Une «dette» envers ses ados
Dr Éric Goyer est le directeur régional de santé publique des Laurentides


Hugo Duchaine
Le Dr Éric Goyer termine la dernière année avec une « dette » envers ses deux adolescents, car la santé et la sécurité de milliers de Québécois aux prises avec une pandémie mondiale jamais vue ont dû passer en priorité.
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« Ce que j’ai trouvé difficile, c’est que j’ai peu de temps à leur consacrer. C’est le plus gros sacrifice », confie sobrement le quinquagénaire, qui termine l’année « la plus intense » de sa carrière.
Depuis un an, sa fille et son garçon, âgés de 14 et 12 ans, vivent presque à temps complet chez leur mère, alors que la garde était auparavant partagée.
54 ans
20 ans d’expérience en santé publique
« Je les vois la fin de semaine, parce que sinon, mon horaire est trop chargé. Même mes enfants trouvaient ça difficile, car j’étais constamment au téléphone à recevoir des textos, des courriels », illustre-t-il.
SA PLUS GRANDE SURPRISE
Deuxième cas d’infection à la COVID-19 détecté dans la province, la première hospitalisation liée au virus est survenue le 4 mars 2020 à Mont-Laurier, à la plus grande surprise du Dr Goyer. Il s’agissait d’un homme de 70 ans revenant d’un voyage en Inde.
« De tous les endroits où l’on s’attendait à voir apparaître un premier cas [...] on pensait vraiment que ce serait dans le sud du territoire, mais on s’est dit : ça, c’est un virus qui peut apparaître n’importe où, aucune région n’est à l’abri », souligne-t-il.
DE 10 À 200 EMPLOYÉS
L’équipe de santé publique des Laurentides a gonflé considérablement pendant la pandémie, passant d’une dizaine d’employés à 200 personnes appelées à faire du traçage des cas de COVID-19.
« On bâtissait l’avion pendant qu’on volait », illustre Éric Goyer.
Pour celui qui est à la fois responsable des Laurentides et d’une partie du Nord-du-Québec, le défi était double.
D’un côté, tracer les nombreux cas qui explosaient dans les Laurentides et de graves éclosions, comme celle à l’hôpital de Saint-Jérôme, et de l’autre, protéger des éclosions de petites localités éloignées et fragiles, à la Baie-James.
Dans les Laurentides, la direction de santé publique a aussi dû jongler avec l’afflux de « touristes » montréalais et tisser des liens avec la communauté juive orthodoxe de Boisbriand, qui s’est rassemblée en grand nombre illégalement quelques fois.
PEU DE LOISIRS
Même si le Dr Goyer travaille dans une région qui est un véritable paradis pour les amateurs de plein air, ce dernier en a peu profité.
Avant qu’éclate la pandémie, il s’apprêtait à partir pour une randonnée en raquettes. Il ne les a pas réutilisées depuis.
« J’apprends à apprécier les choses simples », dit-il, sur sa façon de décrocher.
« Des fois, je suis content de regarder une partie de hockey avec mon garçon ou d’aller faire une marche et boire un chocolat chaud avec ma fille. Ces moments-là sont rares », poursuit-il.
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