Apparitions et visions en Bretagne

Photo fournie par Astrid di Crollalanza
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2022-12-24T05:00:00Z

Après avoir fait ses débuts dans le monde du cinéma, la Française Victoria Mas a signé un premier roman, Le bal des folles, qui a connu un immense succès. Elle revient cette année avec Un miracle, un roman poétique, empreint des paysages de Bretagne, où il est question d’apparitions de la Vierge, de visions, de prophéties et de guérisons.

Sœur Anne, religieuse chez les Filles de la Charité, se fait annoncer par sœur Rose que quelque chose d’extraordinaire l’attend en Bretagne : semble-t-il que la Vierge lui apparaîtra. Elle se rend en mission sur une île du nord Finistère et découvre là-bas qu’un adolescent prétend avoir eu la vision qu’on lui avait annoncée. Là-bas, tout le monde est bouleversé par cet événement troublant que personne ne peut prouver ni expliquer. 

Une chapelle spéciale

La petite étincelle qui a donné naissance au roman Un miracle s’est produite lors d’une visite inopinée de Victoria Mas à la chapelle de la Médaille miraculeuse, rue du Bac, à Paris, dont elle parle dans le livre.

« C’est une chapelle importante à Paris. C’est le deuxième lieu de pèlerinage le plus important en France, après Lourdes, puisque c’est dans cette chapelle, qu’en 1830, l’une des apparitions de la Sainte Vierge aurait eu lieu à la jeune novice qu’était sainte Catherine Labouré à l’époque. Elle lui aurait demandé de faire frapper la médaille miraculeuse. »

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Le lieu l’a particulièrement marquée. « L’esthétique du lieu est particulière. C’est une petite chapelle entièrement immaculée. Il y a du marbre blanc et de la dorure un petit peu partout et la lumière qui pénètre cette chapelle est vraiment sublime. Les gens qui étaient là semblaient vraiment ne pas du tout douter de ce qui s’était passé en 1830. »

Curieuse, Victoria Mas s’est intéressée d’abord à la biographie de sainte Catherine Labouré puis aux apparitions mariales. 

« Je me suis plongée dans ces récits et ces témoignages, moins d’un point de vue mystique que d’un point de vue sociologique. C’est le déplacement des foules face à un événement invisible qui a retenu mon attention et que j’ai voulu approfondir et questionner. »

Photo fournie par Éditions Albin Michel
Photo fournie par Éditions Albin Michel

La Bretagne

La Bretagne s’est ensuite imposée comme cadre du roman. « C’est une terre romanesque et je souhaitais un jour situer une intrigue en Bretagne. Le décor, le patrimoine, l’histoire, l’héritage de cette terre de contes et de légendes sont parfaits pour un roman. Au vu des apparitions mariales, un sujet mystérieux, un sujet mystique, je ne voyais pas d’autre endroit pour situer l’intrigue. »

« C’est une terre qui est à la fois très lumineuse et très sombre, qui offre des décors sublimes : des grèves de sable blanc, des falaises avec énormément d’aspérités qui plongent dans la mer, des décors de tous les extrêmes. Et c’est également une terre où la légende se mêle constamment à la réalité. »

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La lumière, les marées, le vent, les terres sauvages où il n’y a que très de peu de gens, toutes les légendes qui enveloppent l’Île-de-Batz, dans le nord Finistère, créent une atmosphère bien particulière. 

« Très vite, on a l’impression de se perdre dans d’autres mondes et de ne plus appartenir au nôtre. C’est très déstabilisant. »

Victoria Mas croit-elle aux miracles ? 

« Tout dépend ce qu’on entend par miracle. On parle de guérison miraculeuse. D’autres vous diront qu’une rencontre amoureuse est déjà en soi un miracle. J’aime d’abord envisager que le miracle est humain avant d’être divin. Lorsque l’homme ne doute pas de sa propre puissance, de sa propre faculté à pouvoir incarner, manifester des choses, des projets, des aspirations, c’est ça, au final, le miracle. »

  • Le premier roman de Victoria Mas, Le bal des folles, a été vendu à plus de 320 000 exemplaires en France.
  • Il a été traduit en 24 langues et adapté au cinéma et en bande dessinée.
  • Elle a déjà commencé l’écriture de son prochain roman.

EXTRAIT

« Au loin, sœur Anne avait traversé vers le quai et contemplait le vieux port, sa valise à ses pieds. Son regard scrutait la jetée, cherchant entre les bateaux arrimés ce que sœur Rose lui avait prédit. C’était il y a deux semaines. Les laudes venaient de se terminer. Dans le couloir, silencieuses, les Filles du couvent rejoignaient le réfectoire ; sœur Anne suivait le mouvement, encore bercée par les prières de l’aube. Une main noueuse avait soudain empoigné son bras : “Un rêve m’est venu cette nuit : la Sainte Vierge t’apparaîtra en Bretagne.” »

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