Voici pourquoi la majorité des records olympiques pourraient (bientôt) être imbattables


Gabriel Ouimet
Les athlètes olympiques qui fracasseront des records au cours des prochains jours à Paris pourraient être parmi les derniers à réussir l’exploit. Même que dès 2027, les limites du corps humain pourraient être atteintes dans plusieurs disciplines.
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C’est du moins ce qu’ont prédit des scientifiques de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES), qui ont analysé l’évolution de plus de 3000 records olympiques établis entre 1896 et 2007 dans plusieurs disciplines (athlétisme, cyclisme, natation, patinage de vitesse et haltérophilie).
Selon eux, d’ici trois ans, la moitié des records établis ne pourront pas être améliorés de plus de 0,05%. Ça veut dire, par exemple, que les performances pourraient s’améliorer de quelques millimètres au saut en hauteur et de quelques millièmes de seconde au 100 mètres.
En 2068, ce serait à peine 10% des records qui pourraient encore être battus, toujours selon les chercheurs de l’IRMES dont l’étude est parue en 2008.
Voici certaines raisons pour expliquer la possible fin des records du monde.
Le plafonnement physiologique
Au cours du XXe siècle, la taille moyenne des humains a augmenté de 5 cm en moyenne, ce qui a fait en sorte que des athlètes plus grands, plus puissants et plus athlétiques se sont retrouvés à pratiquer des sports d’élite.
Prenons l’exemple du sprinteur ayant réalisé le meilleur temps aux Jeux olympiques de 1932, Eddie Tolan. L’Américain mesurait 26 cm de moins qu’Usain Bolt, l’homme le plus rapide du monde actuellement.

Or, depuis 30 ans, la taille moyenne des humains stagne dans certaines régions du monde, dont l’Amérique du Nord et l’Europe. «Il n’y a donc pas de raison que les records évoluent autant qu’auparavant», a indiqué au magazine Science&Vie la spécialiste de la physiologie de l’entraînement de l’Université de Paris, Françoise Desforges.
Le corps humain n’est d’ailleurs pas sans limites.
C’est ce qu’a voulu démontrer au début des années 2000 le biologiste de l’Université Standford Mark Denny, qui s’est intéressé au plafonnement des performances des chevaux et des lévriers de course à partir des années 60. Il a conclu qu’en misant sur les caractéristiques qui rendaient les animaux plus rapides, les éleveurs ont produit des bêtes trop fragiles pour soutenir leur vitesse de course.
Le scientifique s’est ensuite servi de ses recherches – et des records du monde en athlétisme – pour créer un modèle capable de prédire l’effort maximum que peut soutenir le corps humain dans de nombreuses disciplines. Plus de 15 ans après la publication de son modèle, un seul des records qu’il considérait comme étant absolus a été dépassé.
La lutte antidopage
Parmi les records qui tiennent depuis des décennies, certains sont remis en doute en raison de soupçons de dopage.
C’est notamment le cas des records d’athlétisme établis avant 1991, qui appartiennent tous aux États-Unis ou à des pays du bloc de l’Est (URSS, République démocratique allemande et République tchèque).
Il a d’ailleurs été prouvé que le dopage était institutionnalisé en Allemagne de l’Est entre 1970 et 1989.
L’intensification de la lutte antidopage débutée au milieu des années 1980 pourrait ainsi contribuer à ralentir la course aux records.
Depuis 1985, pour pouvoir officialiser un record, les athlètes sont obligés de passer un test antidopage immédiatement après leur performance. Des contrôles spontanés hors compétition ont également été instaurés en 1990.
Puis, en 2009, le passeport biologique des athlètes a été lancé. Il s’agit d’un document électronique qui permet de suivre l’évolution des paramètres biologiques et les performances des sportifs afin de détecter des variations jugées anormales.
Les limites éthiques de la technologie
Dans certaines disciplines, la progression des records passe par l’évolution de l’équipement utilisé par les athlètes.
C’est le cas du saut à la perche.
Dans les années 1950, les perches en bambou ne permettaient pas aux sauteurs de dépasser la barre des 4,8 m. Aujourd’hui, la fibre de verre et le carbone utilisés pour fabriquer les perches permettent aux athlètes de franchir une hauteur de plus de 6 m.
Autre exemple: la natation.
En 2008, lors des Jeux olympiques de Pékin, des records du monde ont été pulvérisés dans 29 des 40 épreuves de natation grâce notamment à de nouvelles combinaisons en polyuréthane. Pour des raisons éthiques, ces combinaisons ont été interdites deux ans plus tard par la Fédération internationale de natation.

Les souliers de nouvelle génération, avec des semelles fabriquées de divers matériaux pour permettre aux coureurs d’améliorer les performances, pourraient subir le même sort, prédisent plusieurs observateurs.