Accéder à tous les souvenirs


Marie-France Bornais
Romancière lauréate du prix Pulitzer en 2011, l’Américaine Jennifer Egan propose un roman-miroir de Qu’avons-nous fait de nos rêves ? avec La maison en pain d’épices. Ce roman sur la quête d’identité, de liens véritables et de sens examine le monde super techno dans lequel on vit, et où il semble que la mémoire, l’identité et la vie privée sont en voie de ne plus nous appartenir. La quête de Bix Bouton, un demi-dieu de la technologie, est peut-être risquée.

Nous sommes en 2010. Bix Bouton a 40 ans. C’est un entrepreneur à succès dans le domaine de la techno, marié, père de quatre enfants. Son entreprise, Mandala, connaît tellement de succès qu’on le considère comme un demi-dieu de la techno. Tout semble lui sourire... mais en réalité, il se sent vide.
Un jour, il se retrouve au cœur d’une discussion avec des professeurs de l’Université Columbia et apprend que l’un d’eux fait des recherches sur l’externalisation de la mémoire humaine.
Visionnaire, Bix Bouton poursuit les recherches sur le sujet et dix ans plus tard, fait une sortie éclatante avec Own Your Unconscious. Cette nouvelle technologie permet d’accéder à tous nos souvenirs, mais aussi de les partager en échange de l’accès à ceux des autres. Sa technologie a séduit beaucoup de gens... mais il y aura un prix à payer, car ça ne plaît pas à tout le monde.
Des outils pour savoir
Jennifer Egan décrit les conséquences de cette découverte technologique dans la vie de plusieurs personnages dont les chemins se croisent au fil des décennies. Et elle le fait de multiples façons, même sous forme de tweets. Un remarquable travail d’écrivaine.
En entrevue téléphonique, l’écrivaine explique que ce nouveau roman est en quelque sorte un livre-compagnon de Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, prix Pulitzer de l’œuvre de fiction en 2011.
« Ce n’est pas une suite. Mais d’une certaine manière, mon nouveau livre l’accompagne. Il rassemble différents points de vue qui, mis ensemble, forment une grande histoire. »
« Bix est apparu brièvement dans Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, lorsqu’il est témoin d’une noyade. Mais c’était aussi le gars qui avait pressenti l’incroyable pouvoir d’internet avant un grand nombre de gens. Et je crois que l’on connaît tous quelqu’un comme ça, qui était en ligne avant même qu’on sache ce que ça voulait dire. »
« Mes livres sont basés sur ma curiosité », poursuit-elle en expliquant qu’elle a suivi le destin de certains personnages de Qu’avons-nous fait de nos rêves ? « L’idée de la machine à externaliser la mémoire est apparue plus tard. »
« Plusieurs choses m’ont fait penser à cela. Moi-même, je peux me souvenir de certaines personnes rencontrées il y a plusieurs années, mais je ne me souviens pas de leur nom aujourd’hui. Si je connaissais leur nom, j’aurais les outils pour savoir ce qu’ils sont devenus avec les réseaux sociaux. »
Elle s’est demandé ce qu’on savait réellement des autres, grâce aux réseaux sociaux.
« C’est quand même quelque chose d’incroyable : si on connaît le nom d’une personne et on sait d’où elle vient, on a de grandes chances de savoir beaucoup de choses à son sujet. Je me suis demandé ce que ça donnerait si on en savait encore plus. »