Fusillade à Rivière-des-Prairies: une équipe pour lutter contre le trafic d'armes et la criminalité

Joël Lemay / Agence QMI
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Genevieve Abran

2021-08-04T18:37:44Z

Le gouvernement du Québec va créer une équipe intégrée permanente pour lutter contre le trafic d’armes à feu et la criminalité à Montréal. Cette annonce survient deux jours après qu'une fusillade eut fait trois morts dans le quartier Rivière-des-Prairies, dans l'est de la ville.

«Cette équipe va être efficace et opérationnelle directement sur le terrain», a assuré la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre Geneviève Guilbault en point de presse, mercredi. «C’est quelque chose qui va être fonctionnel très rapidement», selon la ministre, qui soutient que, «dans l’immédiat, on est déjà très dans l’action».

La Sûreté du Québec (SQ) coordonnera cette nouvelle équipe. «Nous voulons nous assurer que la collaboration entre le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la SQ sera à long terme. C’est très important dans la lutte contre les armes à feu», souligne-t-elle. 

La ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault
La ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault Photo Agence QMI, Joël Lemay

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De plus, l’Équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA), créée en décembre 2020 par le SPVM, sera élargie à l’ensemble du Grand Montréal. Sa présence sera accrue dans le nord-est et le sud-ouest de la ville.  

L'annonce a été faite mercredi en présence de la mairesse de la Ville de Montréal Valérie Plante, de la ministre responsable de la région de Montréal Chantal Rouleau, de la mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles Caroline Bourgeois, du directeur du SPVM Sylvain Caron et de la directrice de la SQ Johanne Beausoleil. 

TVA NOUVELLES/AGENCE QMI
TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

Beaucoup d'inquiétude dans l'Est 

«Montréal est une ville sécuritaire», a insisté la mairesse Plante. 

La ministre Guilbault, qui juge «préoccupante» et «inquiétante» la succession des événements violents à Montréal, a pour sa part tenu à rappeler que Montréal et le Québec «sont des endroits sécuritaires et somme toute paisibles». 

La fusillade de lundi suscite toutefois de nombreuses inquiétudes dans le voisinage. Plusieurs citoyens ont décidé de quitter définitivement le quartier.  

«C’est la goutte qui a fait déborder le vase. C’est fini, j’abandonne Montréal», a lancé Patrick Ndanga, en entrevue avec Le Journal

«J’avais déjà acheté une maison à Québec, où je travaille. Je devais prendre le temps de la rénover et on devait emménager après, a-t-il expliqué. Mais là, je nous laisse deux semaines pour partir d’ici.» 

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«Je préfère que mes enfants entendent le bruit des marteaux plutôt que le bruit des balles», a-t-il laissé tomber avant de retourner auprès de sa famille traumatisée par les événements. 

Dépassée par cette violence entre gangs de rue, Jessica Auger a aussi pris la difficile décision de quitter Rivière-des-Prairies, le quartier qui l’a pourtant vue grandir. 

«Sinon, un matin, je vais me lever et ça va être mon enfant qui va être touché. Une balle perdue, ça arrive vite», a-t-elle illustré. 

Un conflit de gangs de rue  

La responsable de la sécurité publique au comité exécutif et mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Caroline Bourgeois
La responsable de la sécurité publique au comité exécutif et mairesse de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Caroline Bourgeois Photo Agence QMI, Joël Lemay

L’une des victimes de la fusillade de lundi serait un rappeur montréalais associé à un gang de rue connu des policiers pour avoir la gâchette facile, selon les informations du Journal

Les cinq individus atteints par balle, dont trois sont morts, étaient connus des autorités policières.  

Les victimes de l’attaque seraient Jerry Willer Jean-Baptiste et Jefferson Syla, tous deux âgés de 29 ans, ainsi que Molière Dantes, âgé de 63 ans. 

Jean Richard Milius, 25 ans, et Alexandre Dunn, 45 ans, auraient également été blessés par balle, bien que leur vie ne soit plus en danger. 

Jean-Baptiste était plutôt connu dans le secteur sous son nom de rappeur, «Mackazoe». 

Sur ses réseaux sociaux ainsi que dans ses vidéoclips, ce dernier s’associait au gang de rue Profit Boy$, aussi appelé Profit Kollectaz ou PK, qui gravite dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies. 

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Un problème en recrudescence   

Un conflit entre deux groupes criminalisés serait à l’origine de plusieurs incidents violents depuis 2019.  

L'inspecteur David Shane, accompagné de Caroline Bourgeois (à gauche).
L'inspecteur David Shane, accompagné de Caroline Bourgeois (à gauche). Joël Lemay / Agence QMI

En fait, outre les dizaines de fusillades recensées dans le nord-est de la ville, près de la moitié des victimes d’homicides à Montréal (7 sur 16), depuis le début de l’année, ont été tuées dans le cadre d’un conflit entre groupes criminalisés, a confirmé l’inspecteur du SPVM David Shane, mardi, en marge d’une conférence de presse. 

«Les conflits ont différentes origines, telles que le trafic de stupéfiants, des conflits personnels ou encore des dettes. Évidemment, il y a toujours revanche, donc ça n’a plus de fin et ça continue», a-t-il noté.  

La recrudescence d’événements violents s’explique par plusieurs phénomènes, dont la banalisation des armes à feu et les contrecoups de la pandémie et du confinement, «qui semblent avoir exacerbé les tensions entre les groupes criminels», selon David Shane. 

– Avec Erika Aubin, Le Journal

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