Une relation intense qui a mené vers la réussite

Arthur Margelidon a connu les bons et les mauvais moments avec un père entraîneur

Dans les bons ou les mauvais instants, Laurent Margelidon a toujours été présent dans l’ascension de la carrière de son fils Arthur.
Dans les bons ou les mauvais instants, Laurent Margelidon a toujours été présent dans l’ascension de la carrière de son fils Arthur. Photo Agence QMI, Steve Madden
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2021-07-24T02:03:22Z

TOKYO | Comme bien des athlètes qui sont dirigés par leur père, la relation entre Arthur Margelidon et son paternel n’a pas toujours été au beau fixe, mais le judoka estime au final que leur association s’est révélée positive.

Lui-même judoka, Laurent Margelidon a initié son fils au judo à l’âge de six ans et il a toujours été présent dans la carrière d’Arthur et encore aujourd’hui bien que son entraîneur principal soit Sasha Mehmedovic de Judo Canada.

Arthur estime que la présence de son père comme entraîneur a été profitable, mais il y a également eu des moments où ce fut particulièrement difficile. 

« Au final, la présence de mon père a été plus bénéfique que néfaste, il fut l’une des personnes les plus importantes dans mon sport et je ne serais pas rendu où je suis sans lui, mais certains athlètes auraient été complètement cassés d’avoir un père aussi présent, confie le judoka. Parfois c’était trop, parfois c’était parfait, mais il m’a toujours appuyé dans les bons et les mauvais moments. »

Déménagement salutaire

Arthur a noté une différence importante depuis qu’il a quitté la maison familiale. « Mon père a basé sa carrière sur mon amélioration et il a encore aujourd’hui une grande influence, mais nous avons une meilleure relation depuis que j’ai quitté la maison, raconte-t-il. Avec les années, j’ai appris quand il s’agit de discussions constructives plutôt qu’énervantes autant pour l’un que pour l’autre. »

Publicité

Le paternel convient lui aussi que la relation n’a pas été facile. « Ce fut lourd à certains moments et Arthur voulait me repousser à l’extérieur, mais c’est normal et j’ai fait la même chose à son âge. Chez les juniors, je le félicitais moins et je lui parlais de ses petites erreurs, mais je n’avais pas le choix et c’était important pour atteindre les Jeux olympiques. Je n’ai fait que lui donner un coup de pouce et c’est le talent naturel d’Arthur qui lui a permis d’être là où il est maintenant. »

Relation plus saine

Les années ont atténué les différends. « Aujourd’hui, je suis reconnaissant de tout ce qu’il a fait et je ne serais pas là sans lui », raconte Arthur.

« Maintenant, Arthur a la maturité nécessaire pour accepter et nous sommes rendus ailleurs », de renchérir Laurent.

Judoka pendant ses années en France, mais qui n’a jamais atteint le statut international, le paternel assure qu’il ne s’est jamais projeté dans son fils. 

« Quand tu as une passion dans la vie, c’est extraordinaire de la partager avec quelqu’un. Je ne me réalise pas au travers de mon fils. » 

Une grande déception à surmonter

Qualifié pour les Jeux de Rio en 2016, Arthur Margelidon n’a finalement jamais embarqué sur le tatami même s’il a fait le voyage au Brésil en compagnie de ses parents, qui avaient déjà acheté leurs billets.

Le rêve s’envole

Deux semaines avant le grand départ, Margelidon s’est fracturé un bras à l’entraînement à l’Institut national du sport du Québec (INS) et son rêve olympique s’envolait en fumée.

Publicité

« Ce fut une grosse déception dans ma carrière, souligne le judoka qui combat chez les 73 kg. Le plus difficile, ce furent les semaines menant aux Jeux. Après, j’ai réussi à mettre ma blessure derrière et j’ai débuté ma préparation pour 2020. Abandonner n’était pas une option. Mon père m’a aidé beaucoup à me relever. »

Son père Laurent a vécu difficilement la blessure à son aîné. « Ce fut dramatique en 2016, résume le paternel qui a lui-même longtemps pratiqué le judo. J’ai eu mal pour Arthur. Tout s’est effondré, mais j’ai dédramatisé la situation et lui ai remonté le moral en se concentrant sur autre chose et en évacuant la désillusion. La blessure l’a rendu plus fort émotivement et au judo. »

Voyage bénéfique

« Je lui ai acheté un billet, il est venu avec nous au Brésil, d’ajouter Laurent. Il a assisté aux combats chez les 73 kg et il s’est tourné vers les Jeux de Tokyo après cette journée. Je suis fier d’Arthur, mais je suis surtout content pour lui. Il s’est accroché. »

Le judoka natif de Paris dont la famille a déménagé à Montréal alors qu’il n’avait qu’un an dit avoir appris de cette épreuve. « J’ai appris à écouter mon corps et à dire stop, explique-t-il. J’ai vu ma blessure comme une marche supplémentaire à monter plutôt qu’un précipice qui mettait fin à mes objectifs. Cette blessure m’a fait grandir comme athlète et comme personne. »

Son travail lui a permis de se hisser dans le Top 8 en 2021. « Mon classement était meilleur cette année qu’en 2016, indique-t-il. J’ai traîné dans le Top 8 pendant toute l’année. Depuis ma blessure, mon objectif est de gagner une médaille à Tokyo et même de remporter le titre olympique. J’ai prouvé que je pouvais battre les meilleurs et je dois le faire le jour J. »


En remplacement de Margelidon au Brésil, Antoine Bouchard avait terminé au 5e rang chez les 73 kg, performance qui l’a motivé encore davantage à aller au bout de ses rêves.

Publicité