«Attachez votre tuque»: voici à quoi le Canada doit s’attendre de la présidence Trump qui commence aujourd’hui
Les experts ne s’entendent pas sur le niveau de menace que son administration représente pour le Canada

Dominique Scali
La nouvelle présidence du milliardaire américain Donald Trump, qui commence aujourd’hui, risque d'être «catastrophique» pour le Canada car elle nous propulse dans une ère d’imprévisibilité où le pire est possible.
«Jamais [un gouvernement] n’a fait peser autant de menaces sur notre prospérité et notre sécurité dans l’histoire du Canada, depuis 1867», analyse Jonathan Paquin, directeur de l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval.
Oui, il y a eu la Chine, la Russie, et même les fascistes européens de la Seconde Guerre mondiale. «Mais [la menace] n’était pas chez nous.»
«Une attaque aussi frontale, il n’y en a pas eu. Personne n’a été aussi menaçant directement pour nos intérêts vitaux que l’administration Trump en ce moment», déclare-t-il.
Rappelons que dans les dernières semaines, Trump a qualifié à plusieurs reprises le Canada de «51e État des États-Unis» et menacé d'imposer des tarifs douaniers de 25% qui auraient un effet désastreux des deux côtés de la frontière.
Pour M. Paquin, on doit maintenant voir le gouvernement de nos voisins du Sud comme un adversaire, et non comme un partenaire.
S’attendre à être surpris
Le second mandat de Donald Trump commencera officiellement aujourd’hui, son investiture étant prévue vers midi à Washington.
Les experts consultés par Le Journal ne partagent pas tous le même niveau d’inquiétude en vue des quatre prochaines années. Mais ils s’entendent sur une chose: il faudra s’attendre à beaucoup d’imprévisibilité.
«Attachez votre tuque, que ce soit avec de la broche ou de la laine», lance Justin Massie, professeur au Département de science politique à l’UQAM.
«On est tous effrayés par la rhétorique de Donald Trump [...]. Si jamais il met en œuvre l’ensemble de ses promesses, oui, ce sera une nouvelle ère. Et oui, ce sera une catastrophe», prévoit Arthur Silve, professeur spécialisé en économie politique à l’Université Laval.
«Mais est-ce probable? C’est difficile à dire», conclut M. Silve.
Soumission
Pour plusieurs experts, on entre dans une logique de compétition plutôt que de coopération. Fini l’époque où la première puissance mondiale se voulait souriante et bienveillante.
Il est presque inéluctable que le Canada doive hausser ses dépenses militaires, notent plusieurs experts. Le pays a d’ailleurs souvent été qualifié de «mauvais élèves» de l’OTAN parce qu’il n’atteignait pas la cible de 2% de son PIB.
En revanche, quelle cible satisferait réellement Trump? se demande Jonathan Paquin.
«Il a tendance à dire une chose une journée, puis à dire autre chose le lendemain», afin de maintenir un déséquilibre de pouvoir, rappelle M. Paquin. Ce à quoi Trump s’attend, c’est «à ce que les autres États se soumettent à sa volonté».
Pour d’autres, les suggestions d'annexion du Canada et autres «délires» trumpiens doivent être prises comme une «hyperbole». «C’est hallucinant, on s’inquiète de quelque chose qui n’a aucune chance d’avoir lieu», rappelle Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand.
«En ce moment, est-ce que les États-Unis font peser une menace économique sur nous? Absolument. Une menace militaire? Non», analyse aussi Justin Massie.
Vers une dictature?
Doit-on craindre que Donald Trump abatte les nombreux garde-fous démocratiques qui existent et fasse sombrer la première puissance mondiale dans la dictature?
«Aucune démocratie n’est à l’abri», croit Jonathan Paquin.
Mais le plus probable, c’est surtout de voir un affaiblissement de la machine étatique américaine, Trump ayant promis de s’attaquer à certaines agences, de les déréguler, et de sabrer le budget fédéral.
Le Canada pourrait donc décider de s’aligner sur son voisin, en coupant par exemple dans les subventions à la transition énergétique, illustre Arthur Silve. Ou encore, en se distinguant et en réaffirmant son identité distincte, suggère-t-il.