennies de négligence des CHSLD publics et d’un recours accru à des résidences privées peu ou pas encadrées. L’austérité et le gigantisme bureaucratique des « réformes » Barrette ont enfoncé le dernier clou dans le cercueil du réseau de la santé tout entier. 

Alliée

En avril, l’ex-première ministre Pauline Marois le reconnaissait elle-même : « Je pense qu’on a fait fausse route. Et quand je dis qu’on a fait fausse route [...] c’est l’ensemble des gouvernements qui se sont succédé. Aujourd’hui, on en paie le prix. Ce sont nos parents et nos grands-parents. » 

La Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, abondait hier dans le même sens : « Les rapports sont produits, mais rien ne bouge ». Bref, si l’on devait traîner au banc des accusés tous les responsables du gâchis, il faudrait louer le stade olympique. 

Mmes Blais, Marois et Rinfret, trois femmes de tête, constatent le réel. Point. On aimerait voir autant de lucidité et d’humilité chez les Barrette de ce monde, mais ne retenez pas votre souffle.  

Bien avant la crise, Marguerite Blais avait convaincu François Legault d’enclencher des virages majeurs pour l’avenir : soutenir les proches aidants, augmenter les soins à domicile et humaniser les « milieux de vie » des plus vulnérables.

Des décennies d’abandon ne pouvaient pas se réparer en 18 mois. Puis, la crise a frappé dur. 

Un jour, il y aura l’« après-crise ». Il ne faudrait pas que le procès de pacotille que certains font à Marguerite Blais fasse perdre leur meilleure alliée aux aînés et aux proches aidants.  

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