Violence conjugale: 90% des victimes auraient subi des violences sexuelles

Anne-Sophie Poiré
Près de 90% des femmes ayant fait appel à des ressources d’aide et d’hébergement auraient subi des violences sexuelles dans leur relation de couple la plus récente, révèle une nouvelle enquête financée par le ministère de la Justice du Québec.
«Ces statistiques nous ont choquées, même si elles ne sont pas totalement surprenantes», lance la responsable des dossiers liés à l’intervention du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violences conjugales (RMFVVC), Louise Lafortune.
Le projet dirigé par la professeure au département de sexologie de l’UQAM, Mylène Fernet, est mené en partenariat avec le RMFVVC.
Son but est d’outiller les intervenantes pour qu’elles puissent notamment mieux accompagner les victimes dans les procédures socio-judiciaires et médico-légales.
C’est le premier du genre au Québec, malgré «la priorité d’agir» contre ces violences.
«Près de 90% des femmes ayant fait appel aux ressources d’aide et d’hébergement ont confié aux intervenantes qu’elles avaient subi une forme ou une autre de violence sexuelle dans leur relation de couple la plus récente», indique la professeure Fernet.
Ces violences s’exercent de plusieurs façons: refus de porter un condom, contrôle de la contraception, obligation de regarder de la pornographie, cyberviolence ou exploitation sexuelle.
Aider les femmes à dénoncer
Selon l’étude, plus de trois femmes victimes de violence conjugale sur quatre ont été embrassées, caressées ou déshabillées sans leur consentement; la moitié ont subi une pénétration anale forcée; près du trois quarts ont été contraintes à une pénétration vaginale et des relations orales; une femme sur cinq dit avoir été filmée ou prise en photo sans son consentement lors d’activités sexuelles.
«Pourtant, moins de 3% des demandes d’aide auprès de ces ressources concernent les violences sexuelles», précise la chercheuse.
Sur le terrain, les intervenantes des maisons d’aide et d’hébergement rapportent que les femmes sont réticentes à aborder le sujet.
«Ce sont des violences très présentes, mais très peu dénoncées, parce qu’elles viennent souvent avec un sentiment de honte, de gêne, mais aussi de la méconnaissance des violences sexuelles en contexte conjugal», souligne Louise Lafortune.
«Elles sont aussi dans une dynamique de violence et contrôle coercitif où la sexualité est utilisée par l’agresseur pour les maintenir dans une situation de domination, ajoute la professeure Fernet. Il peut donc être difficile de nommer les violences sexuelles parmi tout ce qu’elles subissent.»
Pour déceler ces violences, donc, les intervenantes ont besoin de soutien.
«L’idée est de développer une formation pour qu’elles puissent repérer les violences sexuelles en contexte conjugal et aider les victimes à faire des choix éclairés dans leurs futures relations intimes», explique Mylène Fernet.
Domination masculine
Avec la montée, notamment au Québec, du discours masculiniste prônant la soumission de la femme sur les réseaux sociaux, de jeunes hommes pourraient être tentés de reproduire ces violences, s’inquiète Louise Lafortune.
«La notion de consentement dans le cadre d’une relation conjugale est encore très floue pour plusieurs [...] hommes, qui s’accordent la légitimité de faire subir des violences sexuelles à leur conjointe», fait valoir la responsable au RMFVVC.
«Ça fait partie de la conception de la domination masculine: la femme leur appartient et doit être au service de leurs besoins, ajoute-t-elle. Et quand tu domines, tous les moyens sont bons pour obtenir ce que tu veux.»
La réélection de Donald Trump semble aussi provoquer une flambée des attaques sexistes à l’encontre des femmes sur les médias sociaux, selon une analyse de l’Institut pour le dialogue stratégique.
Des expressions comme «ton corps, mon choix», popularisées par le suprémaciste blanc Nick Fuentes, qui avait été invité au repas du futur président américain le soir de l’élection, ont largement été partagées sur X et TikTok depuis le 5 novembre.
«C’est inquiétant», signale Mme Lafortune.