À toi, pour toujours, ta Marie-Lou: un classique de Michel Tremblay bouleversant
Équipe Salut Bonjour
Le Théâtre du Rideau-Vert accueille jusqu’au 28 février la pièce culte À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay. Mise en scène par Henri Chassé, cette nouvelle version rappelle à quel point ce texte, écrit en 1971, continue de frapper droit au cœur, plus de 55 ans après sa création.
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Présentée du 28 janvier au 28 février, avec une première médiatique le 2 février, la pièce réunit une distribution solide, dont Madeleine Péloquin, Michel Charrette, Rose-Anne Déry et Catherine Paquin-Béchard.
Une tragédie moderne, toujours percutante
L’histoire nous plonge dans les années 1960, à travers les échanges de deux sœurs marquées par un drame familial. Dix ans après les événements, Carmen croit s’être libérée du passé, tandis que Manon demeure prisonnière des mêmes murs, des mêmes blessures. Autour d’elles gravite une famille dysfonctionnelle, composée de quatre êtres qui partagent un toit... sans jamais vraiment se rejoindre.
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est cette solitude profonde, cette incapacité à communiquer, malgré la proximité. Un thème universel, qui explique sans doute pourquoi la pièce a été traduite dans 26 langues et jouée partout dans le monde.
Une mise en scène au service du texte
La mise en scène d’Henri Chassé se veut volontairement délicate, presque effacée, afin de laisser toute la place aux mots. Pour Madeleine Péloquin, qui en est à sa troisième expérience avec un texte de Tremblay, cette approche permet au texte de respirer.
Elle le dit sans détour : À toi, pour toujours, ta Marie-Lou est une œuvre exigeante, tant pour les acteurs que pour le public. Une pièce intense de 1 h 20, construite comme une chorale à quatre voix. D’ailleurs, Michel Tremblay aurait écrit la pièce en seulement 11 jours, inspiré par un quatuor de musique, une structure que l’on ressent encore aujourd’hui.
Jouer Tremblay : une étape marquante
Pour une actrice québécoise, interpréter du Michel Tremblay représente bien plus qu’un rôle. C’est toucher à notre ADN culturel. Madeleine Péloquin raconte avoir découvert son œuvre très jeune, à travers sa mère, grande lectrice de Tremblay. Ce qui l’avait frappée, déjà, c’était la force avec laquelle un jeune auteur avait su donner une voix à des femmes qu’on n’entendait presque jamais sur scène.
Aujourd’hui encore, elle constate la précision remarquable de son écriture : jamais un mot de trop, une musicalité unique, une langue qui guide naturellement le jeu. « Le texte lui-même amène l’interprétation », dit-elle.
Une œuvre qui traverse le temps et les frontières
Si la pièce résonne toujours autant en 2026, c’est parce qu’elle parle de blessures humaines universelles. Peu importe l’époque ou le lieu, une maison remplie de gens incapables de se comprendre, ça existe partout. Et même si certaines références ont été questionnées en répétition, l’équipe a rapidement réalisé que le texte n’avait pas besoin d’être modernisé : il est encore profondément actuel.
Une équipe soudée pour un théâtre exigeant
Dans une œuvre aussi lourde émotionnellement, la complicité entre les interprètes est essentielle. Madeleine Péloquin souligne la qualité humaine de l’équipe et l’importance de la légèreté hors scène. Car le théâtre, rappelle-t-elle, demeure un métier exigeant, physiquement, émotionnellement et artistiquement.