À Irpin, une victoire ukrainienne au coût apocalyptique

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2022-04-02T01:58:17Z

IRPIN | Les derniers survivants des ruines d’Irpin n’ont qu’un mot pour décrire les soldats russes vaincus, après l’une des batailles cruciales de la guerre en Ukraine: «fascistes». 

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C’est le mot qu’emploie avec colère Bogdan, 58 ans, en promenant son chien avec son ami dans le centre-ville désert de cette ville située dans la banlieue de Kyïv, et qui n’a pas subi de bombardements pour la première fois depuis un mois.

Son ami acquiesce.

«Toutes les 20 à 30 secondes, nous entendions des tirs de mortier. Et ainsi de suite toute la journée. Juste de la destruction», lâche cet ouvrier aux journalistes de l’AFP qui ont accédé à Irpin vendredi.

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C’était encore mi-février une banlieue bien desservie dans la forêt de pins à la périphérie nord-ouest de la capitale, c’est désormais un terrain vague, voulu par Moscou, qui estime ainsi l’avoir «dénazifiée».

Irpin a résisté à l’invasion russe de toute sa force, barrant la route à l’avancée des troupes russes vers Kyïv, à quelque 20 kilomètres de là.

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La ville, dont les parcs autrefois verdoyants sont jonchés de cadavres, est à présent de nouveau sous contrôle ukrainien. Les troupes russes, elles, se retirent précipitamment des environs de la capitale.

C’est une victoire à la Pyrrhus qui a rendu la ville méconnaissable. La quasi-totalité des bâtiments a été détruite. Les pilonnages ont fait sauter d’énormes morceaux d’immeubles modernes aux couleurs pastel.

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Les rues brumeuses sont étrangement vides, où seuls bruissent des chiens errants et des corbeaux. Les pare-brises des voitures sont éclatés.

«C’est l’apocalypse», dit un soldat ukrainien qui fait du stop dans la ville déserte.

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«J’aime Irpin»

Irpin avait déjà incarné les horreurs de la guerre aux premiers jours de l’invasion par Vladimir Poutine, qui assurait vouloir «démilitariser et dénazifier» l’Ukraine.

Les images d’une famille anéantie par un obus alors qu’elle tentait de fuir, et de milliers de personnes s’abritant sous un pont détruit, ont fait le tour du monde.

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Depuis trois semaines, les médias n’y ont plus accès après la mort d’un journaliste américain, les autorités ukrainiennes déclarant qu’il était trop dangereux de s’y rendre.

Aujourd’hui, dans le centre-ville, près d’un panneau «J’aime Irpin» entouré d’un cœur rouge, les quelques habitants de la ville qui sont restés racontent comment ils ont survécu à plus d’un mois de bombardements incessants.

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«Nous nous sommes cachés dans le sous-sol. Ils ont tiré des roquettes Grad, des mortiers et des obus de chars», raconte Bogdan, qui a demandé à n’être identifié que par son prénom. «Ma femme et moi avons essuyé deux fois des tirs de mortier. Mais ce n’est pas grave, nous sommes vivants et en bonne santé».

Déambulant dans une rue bloquée par une bétonnière calcinée, le résident Viktor Kucheruk mendie des cigarettes.

«Dès que nous entendons un coup de feu, nous nous réfugions immédiatement dans nos terriers», raconte cet homme de 51 ans. «Les lampes des lustres se sont dévissées et sont tombées à cause des explosions. Pendant les bombardements, nous nous asseyions chez nous, dans le coin, là où les murs sont les plus épais».

Un nouveau lotissement avec un grand panneau indiquant «Irpin, ville riche» porte la marque des bombardements, et deux appartements y sont totalement détruits.

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Des aires de jeux avec des scooters d’enfants abandonnés sont couvertes de décombres.

Les secouristes récupèrent encore les morts pour les placer dans des sacs mortuaires, avant de les emmener sur le pont explosé qui relie la ville à Kyïv.

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Ce pont est couvert de dizaines de voitures brûlées, criblées de balles et abandonnées, que les secouristes tentent de dégager.

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Jambe coupée

Ces derniers jours, les forces ukrainiennes ont «libéré» une série de villes et de villages occupés par les Russes près de la capitale, après que la Russie a déclaré qu’elle réduirait ses attaques contre Kyïv.

Le retrait russe semble désormais s’accélérer, en tout cas dans cette zone, car le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a assuré que Moscou se préparait à lancer un assaut dans l’est et le sud du pays.

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Les journalistes de l’AFP ont compté au moins 13 véhicules blindés russes détruits autour du village de Dmytrivka, à cinq kilomètres au sud-ouest d’Irpin.

Au moins trois corps carbonisés de soldats russes gisaient sous les débris d’un convoi de huit chars et véhicules blindés.

Une jambe coupée a été aperçue à côté d’un véhicule.

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Uniformes militaires russes et effets personnels étaient éparpillés sur le sol, dont une traduction russe reliée de cuir rouge de l’essai d’un Britannique du XVIIIe siècle, Edward Gibbon: «Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain».

Oksana Furman, 47 ans, montre un énorme trou, causé probablement par un obus des militaires russes il y a deux jours, dans sa cuisine. Un char russe a fait marche arrière sur le mur de son jardin, provoquant son effondrement.

«Il y avait un grondement fou, le bruit des véhicules, tout tremblait. Et puis c’était obus après obus», raconte Oksana Furman, qui s’est réfugié dans la cave d’un voisin.

À Irpin, où les autorités affirment qu’au moins 200 civils ont été tués, les habitants relativisent le succès de l’Ukraine dans cette bataille.

«Nous avons reconquis Irpin, nous avons reconquis beaucoup de choses, mais la guerre n’est pas terminée», nuance Bogdan.

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