Une commémoration douteuse

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2012 Photo d'archives
Photo portrait de Denise Bombardier

Denise Bombardier

2022-02-22T10:00:00Z

On a eu droit à une histoire inventée à l’occasion du dixième anniversaire de ce que l’on a appelé le Printemps érable au Québec.

Les médias s’en sont donné à cœur joie en glamourisant en quelque sorte ce tintamarre de casseroles, qui a duré le temps d’une saison. Les étudiants de l’époque ont occupé les rues de Montréal pour réclamer l’abolition des hausses des frais de scolarité à l’université.

Au Québec, on ne recule devant aucune comparaison outrancière. Le Printemps érable rappelait le Printemps arabe où, dans des pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, on descendait dans la rue pour réclamer la démocratie dans ces systèmes autoritaires, tyranniques et archaïques.

Or, on le sait aujourd’hui, les étudiants n’ont obtenu aucun gain au bout du compte. Après les grandes émotions de la rue où des familles au complet défilaient avec des casseroles le 21 avril 2012, ce fut l’émeute devant le Palais des congrès.

On se souvient des interventions policières musclées quotidiennes et on se demande encore comment on a pu éviter qu’il y ait eu mort d’homme. Seuls quelques manifestants et policiers ont été blessés.

2022
2022 Photo Agence QMI, Maxime Deland

Nostalgie

Pour l’anniversaire de ce grand « dérangement », la nostalgie révolutionnaire est réapparue. Or, répétons-le, aucun gain n’est sorti de ces perturbations sociales. Saoulés par le vif plaisir intense de jouer à la révolution, les étudiants n’ont rien gagné financièrement alors que le coût social de cette révolte s’est élevé à des millions de dollars.

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Le porte-parole de la police de Montréal à l’époque, Ian Lafrenière, aujourd’hui ministre caquiste, a déclaré sans langue de bois au Devoir que lors du Printemps érable, il y avait juste des perdants.

Eh bien, l’on peut s’attendre à ce que les convois des camionneurs au Canada qui manifestaient contre les vaccins et la politique sanitaire inspirent d’autres antivax et antitout à l’étranger. N’oublions pas que ce mouvement militant a été baptisé le « convoi de la liberté ». Mais le mot liberté est devenu un terme galvaudé, déformé et perverti dans la bouche des complotistes et de Donald Trump au premier chef, qui a félicité les organisateurs canadiens. Ce mot n’a plus de sens.

  • Écoutez l'édito de Denise Bombardier à l'émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 8 h via QUB radio :

Théâtralisation

Ici encore, une aura flotte devant cette théâtralisation anarchique et antidémocratique contrôlée par des insurrectionnels.

Il ne faut surtout pas baisser la garde devant le courant venu des États-Unis et qu’ont à l’œil des puissances tyranniques comme la Chine, la Russie et certains pays islamistes.

Avec la prise en otage d’Ottawa, une page de l’histoire du Canada est en train de s’écrire. Donc, il faut s’assurer que les réseaux sociaux délinquants n’imposent pas leur vision fausse, revue et corrigée par des spécialistes de la science-fiction, comme la seule qui soit véridique.

Trop peu d’historiens, d’analystes et de commentateurs interviennent dans l’espace public. Mais en ces temps où l’idéologie prend le dessus sur la raison, où la vérité subit le viol incessant du mensonge, on a besoin de ces gardiens-templiers de la démocratie, c’est-à-dire des savants, des enseignants et tous ceux qui sont capables de réfléchir à tête reposée sur ce qui se passe en ce moment.

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