Voici comment Israël a provoqué une «famine de masse» à Gaza

Gabriel Ouimet
Blocus, destruction des terres agricoles et des zones de pêche, restriction drastique de l’aide humanitaire: on vous explique comment Israël a provoqué la crise alimentaire sans précédent qui frappe Gaza.
1- Près de 20 ans de blocus
Depuis 2007, Israël impose un blocus terrestre, aérien et maritime à Gaza, ce qui a fortement réduit les importations de produits essentiels, notamment de nourriture et de gaz.
Au moment de son application, il s’agissait de la sanction la plus sévère imposée par Tel-Aviv à l’enclave palestinienne depuis 1991.
L’État hébreu affirme que ce blocus, renforcé après l’attaque menée par le Hamas en octobre 2023, permet de mieux contrôler ses frontières avec Gaza et d’empêcher d’autres attentats.
Avant octobre 2023, environ 650 camions pénétraient chaque jour dans l’enclave pour apporter des denrées desquelles dépendaient deux millions de Gazaouis. Les livraisons ont ensuite diminué, avant de s'arrêter lorsqu'Israël a ordonné une fermeture complète des frontières, entre le 2 mars et le 19 mai.

Le 27 juillet, l’armée israélienne a assoupli son blocus, en permettant notamment à des convois humanitaires de livrer des denrées vitales. Les 200 camions autorisés par Israël à pénétrer dans l’enclave chaque jour ne suffiront toutefois pas pour éviter la famine, prévient l’ONU.
Autre problème: la distribution de nourriture est confiée, depuis mai, à la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), un organisme créé par Israël avec l’aide des États-Unis.
«Ce n’est pas une organisation humanitaire [GHF], c’est une organisation mercenaire. Ce sont des gens qui ne sont pas des professionnels, qui ne comprennent pas les normes humanitaires, et qui déguisent une opération militaire en une réponse humanitaire massive avec des espèces d’opérations bidon de distribution de nourriture», dénonçait le directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire (OCCAH), François Audet, en entrevue avec 24 heures, le 23 juillet dernier.
Ce changement a eu des conséquences dramatiques à Gaza, alors que plus de 1000 personnes sont mortes en allant chercher de la nourriture, selon l'ONU.
2- Destruction des terres agricoles
Avant le 7 octobre 2023, l’agriculture représentait 10% de l’économie de Gaza, alors que plus de 500 000 Palestiniens vivaient de la production agricole, de l’élevage ou de la pêche.
L’agriculture est maintenant presque impossible à pratiquer dans l’enclave.
En avril 2025, plus de 80% des terres agricoles du territoire avaient été endommagées, tandis que les trois quarts étaient carrément inaccessibles aux agriculteurs.
La majorité des terres ont été détruites par les bombardements de l'armée israélienne. Des agriculteurs et des organisations humanitaires accusent aussi des soldats d'Israël d'avoir utilisé des bulldozers pour raser des terrains cultivables à proximité de la frontière.
Résultat: moins de 5% de la superficie totale des terres agricoles (688 hectares) étaient encore cultivables et accessibles à la fin de mois de mai, selon une analyse de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO).
Les destructions se sont aussi étendues aux serres (71%) et aux puits agricoles (82%), a souligné l’organisation.
3- Fermeture des zones de pêche
Avant le mois d’octobre 2023, les eaux côtières permettaient aux pêcheurs de Gaza de saisir jusqu’à 4700 tonnes de poissons par année.
La pêche fournissait ainsi une «source essentielle de protéines pour la population de Gaza et contribuait de manière significative à la réduction de la pauvreté et à la résilience face à l'insécurité alimentaire», soulignait l'ONU dans un rapport publié en mai 2025.
Ces eaux sont aujourd'hui interdites aux Palestiniens.
En mai, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits humains (HCDH) a critiqué un «schéma systématique d’attaques de l’armée israélienne contre les pêcheurs de Gaza, avec des tirs sur les pêcheurs en mer par la marine israélienne, ainsi que des attaques ciblées par des drones».
L'ONU estime que l'industrie de la pêche de Gaza ne fonctionne plus qu'à 7,3%. La quantité de poissons saisie par les pêcheurs les plus téméraires ne dépasserait pas les 60 tonnes annuellement.
C’est quoi, une famine?
Trois critères doivent être réunis pour pouvoir parler de famine sur un territoire donné, selon l’ONU.

- 20% des ménages sont confrontés à des pénuries alimentaires extrêmes.
- 30% des enfants souffrent d'émaciation, c'est-à-dire qu'ils sont trop maigres par rapport à leur taille.
- Le taux de mortalité quotidien a doublé par rapport à la moyenne habituelle et dépasse deux décès pour 10 000 adultes et quatre décès pour 10 000 enfants.