Une pandémie, un quartier et 286 aquarelles
Une peintre s’est inspirée de Hochelaga pour créer une œuvre tous les jours

Nora T. Lamontagne
Une aquarelle par jour : voilà le défi qu’une artiste montréalaise s’est lancé au début du confinement, et qui est devenu une splendide série de 286 œuvres en hommage à son quartier.
« J’ai appelé mon premier carnet “ma quarantaine”, parce que je ne pensais pas que ça allait durer », se rappelle avec humour Louise Beaupré Lincourt, qui remplit présentement son douzième carnet.
Du jour au lendemain, l’aquarelliste s’est retrouvée « hyperconfinée » le 13 mars dernier, comme toute personne de 70 ans et plus.
« Je me suis dit “je ne vais quand même pas faire du pain et du ménage pendant un mois !” Moi, ce que j’aime, c’est dessiner. »

Ce jour-là, elle prend la décision de créer une œuvre quotidienne, histoire de s’occuper. La première page de son carnet est ornée d’un bouquet de tulipes jaunes.
Il faut patienter jusqu’au 5 avril pour qu’elle s’aventure à l’extérieur de chez elle et commence véritablement à faire le portrait de Hochelaga-Maisonneuve.

À partir de là, tout y passe : les cordes à linge suspendues dans les ruelles vertes, les dépanneurs figés dans le temps, les petites maisons ouvrières, ou même les friches industrielles et les cônes orange.
D’un autre œil
Ceux qui y ont habité reconnaîtront des recoins méconnus que l’artiste a choisi d’immortaliser. Et ceux qui n’y ont jamais mis les pieds pourraient être surpris.
« Je pense qu’on se fait une fausse idée d’Hochelaga, dit-elle, en référence à ceux qui définissent son quartier par les “piqueries”, le chômage et la pauvreté. Tout le côté communautaire est incroyable ici et c’est du monde tellement sympathique. »
Quand la peintre s’installe avec ses couleurs, il n’est pas rare que les passants l’abordent. « Il y en a qui me racontent l’histoire du quartier. Il faudrait quasiment que j’aie un micro ! », jure la membre des « Urban Sketchers », un groupe d’artistes qui s’inspirent de leur quartier.

La septuagénaire trouve l’inspiration au gré de ses promenades en voiture. Puis, elle déplie son petit tabouret en été, ou peint ce qu’elle voit à travers de son pare-brise en hiver.
Une œuvre lui prend environ 2 heures, du croquis au dernier coup de pinceau.
Œuvre de mémoire
Sa série d’aquarelles est aussi, quelque part, un journal de confinement.
Des détails de l’actualité comme une scène de conférence de presse, des personnes portant le masque ou encore un premier rendez-vous chez la coiffeuse s’y sont glissés au fil des pages.
« Quand je regarde mes carnets, je me dis “c’est ma vie depuis un an” », affirme-t-elle, pensive.
Le projet doit d’ailleurs se conclure le 13 mars 2021, à moins qu’il ne soit édité sous forme de livre, comme le souhaiterait Mme Beaupré Lincourt.
« Il me semble que ça ferait un document intéressant sur une année de pandémie. Et je n’ai pas manqué un seul jour ! »
► Louise Beaupré Lincourt publie une aquarelle par jour sur Instagram.