Adoption, coup de foudre et maternité: Carole Laure se livre comme jamais!
Nathalie Slight
Avec Je ne m’éloigne jamais trop de la maison, Carole Laure remonte aux sources de son histoire personnelle. Adoptée alors qu’elle était enfant, elle signe un récit empreint de douceur, où l’imaginaire et la mémoire se confondent pour mieux révéler la femme derrière l’icône de la chanson et du cinéma.
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Carole, quelle a été l’étincelle de départ pour écrire ce roman?
L’écriture prend une grande place dans ma vie. J’ai réalisé quatre longs métrages, tous des scénarios que j’avais écrits. Durant la pandémie, j'étais un peu déprimée, car l’industrie cinématographique était sur pause. Durant la même période, j’ai été approchée par différentes maisons d’édition, québécoises et européennes, qui désiraient produire ma biographie. J’ai refusé en me disant que je préférais l’écrire moi-même.

Mais Je ne m’éloigne jamais trop de la maison n’est pas une biographie!
En fait, ça ne me m’inspirait pas du tout de revisiter mon parcours. (rires) Tous mes films, mes clips et ma musique sont disponibles sur Internet, alors à quoi bon écrire là-dessus? J'avais plutôt envie de parler de ma famille adoptive, un pan de ma vie dont j’ai très peu parlé jusqu’à présent. Comme à mon habitude, je me suis levée très tôt le matin, alors que mon chum dormait encore. Je me suis fait un café, installée devant mon ordi, puis j’ai commencé à écrire.
Et qu’est-ce qui vous inspirait dans cette histoire qui est la vôtre?
À 77 ans, mes souvenirs d’enfance sont beaucoup plus présents dans ma tête, dans mon cœur. Je pense que c’est relié au fait que je suis maintenant grand-maman. Ma fille, Clara, a deux enfants, et lorsque je passe du temps avec eux, je fais inévitablement des liens avec ma propre enfance. Je ne l’avais jamais vraiment réalisé avant de m’assoir pour écrire un livre, mais le fait de ne pas avoir connu mes parents biologiques m’a permis de développer mon imaginaire.
De quelle façon?
J’ai eu une maman biologique que je n’ai pas connue, et une mère adoptive que j’ai aimée de tout mon cœur. Les enfants qui n’ont pas connu leurs parents sont, paraît-il, plus enclins à inventer, écrire et jouer. Ce n’est pas surprenant si je suis devenue actrice, réalisatrice et chanteuse: j’ai passé toute mon enfance à m’imaginer à quoi ressemblaient mes parents biologiques. D’ailleurs, dans mon récit, je m’amuse à romancer mes souvenirs, à mélanger la vérité et l’imaginaire.

Étais-tu malheureuse dans ta famille adoptive?
Non. J’ai eu des parents merveilleux! Georges et Blanche ont eu six enfants, tous rendus à l’âge adulte lorsque je suis arrivée dans la famille. Seule ma sœur Marie, infirmière de profession, habitait toujours à la maison. À Shawinigan, tout le monde savait que j’étais adoptée. Et lorsque quelqu’un disait maladroitement à mon père «Elle n’est pas à vous celle-là!», il répondait immédiatement «Bien sûr qu’elle est à moi!»
Comment étaient vos parents adoptifs?
Le premier mot qui me vient en tête c’est «aimants». Georges et Blanche n’étaient pas tellement instruits, mais ils m'ont donné énormément d'amour. Papa travaillait à l’usine, depuis l’âge de 14 ans. Comme son lieu de travail était très bruyant, il adorait aller se promener dans la nature les week-ends. Mes parents et moi allions souvent marcher dans le bois. Nous adorions aussi faire des pique-niques. Ce sont des souvenirs tellement précieux pour moi que j’aime faire la même chose avec mes petits-enfants.
Ta sœur Marie faisait partie intégrante de ta vie. Que représentait-elle pour toi?
Ma sœur Marie s’est occupée de mon éducation. Elle partageait avec moi le fruit de ses lectures et me racontait différentes péripéties concernant son travail d’infirmière. Les week-ends, elle faisait le tour des petits villages éloignés, pour aider les femmes à prendre soin de leurs bébés. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi empathique que Marie. Je l’admirais énormément.

Dans votre livre, vous parlez de votre arrivée à Montréal à l’âge de 18 ans. Le passage où vous racontez votre coup de foudre avec Lewis Furey est magnifique!
Ce fut un véritable coup de foudre, il n’y a pas d’autres mots pour expliquer notre rencontre. Mon amie Michèle m’a emmenée voir un chanteur à l’hôtel Nelson, dans le Vieux-Montréal, en me disant: «Je pense que tu vas l'aimer!» Non seulement je l’ai aimé, mais j’ai dit à ma copine durant le spectacle: «C'est le père de mes enfants!» À la fin de la soirée, je suis allée m’asseoir non loin de la scène, Lewis est venu me parler... et on ne s’est jamais quittés depuis!
Vous avez travaillé ensemble au fil des ans!
Il a réalisé la musique de mes films, j’ai chanté ses chansons en spectacle. Autant on se complète, autant on peut travailler chacun de notre côté. Mais la plus grande chose qu’on a faite ensemble, c’est fonder une famille. Nous avons eu notre lot d’épreuves, mais là où certains couples se séparent, nous en sommes ressortis encore plus soudés. Je me trouve immensément chanceuse d’avoir eu des parents adoptifs aimants, puis un mari aimant. Comme si la vie avait voulu pallier le sentiment d’abandon que j’aurais pu vivre en étant abandonnée par mes parents biologiques.

Avez-vous déjà cherché à savoir qui étaient vos parents biologiques?
Non, jamais. Mes parents adoptifs m’aimaient tellement que j'étais gênée de leur poser des questions à ce sujet. Je ne voulais pas qu'ils pensent que je ne les appréciais pas. J'ai donc respecté le mystère. Même plus tard, lorsqu’ils n’étaient plus de ce monde, je ne me suis pas lancée dans une quête sur mes origines, tout simplement parce que je ne me suis jamais sentie orpheline. Mon arbre généalogique commence avec moi, un point c’est tout.
Vous semblez être douée pour le bonheur!
J’ai vécu de grands bonheurs, ainsi que de grands malheurs: ma vie n’est pas plus ou moins belle que les autres, au final. Mais j’ai toujours dit qu'il ne faut pas cultiver les malheurs. On vit intensément nos peines, puis on les met dans un petit coin de notre mémoire, pour continuer à avancer.
Votre mari et vos enfants ont-ils lu Je ne m’éloigne jamais trop de la maison?
Lewis est en train de lire. Mes enfants, eux, travaillent beaucoup en ce moment, alors ils le liront sûrement un jour. Maman de deux enfants, Clara est chorégraphe, et elle est présentement en tournée eu Europe. Mon fils va la rejoindre bientôt à Paris, parce qu’il écrit la musique de son spectacle. Tomas est aussi propriétaire de Cry Baby Gym à Montréal. Je suis extrêmement fière d’eux.
(Carole termine avec un doux sourire).
À six et trois ans, mes petits-enfants sont trop jeunes pour lire mon livre, mais ce récit existe. Ils pourront le consulter en temps et lieu pour découvrir mon histoire... et leur histoire.
Pour vous procurer Je ne m'éloigne jamais trop de la maison de Carole Laure
