Une arbitre olympienne

Geneviève Gaudreau a vécu le rêve des Jeux au tournoi de softball féminin

Geneviève Gaudreau et son groupe d’arbitres aux Jeux de Tokyo.
Geneviève Gaudreau et son groupe d’arbitres aux Jeux de Tokyo. Photo courtoisie
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2021-08-09T02:53:19Z

Le rêve olympique n’est pas que l’apanage des athlètes. Après un peu plus de 30 ans à œuvrer dans le softball, c’est comme arbitre que Geneviève Gaudreau a vécu ce privilège aux Jeux de Tokyo.

Originaire de Saint-Rédempteur, sur la Rive-Sud de Québec, c’est à neuf ans que la petite Geneviève est tombée dans la marmite du softball.

Elle a participé comme joueuse à différents championnats canadiens, remportant notamment l’argent avec l’équipe du Québec en 1989. Pas rassasiée après sa carrière sur le terrain, elle a poursuivi sa passion comme entraîneuse et comme arbitre.

En 2006, elle obtenait le niveau 5, plus haute certification au pays pour un arbitre en softball. Il aura fallu patienter 15 ans, mais le bagage olympique qu’elle vient de vivre est déjà rangé dans le tiroir des souvenirs indélébiles.

« Le rêve olympique n’est pas seulement réservé aux athlètes. Le fait de se retrouver sur le terrain fait de toi un olympien et personne ne peut t’enlever ça. Il y a beaucoup de fierté et d’honneur qui vient avec ça. L’expérience que j’ai été cherchée, je la ramène dans ma province et mon pays », a confié la dame d’expérience, qui a été accompagnée à Tokyo par une autre arbitre canadienne, l’Albertaine Frankie Billingsley.

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Un bref retour

Pour Geneviève Gaudreau, l’occasion était unique. Le softball féminin n’avait pas été à l’affiche aux Jeux depuis 2008, à Pékin. Le sport ne sera pas non plus du programme à Paris, en 2024. Il y a encore de l’espoir pour Los Angeles, en 2028, mais le temps fait son œuvre.

« C’était la fenêtre pour y aller. Dans huit ans, je pense que je serai trop vieille pour les critères de sélection. Je suis bien satisfaite que l’opportunité se soit présentée.

« En 2016, ils ont annoncé que le softball revenait. J’ai su que les possibilités étaient là. J’ai continué de travailler fort et j’ai vécu une belle progression. Quand tu fais ça parce que c’est ta passion, ça te sort par tous les pores de la peau et les gens le voient. Je me suis retrouvée dans une compétition avec le calibre le plus relevé de la planète et j’en ressens beaucoup de fierté », a-t-elle témoigné.

Plus grand que nature

La longue feuille de route de l’arbitre incluait déjà 23 événements nationaux et une dizaine d’événements internationaux, dont les Jeux panaméricains de 2015, à Toronto. 

Rien de comparable, toutefois, à ce qu’elle a vécu pendant le tournoi olympique à Tokyo.

« La principale différence, c’est l’ampleur de l’événement. Quand ils présentent les arbitres avant le match avec ton nom sur le tableau et les anneaux olympiques au-dessus, tu réalises que c’est le plus haut niveau qu’un officiel peut atteindre », a-t-elle souligné.

Solidarité canadienne

Si elle a besogné comme arbitre, c’est comme simple spectatrice que Gaudreau a vécu l’un des moments les plus intenses du tournoi, lorsque les Canadiennes ont remporté la médaille de bronze en disposant des Mexicaines par 3 à 2.

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Les arbitres provenant d’un pays qui participe à un match ne sont évidemment pas en fonction, question d’éviter les potentielles frictions.

« L’autre arbitre canadienne et moi, nous sommes descendues sur le bord du terrain au dernier retrait. J’en parle et je redeviens émotive. C’était vraiment beau de les voir gagner. C’est un gros morceau pour le développement du sport féminin au pays. » 

Un honneur d’arbitrer en finale 

Geneviève Gaudreau
Geneviève Gaudreau Photo courtoisie

Geneviève Gaudreau n’oubliera pas de sitôt sa participation à la finale olympique entre le Japon et les États-Unis, match qu’elle a arbitré au premier coussin.

Mais bien avant de vivre ce quatrième sacre olympique des Japonaises après ceux de 1996, de 2000 et de 2004, la Lévisienne a vécu son lot d’émotions en sautant sur le terrain dès le début du tournoi.

« La finale, c’est un match prisé des arbitres, mais je dirais que d’avoir fait le match d’ouverture au marbre, c’était aussi un moment important. 

« Ça faisait 12 ans qu’il n’y avait pas eu de softball aux Jeux. On savait qu’il y aurait de l’attention médiatique parce qu’on commençait avant les autres compétitions. Je trouvais ça gros. Il est arrivé ce qui devait arriver, un jeu controversé sur une obstruction au marbre ! Je l’ai appelée et ça a donné un bon cadre de départ », a lancé Gaudreau.

Cette dernière a aussi été testée à souhait lors du duel entre les Australiennes et les Mexicaines. L’enjeu était grand, car les gagnantes se retrouvaient ensuite face aux Canadiennes pour l’obtention du bronze.

« J’étais aussi au marbre et les entraîneurs testent toutes les décisions le moindrement serrées dans un tel contexte », a-t-elle dit.

Finale toute féminine

C’est donc dans les premiers matchs que l’arbitre québécoise a pu évacuer le stress afin de vivre pleinement le moment en grande finale.

« Une fois rendue en finale, j’avais déjà vécu pas mal d’émotions fortes et je me sentais en confiance. Nous étions particulièrement fières de nous retrouver dans une finale d’un sport féminin avec cinq officielles féminines. La rivalité entre le Japon et les États-Unis existe depuis des années et c’était bien de faire partie de ce moment », a affirmé Gaudreau.

Avec quelques jours de recul depuis le retour à la maison, celle qui est aussi enseignante en éducation physique ne peut que se réjouir.

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