Anne-Élisabeth Bossé regrette-t-elle d’avoir quitté «Indéfendable»?
Patrick Delisle-Crevier
Cet été, Anne-Élisabeth Bossé prendra la route du Théâtre du Vieux-Terrebonne pour donner vie à l’adaptation théâtrale d’un classique québécois : La Florida. Nous l’avons rencontrée juste avant son départ pour le Japon, afin de discuter avec elle de ses projets et de revenir sur ses 20 ans de carrière.
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D’abord Anne-Élisabeth, comment vas-tu ?
Je vais très bien. Je suis très en forme et c’est très tranquille sur le plan professionnel, ces temps-ci, alors je me prépare doucement pour La Florida et je profite de cette période pour repartir en voyage. Mon chum et moi repartons au Japon, mon endroit préféré au monde ! À mon retour, le boulot reprendra tranquillement.
Pourquoi retourner au Japon ?
Je suis vraiment tombée en amour avec cet endroit magique. C’est ma place ! J’adore tout de ce pays : la nourriture, l’endroit, le peuple, les mœurs... J’aime tout là-bas et ce n’est certainement pas la dernière fois que j’y vais.
Tu m’as déjà dit vivre très mal avec les périodes plus calmes du métier. Les gères-tu mieux au fil des années ?
Je ne vis pas super bien avec les pauses, mais je réalise toujours après coup qu’elles me font du bien. Sur le moment, c’est le choc et l’angoisse, alors je me parle et je me rappelle à quel point ma dernière pause a été salutaire. Je dois apprendre à vivre avec ça ; ce n’est pas dans ma nature, mais je m’améliore.
On te verra dans La Florida cet été. Qu’est-ce qui t’a incitée à dire oui à un tel projet ?
Je joue Ginette, la femme du personnage de Louis Champagne. Il joue Léo Lespérance, le personnage qui était incarné par Rémy Girard dans le film. J’ai fait une voix pour une publicité avec lui et pendant qu’on attendait les approbations en studio, il me parlait du fait qu’il allait jouer dans La Florida cet été. Je lui ai demandé si la distribution était complète et il m’a offert de jouer Ginette. Ç’a été un oui rapide ! Sérieusement, je n’avais rien à l’horaire cet été et ça me fait tellement plaisir de retourner au théâtre d’été après plusieurs années. Pour une question de disponibilité, je vais faire la résidence au Théâtre du Vieux-Terrebonne, mais c’est Tammy Verge qui fera la tournée par la suite.

Que peut-on dire au sujet du personnage de Ginette ?
Le seul mot qui me vient en tête, c’est sensuel. Ginette souhaite faire l’amour et elle tente d’établir une connexion avec son mari en portant de la lingerie fine. Elle essaie de l’exciter, mais il est trop préoccupé par ses problèmes pour céder aux avances de sa femme. Je me souviens de l’interprétation incroyable de Pauline Lapointe dans ce rôle, au cinéma. Si c’était juste de Ginette, le couple irait bien, car elle a le cœur à la bonne place et c’est une bonne vivante. Une chose est certaine : je vais m’en donner à cœur joie pour ce personnage et je vais m’amuser !
Notre première entrevue date d’il y a presque 20 ans, alors qu’on te découvrait dans le film Les amours imaginaires de Xavier Dolan. Dis-moi, est-ce que ta carrière se passe comme tu l’avais imaginé ?
Je suis incapable d’avoir le moindre recul sur ma carrière et de voir les chemins que ça a pris. Même que j’ai toujours l’impression que je viens de commencer ma carrière, et c’est un problème parce que ce n’est pas le cas ! (rires) Je croise des jeunes comme Joakim Robillard et Lauren Hartley et dans ma tête, je suis de la même génération qu’eux. J’ai l’impression que je viens de sortir de l’école de théâtre, mais ça fait déjà presque 20 ans que je fais ce métier. C’est certain que si on regarde mon CV d’actrice, il y a beaucoup de lignes. J’ai été chanceuse et la partie rationnelle de moi le constate, mais mon cœur, la partie irrationnelle, veut continuer de croire que je suis une petite jeune. Je suis en décalage face à tout ça.
Selon toi, qu’est-ce qui a fait décoller ta carrière ?
C’est assurément mon rôle dans le film de Xavier Dolan, Les amours imaginaires. Je jouais cette jeune femme à lunettes et c’est avec ça que j’ai attiré l’attention et semé la curiosité. Après, j’ai surfé là-dessus et peu à peu, mes rôles ont pris de l’importance, ce qui m’a permis d’encaisser graduellement la popularité. J’ai aussi pu montrer que j’assurais avec des rôles dans Série noire et dans Les Simone, entre autres. Il y a ensuite eu des quotidiennes comme 30 vies et Indéfendable, dans lesquelles j’ai vraiment pu montrer de quoi j’étais capable. Encore aujourd’hui, j’ai l’impression de devoir faire mes preuves, mais je n’ai plus le sentiment que tout s’effondrera en un clin d’œil, comme c’était le cas à mes débuts. Cela dit, rien n’est jamais gagné dans ce beau métier.
C’est paradoxal, puisque tu as laissé un projet comme Indéfendable, qui t’assurait une présence pour plusieurs années au petit écran. Le regrettes-tu ?
Oui, un peu quand même, car je trouve que ça s’est terminé trop vite pour mon personnage. C’est de ma faute, car j’avais vraiment peu de disponibilité et que je voulais vraiment retourner au théâtre. C’est le danger de jouer le même rôle pendant très longtemps : on oublie de t’appeler pour d’autres projets. Mais je voulais absolument jouer dans le film Nos belles-sœurs et j’ai eu à choisir. C’est certain que j’aimerais revenir dans Indéfendable, mais je sais que l’intrigue ne va plus dans ce sens-là. Ce serait un gros oui si on me proposait de revenir.
As-tu déjà pensé faire autre chose ? As-tu un plan B ?
Pas encore, mais j’ai fait un balado sur la mémoire pour le ministère de la Santé et des Services sociaux. Je m’associe beaucoup à la cause de l’Alzheimer puisque mon père est atteint de cette maladie. Je suis une porte-parole engagée de la Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer et grâce à ce balado, j’ai pu mettre en relation des spécialistes et des gens qui avaient besoin d’aide. Le fait d’avoir pu être utile a semé quelque chose en moi, et si un jour je dois diversifier ma carrière, ce sera au niveau de l’aide et de la communauté. Avec l’âge, j’ai envie de me sentir plus utile. Je vais toujours porter la cause de l’Alzheimer et il y a un beau message d’espoir à transmettre, car un nouveau médicament vient d’être homologué au Canada.
Et de quoi seront faits les prochains mois pour toi ?
Après un beau voyage en amoureux au Japon, il y aura peut-être l’écriture de la troisième saison de Gâtées pourries, si on nous donne le go. Sinon, ce sera très mollo et je n’aime pas tant ça. L’année 2025 a été folle, avec beaucoup de projets et un déménagement. Mon chum et moi sommes maintenant installés dans notre belle maison et je suis heureuse. À 41 ans, je sens une nouvelle maturité en moi. Ça va bien, à part un début de presbytie. C’est ce qui me dérange le plus. Sinon, je me souhaite de continuer à travailler, que ma maman reste en santé et que mon couple et ma carrière perdurent. Je patauge dans tout ça un jour à la fois.
La pièce « La Florida : au paradis... c’est l’enfer ! » sera présentée à compter du 26 juin au Théâtre du Vieux-Terrebonne. Infos et billets : lanouvellesociete.com.
Lebalado Aide-mémoire : mieux vivre avec l’Alzheimer est disponible sur OHdio.