Moldavie: se protéger des Russes grâce aux Russes?
Nora T. Lamontagne | Journal de Montréal
Un historien féru de patrimoine a recensé plus d’une centaine de bunkers délabrés à Chișinău, en Moldavie, qui pourraient être restaurés avec un peu de volonté politique pour servir en cas de bombardement russe.
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« En 60 jours, on pourrait tous les réhabiliter avec un minimum de ressources financières. Mais ce n’est pas une priorité pour le gouvernement », soupire Ion Ștefăniță, ex-directeur de l’agence moldave d’inspection et de restauration des monuments.
Il a fait visiter au Journal quatre des 138 abris qu’il recense à temps perdu dans la capitale moldave depuis des années.
Des anciens celliers
La majorité de ceux-ci étaient, à l’origine, des celliers construits vers la fin du 18e siècle par des marchands de Chișinău pour entreposer les provisions et le fameux vin de la région.
Ils ont ensuite été convertis en abris antinucléaires et antibombardements prêts à être utilisés en cas de force majeure, à l’époque de l’URSS.
Si la forteresse dans le sous-sol d’une résidence pouvait abriter quelques dizaines de personnes, d’autres en accueillaient jusqu’à 500. « Les gens auraient apporté des chaises, des lits de camp et s’y seraient réfugiés entre 48 et 72 heures », précise M. Ștefăniță, dans un français impeccable.
« Un désastre »
Mais les temps ont bien changé.« C’est un désastre total maintenant, tout est cassé », dit l’expert en restauration de bâtiments en tirant la porte d’entrée blindée et corrodée d’un bunker.Quand nos yeux s’habituent à l’obscurité et notre nez à l’odeur de moisissure, on comprend mieux ce qu’il veut dire.
Les tuyaux de l’ancien système de ventilation gisent sur le sol battu, tout rouillés et inutiles. Plus moyen d’allumer une lumière pour y voir plus clair.
Et les inventaires de masques antigaz et de kits médicaux ont disparu depuis longtemps.
Pas prêts
La structure en pierres et en briques a tenu le coup, mais c’est bien tout.
« Je constate que nous ne sommes pas du tout préparés... », se désole M. Ștefăniță, alors que les Russes continuent de bombarder l’Ukraine à seulement quelques centaines de kilomètres de là.
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La Moldavie à bras ouverts
Depuis le début de l’invasion russe, plus de 350 000 réfugiés ont franchi ses frontières. L’ex-république soviétique a beau être l’une des nations les plus pauvres d’Europe, ses habitants ont fait preuve de leur hospitalité légendaire envers les nouveaux arrivants.
Suivez en photo la trajectoire qu’empruntent les milliers d’expatriés ukrainiens en Moldavie, de la douane au lit où ils peuvent finalement poser leurs bagages pour quelques jours - ou quelques semaines.
La grande traversée
À l’est, la guerre en Ukraine. À l’ouest, la paix en Moldavie. La traversée de la frontière de Palanca, entre les deux pays, marque la fin d’une fuite angoissante.
Plusieurs réfugiés la franchissent bouleversés, après des adieux déchirants à un fils, un père, ou un frère qui les a reconduits jusqu’à la douane.
Les hommes en âge de se battre ne peuvent quitter l’Ukraine.
Un nouveau départ
Dans les premiers mètres du territoire moldave, il y a des grands soupirs, des appels et des textos frénétiques, une femme inconsolable qui pleure sur l’épaule d’un douanier.
Après quelques minutes, les nouveaux réfugiés embarquent à bord d’un minibus qui les amènera jusqu’à un camp de triage.
Direction Moldavie ou l’Europe
Au camp de triage, des autobus de toutes sortes se relaient pour reconduire les réfugiés vers leur destination – s’ils en ont une.
Certains ont la précieuse adresse de quelqu’un qui les attend ou un pays en tête. D’autres seront envoyés vers Chișinău ou les camps d’hébergement ailleurs au pays.
Des 350 000 Ukrainiens arrivés en Moldavie, 245 000 ont poursuivi leur route, selon les chiffres officiels.
Au centre de réfugiés
Depuis le 28 février, Ivghenia Stan, enceinte de 6 mois, son mari et ses quatre enfants habitent dans un stade converti en centre pour réfugiés à Chișinău. Ils dorment tout habillés car le centre n’est pas chauffé et que la température descend à -5 degrés la nuit. La famille rom a vu sa maison détruite par une bombe à Odessa, en Ukraine.
Dans un ancien orphelinat
Olia et Ludmila Rodoslavova, originaires d’Odessa, occupent les lits à deux étages qui servaient autrefois aux orphelins moldaves à Popeasca. «Ce n’est pas un hôtel 5 étoiles mais la plupart sont reconnaissants d’être ici», dit le directeur de l’endroit, Ion Kazaku, qui compte sur les dons d’individus et d’organismes pour répondre à leurs besoins.
Chez l’habitant
Irina Martea héberge des familles ukrainiennes quelques nuits avant qu’elles ne repartent vers leur destination finale, souvent chez des amis ou de la famille. Des milliers de Moldaves ont fait de même depuis le début de la crise des réfugiés.
Bien que de généreux Moldaves accueillent des réfugiés ukrainiens à bras ouverts, d'autres ont toutefois leur passeport et leurs bagages à portée de main question de pouvoir fuir si Vladimir Poutine décide de cibler leur pays après avoir envahi l'Ukraine.
Ce reportage a été rendu possible grâce au Fonds québécois en journalisme international (FQJI).