Tragédie de Wendake: Une avocate tire à boulets rouges sur la DPJ

Martin Lavoie
Une avocate qui a eu des échanges avec des proches des deux enfants décédés tragiquement dimanche à Wendake déplore l’inaction de la DPJ dans ce dossier.
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Des proches des victimes de 2 et 5 ans ont parlé à Me Valérie Assouline pour s’informer d’éventuels recours contre la DPJ. L’avocate est bouleversée par l’ampleur du drame et son contexte.
«Je leur suggère de laisser la poussière retomber. Rien n’a été décidé encore. C’est la mère qui va certainement me rappeler. Je ne lui ai pas parlé, mais j’ai appris qu’elle est dévastée. C’est important de leur laisser vivre leur deuil.»
Me Assouline s’est fait remarquer au cours des dernières années pour ses prises de position assez tranchées face à la DPJ. L’avocate s’insurge que des signalements de proches de la famille des deux jeunes victimes de Wendake n’ont pas été retenus par la DPJ.
«Je trouve qu’ils (la DPJ) interviennent quand il ne faut pas et ils n’interviennent pas quand il faut. Il y a des dossiers où on se demande pourquoi ils sont là. Avec des parents qui sont bien, qui adorent leurs enfants et qui se battent pour. Ils se retrouvent devant les tribunaux durant une dizaine de jours à se battre avec la DPJ avec des intervenants qui perdent du temps au palais de justice», estime-t-elle.
«Il y a des dossiers où on fait des signalements où ils ne nous répondent pas, où ils ne nous croit pas. C’est vraiment du n’importe quoi qui se passe dans certains dossiers et c’est révoltant», lance l’avocate.
Rien ne bouge
«Il y a un méga ménage à faire, mais il faut du courage pour le faire parce qu’il va falloir mettre du monde dehors. Ça fait 40 ans que ça se passe.»
«On a encore le front de nous dire qu’on nous fait encore plein de rapports? Combien de temps ça prend pour savoir qui n’a pas répondu à ces signalements? Pourquoi on n’a pas répondu?», questionne l’avocate.
Elle se demande aussi comment une personne avec un passé de troubles mentaux comme Michaël Chicoine a pu être en contact avec ces deux enfants.
La CPDPJ a sonné l’alarme
En plus de la Justice, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CPDPJ) et le gouvernement québécois ont aussi ouvert des enquêtes au sujet de ce drame.
Le 11 août dernier, la CDPDJ a rendu son rapport sur le décès d’une fillette de 7 ans à Granby en avril 2019. Valérie Assouline représente d’ailleurs la mère de la victime. Rappelons que ce sont le père et sa conjointe qui sont accusés dans ce dossier.
Dans une lettre à cinq ministres, Suzanne Arpin, vice-présidente, responsable du mandat jeunesse de la CDPDJ, écrivait alors que «l’enquête de la Commission révèle des manquements à toutes les étapes du processus clinique et légal qui visaient à protéger la jeune victime; que ce soit des erreurs de jugement clinique, de fausses croyances, d’une lecture erronée de faits, d’un manque de supervision, etc.»
En entrevue à QUB le jour même, Mme Arpin a soutenu que le cas de Granby n’était pas isolé. «Ce sont des constats durs, mais ça fait plusieurs années qu’on voit ces problématiques, qui sont récurrentes. Y’en a beaucoup trop de ces dossiers-là. Ça arrive plus souvent qu’on le pense.»
Le premier ministre François Legault a réagi le jour même au dépôt de ce rapport. «Lionel Carmant et moi, on s’engage à mettre en place les recommandations», a-t-il alors soutenu.