«Vivre avec le virus», ça veut dire quoi au juste?


Josée Legault
Le 3 septembre, on se serait cru un vendredi 13. L’avertissement lancé sur Facebook par le ministre de la Santé, Christian Dubé, n’avait rien de jojo. Pour cause de variants contagieux et d’un taux de vaccination encore insuffisant, « on va devoir apprendre à vivre avec le virus », écrivait-il.
On va donc devoir, selon lui, « accepter un certain nombre de cas et un certain nombre d’hospitalisations, si on veut retrouver une vie normale ». Le mot « certain », imprécis à souhait, n’a rien de réjouissant non plus.
La proverbiale lumière au bout du tunnel est en rupture de stock. On s’en doutait bien, remarquez. En comptant les enfants qu’on devra bien vacciner un jour, près de 30 % de l’ensemble de la population québécoise n’est pas encore vacciné.
Y compris, selon le ministre, près de 30 000 travailleurs de la santé au public et un autre 30 000 au privé. Pendant ce temps, certains États en sont déjà rendus à la troisième dose.
Les vaccins protègent des risques d’hospitalisation, mais sans les éliminer. Face à un virus retors, l’avantage est crucial. Il arrive néanmoins à des personnes vaccinées de l’attraper et de le transmettre. Mais non vaccinées, elles risqueraient nettement plus de finir aux soins intensifs ou à la morgue.
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De vive voix
Alors, « vivre avec le virus », ça veut dire quoi au juste ? Le ministre Dubé devra l’expliquer aux Québécois de vive voix. La « recette » n’est toutefois pas très mystérieuse.
En plus du passeport vaccinal, le gouvernement doit prendre tous les moyens nécessaires pour augmenter le taux de vaccination. Incluant, tel qu’il l’a promis, en l’imposant rapidement à TOUS les soignants, dont les préposés aux bénéficiaires. Au privé comme au public.
Des milliers de ces soignants récalcitrants mettent en danger la santé de patients et de résidents très vulnérables. Même si le ministre leur imposait 3 tests de dépistage par semaine – ce qui n’est pas le cas au privé –, il sait que dans ces milieux particuliers, une telle opération serait ingérable et ingérée.
Imaginons aussi que 3 fois/semaine, 30 000 travailleurs récalcitrants du privé seraient dépistés au lieu d’être obligés d’être vaccinés. En une semaine, ça ferait 90 000 tests. En un mois, 360 000. En une année, 4 320 000.
La seule option
Ajoutons les 30 000 non-vaccinés du réseau public, le total annuel de tests à administrer et à analyser serait de 8 640 000 ! Le tout, payé par les contribuables. Ce serait de la folie furieuse. Il faut obliger la vaccination, point.
« Vivre avec le virus », c’est aussi s’assurer d’une meilleure ventilation dans les lieux publics clos. C’est rendre les tests rapides accessibles, même en pharmacie. C’est respecter les « gestes barrière », dont le port du masque.
Or, l’épuisement étant ce qu’il est, de plus en plus de gens le portent mal, peu ou plus du tout. Il faut donc une nouvelle campagne d’information sur le « pourquoi », le « où » et le « comment » bien porter le masque.
Les complotistes antivax peuvent crier à la « dictature » s’ils le veulent. Pour les autorités politiques, l’urgence est d’imposer la vaccination là où il le faut et d’aider activement les Québécois, de toutes les manières, à mieux se protéger les uns les autres.