Valait mieux être plus prudents que pas assez

Photo portrait de Antoine Robitaille

Antoine Robitaille

2021-02-20T10:00:00Z

Le premier ministre affirma il y a quelques semaines qu’il n’y avait pas comme tel d’avis écrits de la Santé publique.

Puis l’on fit savoir à l’opposition qu’il y avait au contraire tellement d’écrits que ce serait un « travail colossal » de les colliger tous.

Et hier, 14 documents – intitulés « Adaptations des mesures sanitaires » – furent rendus publics. Un vendredi. « Stratégie de communication [...] aussi subtile qu’un 18 roues », pestait Gabriel Nadeau-Dubois de QS, puisque c’était la veille d’une « pause de deux semaines sans période de questions ».

Sévérité

Car des questions, ces documents en soulèvent des dizaines. Comme depuis le jour 1 de cette satanée pandémie, véritable champ de dilemmes pour dirigeants et nous, citoyens.

La principale question sera évidemment : pourquoi le gouvernement s’est-il montré, à plusieurs égards, plus sévère que la Santé publique ?

Déjà, le 9 décembre, lors de la comparution devant les parlementaires d’Horacio Arruda, directeur national de santé publique (DNSP), on avait compris que le premier ministre, sur la réouverture des restaurants, s’était montré plus strict que son DNSP.

Or, à examiner les 14 documents dévoilés hier, on conclut que ce fut la règle et non l’exception. Le gouvernement Legault a passé outre à des recommandations de rouvrir les restaurants, mais aussi les salles d’entraînement et les musées. Les artisans de ces secteurs en voudront à mort au gouvernement.

Publicité

Ce gouvernement avait pourtant juré se fier aux recommandations de la Santé publique pour trancher, rappelleront-ils non sans raison.

Rassurant

Remarquez, bien des gérants d’estrade (comme moi) se montreront rassurés. Vaut mieux, devant une pandémie qui nous a si souvent pris par surprise, être plus prudent que moins. Appliquer une sorte de principe de précaution. La première vague, plus funeste au Québec qu’ailleurs dans le Dominion, ne nous a-t-elle pas fait comprendre qu’on ne badinait pas avec la COVID-19 ?

Si, à la fin de l’automne, le gouvernement avait obéi à la Santé publique et effectivement rouvert restaurants, musées, cinémas, gyms, où en serions-nous aujourd’hui ? La flambée de la fin novembre, début décembre, avec ses quelque 3000 cas par jour, aurait sans doute été pire, non ?

Simplicité

Quand on contraste les recommandations avec les décisions annoncées, on comprend aussi que le gouvernement a opté pour des règles simples.

Après un certain tâtonnement, il adopta début janvier une mesure draconienne, mais claire : le couvre-feu. Certes liberticide, il semble avoir enfin mis un holà aux petites tricheries des rencontres à domicile, qui seraient parmi les pires foyers d’éclosion.

Dans l’opposition, on nous signale que dans leurs avis, les experts de la Santé publique soulignaient l’importance des « soupapes » pour garantir l’adhésion de la population aux règles. Qui sait, peut-être qu’avec plus de celles-ci, cette fameuse adhésion eut été plus grande et de mesures sévères et contraignantes, on n’aurait pas eu besoin.

« Qui avait raison ? Je ne sais pas, très honnêtement », a déclaré M. Arruda hier en entrevue.

Chose certaine, avec les variants qui se pointent à l’horizon, peut-être faudra-t-il maintenir un temps la « sévérité » à la Legault. C’est du moins le message qui venait hier de l’autre Santé publique, celle d’Ottawa.

Publicité