Une autre professeure en faveur de la laïcité

L’universitaire a témoigné au palais de justice mardi

Nadia El-Mabrouk a aussi témoigné lors de consultations publiques sur la Loi sur la laïcité, en mai 2019.
Nadia El-Mabrouk a aussi témoigné lors de consultations publiques sur la Loi sur la laïcité, en mai 2019. Photo d'archives
Photo portrait de Michael Nguyen

Michael Nguyen

2020-11-10T18:11:32Z
2020-11-11T03:16:08Z

Après la femme du blogueur saoudien Raïf Badawi la veille, c’était au tour de la professeure universitaire Nadia El-Mabrouk de se positionner pour la Loi sur la laïcité, mardi au procès intenté par des groupes qui veulent la faire invalider.

• À lire aussi: La femme de Raif Badawi appuie la loi sur la laïcité

« Je m’attends à ce que les enseignantes respectent leur devoir de neutralité religieuse, de fait et d’apparence. Montrer un signe religieux [en classe], c’est montrer une préférence, c’est du prosélytisme », a témoigné Mme El-Mabrouk, mardi au palais de justice de Montréal.

Nadia El-Mabrouk est professeure titulaire en informatique théorique à l’Université de Montréal. Elle témoignait en faveur de la loi adoptée l’an passé. Cette loi interdit entre autres le port de signes religieux aux juges, policiers, procureurs, gardiens de prison et enseignants, dans le cadre de leur fonction.  

« Dans la société, les gens font ce qu’ils veulent, a expliqué Mme El-Mabrouk. Mais à l’école, ça brouille le message. Les enseignants sont une figure d’autorité. Ce qu’ils disent, c’est des paroles d’évangile pour mon fils. »

Les frères musulmans

La professeure, qui est née et qui a grandi en Tunisie avant d’immigrer au Québec, a expliqué qu’à l’époque, c’était « relax » dans son pays de naissance. Mais que dans les années 80, la société s’est « durcie un peu » avec l’influence des Frères musulmans.

Publicité

« Mes cousines ont commencé à se voiler, en disant à leur mère c’était quoi la bonne religion, a expliqué Mme El-Mabrouk. J’ai failli le porter moi-même, mais mon père m’en a dissuadé. Il ne voulait pas que j’entre dans cet intégrisme religieux. »

Questionnée par les avocats du Mouvement laïque québécois, la professeure a ainsi expliqué que selon elle, les enseignantes ne devraient pas être voilées, car « ce n’est pas à l’école de transmettre la religion », en plus d’envoyer un mauvais message sur l’égalité homme-femme.

« L’école est là pour les enfants, pas pour les enseignants, j’aimerais [que ces derniers] s’en rappellent », a-t-elle ajouté.

Le professeur François Dugré, qui enseigne la philosophie au cégep de Saint-Hyacinthe, a lui aussi témoigné en faveur de la loi, soulignant entre autres qu’il s’attendait à un « devoir de réserve plus strict » chez certaines personnes.

Un autre professeur a ensuite expliqué que l’école « n’a pas pour tâche de faire de nouveaux croyants ».

Discours opposé

Ces discours tranchent ainsi avec ceux d’enseignantes entendues en début de procès, la semaine dernière, et qui se positionnaient contre la Loi sur la laïcité.

« Ma religion est un mode de vie. Je n’ai pas l’intention de forcer les femmes de porter le hijab, mais je n’ai pas l’intention de l’enlever », avait entre autres affirmé Ichrak Nourel Hak, une musulmane en tête du recours.

Pour Messaouda Dridj, une autre enseignante, le voile représente son identité, si bien qu’elle « n’oserait pas [se] regarder dans le miroir » sans le porter. Amrit Kaur, une femme de confession sikhe, a pour sa part affirmé que de retirer son turban reviendrait à renier sa religion.

Publicité