Une crise politique ou un argument électoral

Richard Latendresse
En près de 15 ans à la Maison-Blanche, j’y ai croisé mon lot de crises, mais aucune comme celle-ci. L’annonce de la mort d’Oussama ben Laden avait provoqué un branle-bas de combat majeur ; on s’était vite ajustés.
La confirmation de la victoire de Donald Trump sur Hillary Clinton, dans la nuit du 8 au 9 novembre 2016, nous avait tous laissés stupéfaits. Personne toutefois ne risquait d’en mourir.
Je suis arrivé tôt, hier matin, à la Maison-Blanche. Les faces étaient longues, peu importe ce qu’on pense du président. Non seulement s’échangeait-on des regards inquiets, mais le décompte avait commencé : tel caméraman accompagnait le président dans le New Jersey jeudi ; tel correspondant l’avait suivi au Minnesota la veille ; nous étions pratiquement tous à Cleveland mardi.
Depuis le début de la pandémie, une routine s’est installée sur Pennsylvania Avenue. On nous donne, la veille, une heure précise – le call time – pour tous subir un test de la COVID. À l’intérieur d’une heure, nous sommes fixés. Hier matin, en quelques minutes, un technicien de CNN, puis une des employées du service de presse de la présidence, se faisaient dire de rentrer chez eux, leur test ayant été positif.
Aucun doute, le président a été victime de son inconscience. Non pas de son ignorance : il savait dès février que le coronavirus était mortel. C’est ce qu’il a admis au journaliste Bob Woodward ; l’enregistrement est sans ambiguïté.
Il a, en fait, « poussé sa luck ». En début septembre, il nous avouait, sans gêne, « être un cheerleader pour ce pays. Je ne veux pas que les gens aient peur. Je ne veux pas semer la panique ». Là, c’est raté.
De deux choses l’une, soit son cas s’aggrave et il réussit à plonger le pays dans une crise politique et constitutionnelle encore plus profonde que ce que toute sa présidence a engendré jusqu’à maintenant.
Ce n’est pas peu dire.
Soit il s’en sort vraiment, sans effets secondaires, et il devient le survivant par excellence, le winner qu’il a toujours prétendu être.
Tout un argument électoral !