Des écoles de Québec à la recherche de profs non qualifiés pour la rentrée
Le centre de services scolaire des Premières-Seigneuries, à Québec, lance un appel pour recruter des profs sans formation

Daphnée Dion-Viens
Après des écoles situées dans les régions de Montréal et du Bas-St-Laurent, c’est au tour d’établissements de Québec d’être à la recherche de profs non légalement qualifiés pour la rentrée, une situation «déplorable» qui fragilise les services aux élèves, selon le syndicat local.
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Des écoles de Montréal et de la Montérégie sont aussi à la recherche du même profil d’enseignants pour la rentrée, a constaté Le Journal, une situation qui s’était toutefois déjà produite au printemps.
Le centre de services scolaire des Premières-Seigneuries a récemment publié un appel de candidatures afin de recruter des personnes sans brevet d’enseignement pour des contrats et de la suppléance auprès d’élèves de la maternelle à la fin du secondaire dans à peu près toutes les matières, dans des écoles de Québec, de l’île d’Orléans, de la Côte-de-Beaupré et de Stoneham.

Leur rôle sera de «planifier, préparer et donner des cours», «mettre en place des situations d’apprentissage» et «effectuer des évaluations», peut-on lire sur le web.
Les candidats doivent détenir un baccalauréat «dans une discipline en lien avec la matière à enseigner», «avoir de l’expérience pertinence en enseignement, en animation ou en formation auprès de jeunes» et «avoir de l’intérêt pour s’engager dans un parcours qualifiant en enseignement».

Le recrutement d’enseignants qualifiés sera toutefois priorisé «en tout temps», indique le centre de services scolaires dans une réponse écrite. Cet appel de candidatures a été fait «de façon préventive et proactive afin de limiter les impacts possibles de la pénurie», alors que le début de l’année est un «moment propice» pour attirer de nouveaux candidats qui devront «réussir le processus de sélection», ajoute-t-on.
Le syndicat troublé
Cette initiative est toutefois dénoncée par le Syndicat de l’enseignement de la région de Québec, qui est préoccupé par la qualité des services aux élèves.
«Qu’on mette ça en premier plan, c’est un peu troublant», laisse tomber sa vice-présidente, Valérie Drapeau.
Ce type d’initiative pourrait aussi décourager des étudiants qui s’apprêtent à entamer des études en enseignement, ajoute-t-elle. «C’est un peu comme si on désavoue l’importance de la formation, en laissant entendre qu’on va les former à notre goût», déplore-t-elle.
La solution passe plutôt par l’amélioration des conditions de travail afin de retenir des enseignants qualifiés qui quittent le navire, ajoute Mme Drapeau, qui s’explique mal pourquoi des candidatures d’enseignants qualifiés sont écartées dans le contexte actuel. «On a des appels de gens qui ont leur brevet et qui n’ont pas été retenus», dit-elle.
- Écoutez l'entrevue avec Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise de l'enseignement via QUB radio :
Importante pénurie
La pénurie en enseignement est si importante que de tels appels de candidatures sont désormais «socialement acceptés», constate de son côté Geneviève Sirois, professeure à la TÉLUQ en administration scolaire. «Il manque de personnel enseignant et il y a des besoins partout», résume-t-elle.
Le centre de services scolaire de Montréal ainsi que celui des Patriotes, en Montérégie, sont aussi à la recherche d’enseignants non légalement qualifiés pour le secteur jeune présentement, alors que ce fut aussi le cas ce printemps au centre de services Marie-Victorin, en Montérégie, et au centre de services des Phares, au Bas-St-Laurent.
En mai, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a d'ailleurs dressé un portrait préoccupant de la pénurie qui frappe le milieu scolaire. En 2020-2021, le quart des enseignants étaient non légalement qualifiés, une proportion qui comprend principalement des suppléants occasionnels qui ont travaillé l’équivalent de 8,3% du total des jours d’enseignement.
Or cette proportion est forcément plus élevée aujourd’hui, souligne Mme Sirois, qui s’intéresse de près à la situation.
Au cours des derniers mois, des universités ont développé de nouveaux programmes visant spécifiquement les profs non légalement qualifiés qui travaillent présentement dans les écoles québécoises afin de leur permettre d’obtenir plus rapidement leur brevet d’enseignement.
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