Une église récalcitrante n’a pas peur des amendes

Le lieu de culte Good News Chapel assume le risque de recevoir des amendes lors de sa cérémonie de dimanche

Les manifestations organisées par l’église Good News Chapel sont passées à un autre niveau, alors que l’établissement fait maintenant fi du nombre maximal de personnes.
Les manifestations organisées par l’église Good News Chapel sont passées à un autre niveau, alors que l’établissement fait maintenant fi du nombre maximal de personnes. Photo d'archives
Photo portrait de Olivier Faucher

Olivier Faucher

2021-02-20T06:00:00Z

Même si les policiers ont annoncé leur présence, une église de Saint-Léonard compte à nouveau faire fi du nombre maximal de personnes permises à l’occasion de sa céré­monie de dimanche.

L’église Good News Chapel, qui estime que les droits et libertés de ses fidèles sont brimés par le maximum de 10 personnes par salle imposé aux lieux de culte, attend pour un deuxième dimanche consécutif des dizaines de personnes.

«On comprend mal pourquoi les lieux de culte sont traités de façon différente de toutes les autres activités», soutient Mark Sorella, secrétaire du conseil d’admi­nistration de l’église. Ça équivaut aux risques des salles de cinéma», pense-t-il.

L’église avait défié une première fois la Santé publique le 14 février en accueillant une centaine de personnes dans une même salle. Mais dimanche, les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) seront de la partie, ont-ils prévenu.

L’église fera cette fois-ci l’effort de répartir son public dans six salles différentes. Mais tant pis s’il y a plus de dix personnes par salle. La perspective que l’établissement et ses fidèles reçoivent des amendes n’inquiète pas M. Sorella.

«C’est un risque et une décision réfléchis», fait-il valoir.

«Vous savez pourquoi les choses vont rouvrir? Ce n’est pas parce que le gouvernement aura retrouvé ses sens, mais parce que nous nous tenons debout», avait lancé le pasteur Steve Gesualdi devant ses fidèles, au cours de sa cérémonie du 14 février.

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Irresponsable

En plaçant ses fidèles à deux mètres les uns des autres, en fournissant du désinfectant et en les obligeant à porter le masque, l’église estime qu’elle en fait assez pour limiter le risque de transmission.

Mais pour l’épidémiologiste Nimâ Machouf, ce lieu de culte agit de manière irresponsable, notamment en faisant la promotion de la désobéissance civile face aux règles sanitaires auprès de ses fidèles.

«Tout rassemblement comporte un risque, rappelle Mme Machouf. On s’atten­drait des leaders communautaires d’aider les gens de leur communauté à faire partie de cette lutte collective. Mais eux, ils s’inscrivent en porte-à-faux avec ces mesures-là.»

D’autant plus que les personnes religieuses pratiquantes sont souvent des personnes âgées, souligne l’épidémiologiste. «Moi, la question que je poserais à ce monsieur, c’est quand votre monde va tomber malade, allez-vous les garder à l’église pour en prendre soin ou allez-vous nous les refiler dans le système de santé?»

Zone «très rouge»

«En tant qu’arrondissement, on ne peut pas accepter un groupe qui met en danger la santé du public», déclare le maire suppléant de Saint-Léonard, Dominic Perri. 

«Il y a beaucoup de personnes âgées et qui sont à risque à Saint-Léonard, rappelle-t-il. J’ai des personnes âgées qui ont même peur de sortir dans la cour en arrière. Je pense qu’ils doivent penser à ces personnes.»

Avec 518 cas dans les 14 derniers jours, l’arrondissement de Saint-Léonard est une zone «très rouge», signale M. Perri, qui remplace d’ailleurs le maire Michel Bissonnette­­­ puisque ce dernier est lui-même est atteint de la COVID-19.

Négociations

Ce n’est pas la première fois qu’un lieu de culte défie les règles sanitaires, souligne la Table interreligieuse de concertation. L’association qui agit à titre de porte-parole des lieux de culte auprès du gouvernement se voit obliger de condamner à nouveau un établissement récalcitrant, qui ne fait néanmoins pas partie de ses membres.

«Chaque fois, la Table a émis très clairement sa position à l’effet que les règles sont là pour être suivies», mentionne le porte-parole, Mgr Pierre Murray, qui souligne que la grande majorité des lieux de culte sont respectueux des règles.

Officiellement, la Table s’oppose toutefois elle aussi au maximum de 10 personnes. «[Ce n’est] pas vraiment acceptable et les responsables de la Table sont en discussion avec les responsables gouvernementaux», indique Mgr Murray.

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