Un voyage mère-fille: Le rituel précieux de Madeleine Péloquin avec ses enfants
«Dumas», lundi 20 h, Radio-Canada
Marjolaine Simard
Madeleine Péloquin est une actrice solide, à qui l’on confie des rôles forts et stimulants. Alors qu’elle vient de terminer le tournage de l’ultime saison de Plan B, on la retrouve simultanément dans de nombreuses séries, comme Dumas et Emprises. À la veille de monter sur les planches dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay, elle se confie sur cette période effervescente qu’elle traverse avec enthousiasme, portée par l’amour de ses filles et la complicité de son conjoint.
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Le tournage de Plan B est maintenant derrière toi. Comment as-tu vécu cette aventure, surtout en sachant que c’était la dernière saison?
On a terminé juste avant Noël, et le fait de savoir que c’était la dernière saison donnait une couleur très particulière à toute l’expérience. Cette saison, on suit le plan B du personnage de Mathieu Laforêt, interprété par Pierre-François Legendre. J’incarne Ariane, son ex, avec qui il a eu deux garçons qui sont maintenant adolescents. Malgré leur séparation, leur relation demeure très forte. Ce sont deux parents très impliqués, mais aussi deux amis. C’est une femme que je trouve profondément inspirante. Elle dégage une grande bienveillance, une vraie force tranquille.
Dans la série Dumas avec Sylvain Marcel

Cette saison, dans Dumas, ton personnage, Geneviève Allard, se rapproche beaucoup de celui d’Éric Bonin...
Ces deux personnages-là sont très droits, très loyaux, très investis dans leur métier. Quand j’ai lu les textes et que j’ai vu qu’il y avait des rapprochements, je trouvais cela sensé. Ils ont tous les deux beaucoup d’agendas cachés depuis le début, donc, quand cette rencontre arrive, on se demande vraiment où ça va mener.
À travers cette idylle naissante, tu retrouves Vincent Leclerc, avec qui tu partages un beau parcours...
Oui, on était vraiment super contents. On a partagé l’écran dans Alerte Amber, qui nous a littéralement soudés pour la vie, Les Pays d’en haut, IXE-13, Dumas et un court métrage récemment... Quand tu retrouves un vieux complice comme ça, il y a une chimie qui est déjà là. Tu peux aller plus loin, plus vite.
Madeleine dans la peau d'Anouk, dans Emprises

Parlons d’Anouk, ce personnage marquant dans Emprises, pour qui tu t’es beaucoup transformée...
Je ne veux jamais passer à côté d’un rôle. Je veux aller le plus loin possible dans la vérité du personnage. Anouk était une vraie composition, très loin de moi. J’ai fait énormément de recherches. Je me suis intéressée au crime organisé, à ce que ça signifie de faire du temps dans une prison fédérale. Je suis allée dans des bars, des restos, j’ai observé, écouté, ressenti. Quand tu fais ça, tu évites les stéréotypes. Ça devient incarné, organique, vrai.
Tu interprètes aussi le rôle d'Adèle dans Ils vécurent heureux, un personnage caractérisé par sa grande liberté...
J’étais vraiment heureuse de jouer une femme comme Adèle à la télévision. On n’en voit pas assez. Ce n’est pas une caricature, ce n’est pas une «cougar». C’est une femme libre, jeune d’esprit. Elle vieillit, mais elle est encore hot. Elle est intelligente, sensuelle, indépendante. Elle n’a pas besoin d’avoir un homme dans sa vie pour exister. Je trouve ça inspirant, et nécessaire, de montrer ces modèles-là.
L'affiche de À toi, pour toujours, ta Marie-Lou

Le théâtre occupe actuellement une grande place dans ta vie, notamment avec Michel Tremblay et ton rôle dans la pièce À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, présentée au Théâtre du Rideau Vert du 28 janvier au 28 février prochain...
Michel Tremblay, c’est monumental. J’ai grandi entourée de ses livres. Ma mère avait toute son œuvre à la maison, et elle les a relus plusieurs fois. Quand tu fais du théâtre au Québec, jouer Tremblay, c’est un rêve. Je retrouve mes complices Michel Charette, sur scène, et Henri Chassé, à la mise en scène, car on a aussi collaboré tous les trois sur à la pièce Le vrai monde de Michel Tremblay. Michel et moi on s’entend super bien. On essaie toujours de se retrouver quand c’est possible. Par exemple, il m’a invité dans sa série Marco Lachance.

Tu sembles avoir grandi dans un environnement très nourrissant sur le plan culturel. Comment était ton enfance?
J’ai grandi dans une maison où la culture occupait énormément de place, surtout la littérature. Les murs étaient pleins de livres. Mes parents ne faisaient pas de théâtre, ils n’étaient pas artistes au sens classique du terme, mais ils étaient profondément curieux, ouverts, amoureux des idées, et la musique a occupé une place importante dans ma vie. Dès l’école secondaire, on traversait chaque matin de la Rive-Sud vers Montréal pour mes études à l'École de musique Vincent-d’Indy. Je jouais de la flûte à bec, ce qui fait toujours rire les gens. On a tous ce souvenir de la flûte à bec en troisième année, mais moi, j’ai vraiment poussé l’affaire. J’ai joué pendant 10 ans, toutes les grandeurs de flûte, avec du répertoire sérieux. Ce n’était pas un hobby, c’était une vraie discipline.
Tu viens d’une famille nombreuse. Quelle est la place que ça a occupé dans ta construction?
On est quatre enfants, et j’ai deux grandes sœurs. Grandir dans une fratrie comme ça, ça t’apprend très tôt à observer, à écouter, à trouver ta place. Tu développes une sensibilité aux autres, une capacité d’adaptation. Je pense que ça m’a beaucoup aidée comme actrice.

Comment ton conjoint, le comédien Jean-François Nadeau, et toi arrivez-vous à maintenir un équilibre travail-famille?
On s’organise vraiment bien, mais c’est sûr que ça demande une grande capacité d’adaptation. Depuis le jour un où on a eu un bébé, il n’y a jamais eu de routine figée. Les horaires changent tout le temps, autant les miens que ceux de mon conjoint. On se rencontre le soir, pour voir comment on va organiser le lendemain. Cela dit, nos filles ont maintenant 14 et 17 ans, donc ça facilite énormément les choses.
Tes enfants s’intéressent-elles à ton métier? Est-ce qu’elles t’aident parfois?
L’apprentissage de texte, pour moi, ça a toujours été assez facile, mais quand j’ai besoin d'aide, elles sont là. Avec elles, il y a quelque chose de très touchant. Elles sont fines et attentives. Mon conjoint, lui, m’aide autrement. On discute beaucoup du travail, des personnages, des intentions, des scénarios. Quand on prépare des auditions, on les prépare toujours ensemble.

Tu es récemment allée au Portugal avec Laura, ta plus vieille...
Oui. J’ai décidé de proposer à mes enfants un voyage juste avec moi, dans le pays de leur choix, quand mes elles terminent leur secondaire. Ma plus vieille a choisi le Portugal. Voyager seule avec son enfant, c’est extrêmement précieux. Tu apprends à le connaître autrement. C’est une belle façon de souligner la fin d’un chapitre et l’entrée dans l’âge adulte.
Qu’est-ce que ce voyage-là t’a permis de découvrir sur ta fille... et sur votre relation?
Les voyages, ça révèle toujours quelque chose. Tu découvres comment ton enfant réagit à l’imprévu, à la fatigue, à la nouveauté. Tu as des conversations que tu n’aurais jamais à la maison, dans le quotidien. La fin du secondaire, c’est un passage important. Ils sont sur le point de partir dans leur vie d’adulte. Là, j'amasse des sous pour la fin du secondaire de ma plus jeune, Raphaëlle.
Tu as toi-même vécu des moments comme ça avec tes parents...
On était quatre enfants chez nous, et nous avons chacun eu un voyage seul avec chacun de nos parents. Être seule avec son parent, c’est rare, surtout dans une famille nombreuse. Ces moments-là m’ont marquée. Ça crée une intimité différente, une relation qui se transforme. J’avais envie d’offrir ça à mes filles à mon tour.
Tes deux filles sont à des étapes différentes de leur vie en ce moment. Comment vis-tu ça, comme mère?
Ma plus vieille entre au cégep, et l’autre est encore au secondaire. Je suis donc dans un moment très particulier, où je vois mes enfants changer. C’est émouvant, parce que tu réalises que tout va très vite. Tu veux être présente, attentive, sans être envahissante. Tu veux les accompagner, mais aussi leur laisser l’espace pour devenir qui elles sont.
Qu’est-ce qui s’en vient pour toi dans les prochains mois?
Outre À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, je reprends les tournages de Dumas. Je vais aussi participer au long métrage Le Prince, de Nicolas Krief. Je profite vraiment de tout ce qui m’est offert en ce moment. Ce sont de très beaux moments, et je les accueille avec beaucoup de reconnaissance.