Bell au Québec: un siège social plus que jamais de façade
L'entreprise continue de mener ses affaires à partir de Toronto tout en bénéficiant des millions $ investis par le gouvernement Legault

Olivier Bourque
Si le désir de Robert Charlebois était de revenir à Montréal, ce n’est pas l’intention de Bell Canada dont la haute direction continue d’évoluer à Toronto, malgré l’octroi par Québec de plusieurs millions de dollars au géant des télécommunications.
Député de Rosemont
« Le siège social, c’est une coquille vide. C’est essentiellement une façade, et j’emploie le mot façade, je n’ai même pas dit vitrine, car ils ne font même pas d’efforts pour meubler la vitrine », a jugé le député de Québec solidaire Vincent Marissal, en entrevue avec Le Journal.
Ce dernier ainsi que d’autres élus ont longuement questionné le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, cette semaine, qui a dû défendre la décision de verser 51 millions $ pour la F1 à Montréal, avec Bell comme nouveau promoteur. Les élus ont rappelé que l’entreprise dont la valeur boursière dépasse les 52 milliards $ « n’avait pas besoin de l’aide de l’État » pour se lancer dans l’aventure.
Mais malgré l’aide publique, Bell conserve son centre décisionnel à Toronto et déserte son siège social situé dans la métropole depuis plus de 140 ans. Contacté par Le Journal, Bell a plutôt indiqué par courriel que « Montréal a toujours été et sera toujours la ville de [son] siège social. [...] Bell a des dirigeants basés dans plusieurs villes ».
Un seul membre de la direction
Dans les faits, le nombre de dirigeants qui évolue à Montréal s’est réduit comme peau de chagrin. En 2008, La Presse rapportait que trois membres de la haute direction travaillaient de Montréal.
Mais selon un décompte effectué par Le Journal l’an passé, seule Karine Moses, présidente de Bell au Québec travaille actuellement au siège social situé sur l’Île-des-Sœurs. Les 12 autres cadres évoluent principalement ailleurs. Bell n’a pas souhaité confirmer ces informations.
Le grand patron Mirko Bibic a décidé d’établir son bureau à Toronto comme l’avait fait l’ancien PDG George Cope qui avait amorcé le virage torontois de l’entreprise. Il possède « des résidences au Québec et en Ontario », a toutefois souligné Bell.
« On le sait, le centre de décision n’est pas à Montréal », se désole M. Marissal qui croit que Bell Canada « est mort de rire » avec l’entente du Grand Prix.
« Après, il me semble que la moindre des choses de la part du gouvernement, c’est de s’assurer que Bell soit réellement impliqué au Québec avec un siège social. [...] Les gouvernements québécois successifs ont tous critiqué Air Canada pour la même chose alors, moi, je m’attends au minimum à ce que le gouvernement, à chaque occasion, rappelle Bell à ses devoirs. Et on aurait eu une maudite bonne occasion de le faire là », dit-il.
M. Marissal croit d’ailleurs que Bell « a été particulièrement baveux » dans les négociations menant à l’installation d’internet haute vitesse en région, une enveloppe de 826 millions $ annoncée au printemps dernier.
RDS dirigée de Toronto
En janvier dernier, Le Journal rapportait que pour la première fois de son histoire, RDS, propriété de Bell et diffuseur du Grand Prix de F1, allait être dirigée de la Ville Reine après un vaste remaniement de sa haute direction.
Selon le Bureau d’enquête, en devenant promoteur du Grand Prix du Canada, Bell sera le principal bénéficiaire de plus de 160 M$ de fonds publics investis depuis cinq ans au parc Jean-Drapeau.