Vaccination au Canada: un échec monumental

Photo AFP
Photo portrait de Denise Bombardier

Denise Bombardier

2021-02-06T10:00:00Z

Que l’on me permette d’user d’un mot familier, même trivial. L’absence de vaccins au Canada est un foirage cinq étoiles.

Pourtant, cela avait été à l’automne dernier une promesse éclatante du premier ministre Trudeau. Le pays d’un océan à l’autre aurait accès au vaccin anti COVID-19. En décembre, nous étions fiers et rassurés d’être Canadiens. Privilégiés également de recevoir cet antidote avant la très grande majorité des citoyens de la planète.

Soudainement, après les Fêtes, nous avons déchanté. On se souvient de François Legault lors d’un point de presse qui sur un ton fâché a lancé avec impatience : « Nous, on est prêts à vacciner des centaines de milliers de personnes. » Nombre de gens l’avaient alors accusé de jouer au séparatiste en cherchant noise de la sorte au gouvernement fédéral.

Donc, en janvier, patatras ! Le premier ministre s’effondre et ses ministres prennent le relais pour expliquer l’inexplicable. Ils réussissent même à se dépasser en annonçant des éclaircies puis des ensoleillements. Le vaccin viendra. Peut-être même de Russie.

Lucidité

Or, soyons lucides. Les vaccins promis et confirmés au téléphone à des ministres par des compagnies pharmaceutiques sont aussi du bla-bla-bla. Des experts étrangers estiment que le Canada rêve en couleur. Qu’il faudra attendre jusqu’en 2022 pour qu’enfin l’ensemble des Canadiens soient immunisés grâce au vaccin.

Publicité
Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

En termes brutaux, cela signifie que sans vaccins il est impensable que l’on puisse vivre en déconfinement. Car, pour déconfiner, il faudrait que le nombre de cas de contamination soit à zéro, ce qui semble, à ce stade, impossible. 

Depuis près d’un an, nous sommes invités à réduire considérablement nos activités, nos déplacements et avant tout nos contacts interpersonnels. Personne ne peut affirmer ne pas souffrir de cet enfermement. Mais l’espoir de s’en sortir grâce au vaccin nous permet de maintenir le moral à peu près en bon état. Et de croire que l’économie s’en remettra. À moyen terme, dans le meilleur des cas.  

Devant ce terrible échec vaccinal qui défigure le Canada sur le plan international, que pouvons-nous y faire ? Ce ne sont pas les provinces qui peuvent s’autoriser à « magasiner » les vaccins. Cela relève exclusivement de la juridiction fédérale.

Réalité

Il nous faut donc faire face à cette réalité devant laquelle on se découvre déstabilisés, voire impuissants. Nous avons encore un an à vivre sans autres points de repère que ceux que nous avons développés depuis un an. Est-ce imaginable ? Comment donc redéfinir l’espoir ? 

Nous devrons nous incliner devant les faits bruts. Sans vaccin, nos libertés continueront d’être réduites. 

Les réfractaires qu’on voit à l’œuvre et qui se réclament de leur droit personnel pour se conduire en délinquants risquent d’être plus nombreux que jamais. D’où l’augmentation des tensions sociales. D’où la multiplication des interventions politiques.

Notre avenir à tous est assombri. Qui pourra nous guider dans ces mois improbables ? Comment ne pas admettre que le gouvernement Trudeau est responsable de cette lamentable situation ? Et comme l’a écrit mon confrère Mario Dumont dans sa chronique d’hier, faudra-t-il attendre que les Américains soient vaccinés pour que nous nous rendions compte de notre précarité sanitaire ?

Et que penser de ceux qui appellent de leurs vœux une élection générale ? Pour faire la preuve que le Canada est un pays de licornes peut-être ?

Publicité