Vous hésitez toujours à vous faire vacciner? Un expert répond à six des inquiétudes les plus communes


Andrea Lubeck
Vous hésitez à vous faire vacciner parce que des questions vous trottent encore dans la tête? Benoit Barbeau, virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), répond à quelques-uns des inquiétudes les plus communes. L'objectif: rassurer les indécis et les convaincre de recevoir les deux doses de vaccin.
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«La distribution des vaccins s’est faite trop rapidement.»
«Il y a une certaine logique dans cette réflexion-là», souligne d’emblée Benoit Barbeau. En effet, on a déjà pu entendre qu'une dizaine d’années s’écoule habituellement avant qu’un vaccin puisse être mis sur le marché. Or, la conjoncture sanitaire a fait en sorte que le processus s’est grandement accéléré.

«Il y a eu des investissements massifs qui ont été faits chez les grandes compagnies qui produisent des vaccins. Comme il y avait plus de ressources, il y avait beaucoup de personnel disponible pour travailler sur le vaccin contre la COVID-19. Les phases cliniques se sont aussi chevauchées. Devant l’urgence de la situation, elles ont été raccourcies pour qu’on puisse avoir rapidement une idée de l’efficacité et de la sécurité des vaccins», explique Benoit Barbeau. Il ajoute qu’une volonté à l’échelle planétaire a également permis aux vaccins d’être distribués rapidement.
Le virologue dresse un parallèle avec le vaccin pour la grippe, qui change chaque année. Même si la technologie de base reste la même, la formule doit être modifiée année après année parce que la souche du virus de l’influenza n’est jamais la même, dit-il.

Par ailleurs, même si c’est la première fois qu’on utilise des vaccins à ARN messager (ARNm) à aussi grande échelle, Benoit Barbeau note que les scientifiques travaillent sur cette technologie depuis les années 1990. «Il y a quand même eu plusieurs années d’études qui ont démontré la sécurité et l’efficacité des vaccins à ARNm.»
«Les effets secondaires à long terme des vaccins ne sont pas encore connus.»
C’est vrai, mais c’est aussi vrai pour tous les vaccins, affirme Benoit Barbeau. «Prenons par exemple le vaccin pour le virus du papillome humain (VPH). Quand on a commencé à l’administrer, on n’avait pas suffisamment de recul pour savoir quels sont les effets à long terme. On les vérifie quand on administre le vaccin.»

Généralement, les effets secondaires graves se produisent entre quelques minutes et jusqu’à six mois après l’administration d’un vaccin, ajoute-t-il. Pour l’instant, mis à part les effets secondaires déjà connus, rien n’indique que d’autres se développeraient.
«On ne sait pas ce que contient le vaccin.»
Benoit Barbeau assure que l'on sait ce qui se trouve dans les vaccins. L’Agence de la santé publique du Canada a d’ailleurs publié les listes des composantes pour chacun des vaccins approuvés au pays.
«L’ARN messager modifie l’ADN.»
La réponse courte: non. Benoit Barbeau préfère toutefois errer du côté de la prudence en disant que c’est «extrêmement peu probable». «Règle générale, l’ARN ne s’intègre pas dans l’ADN. On a vraiment besoin d’autres éléments pour vous permettre de le faire, et ça, en soi, vos cellules n’en sont pas capables.»
«Les ARN que l’on reçoit dans les vaccins ne représentent qu’une fraction de ce que le corps produit déjà. Et bien qu’ils soient produits en laboratoires, les ARN dans les vaccins ne sont pas plus spéciaux que ceux que l’on produit», précise-t-il.
Qu’est-ce qu’un vaccin à ARN messager?
C’est un vaccin qui contient des extraits d'ARN messager viral, des molécules qui contiennent le mode d’emploi pour fabriquer des protéines du SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19, qui déclenchent la réaction immunitaire.
«Je suis jeune et en santé; je n’ai donc pas besoin de me faire vacciner.»
Les vaccins protègent en majorité contre l’infection et la contagiosité, explique Benoit Barbeau. «Avec le vaccin, vous êtes mieux armé contre l’infection, mais surtout contre le fait de développer des symptômes graves et d’être hospitalisé.»
Le virologue ajoute que le vaccin peut également vous éviter de transmettre le virus à une personne vulnérable, comme une personne âgée ou immunosupprimée. Parce que la protection conférée par le vaccin peut être moindre pour ce type de personne, celui-ci est plus à risque d'être hospitalisé et même de mourir de complications liées à la maladie.

Mieux vaut donc mettre toutes les chances de son côté, tant pour votre propre santé que pour celle des autres. «Il faut être conscients collectivement que de se faire vacciner nous protège individuellement, mais protège aussi l’ensemble de la population et fait en sorte qu’on évite que le virus continue de se transmettre et de muter», résume Benoit Barbeau.
«Le vaccin trouble le cycle menstruel.»
Si des personnes ont témoigné de cycles menstruels troublés après avoir reçu une dose de vaccin, Benoit Barbeau ne voit pas comment cela pourrait se produire.
«Après avoir reçu une dose de vaccin, on produit beaucoup de protéines qui ont des impacts à bien des niveaux, mais je ne crois pas que ce soit le cas sur le cycle menstruel. Si c’était un effet secondaire connu, les fabricants auraient l’obligation d’en faire mention. Or, ce n’est pas le cas», indique le virologue.