OTAN: le Canada atteindrait la cible de 2% dès 2032, annonce Justin Trudeau

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Raphaël Pirro

2024-07-11T16:55:10Z

Peut-être en raison de la forte pression des Américains, le gouvernement de Justin Trudeau a finalement annoncé que le Canada viserait la cible de 2% de son PIB en dépenses militaires d’ici 2032.

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En clôture d’un sommet de l’OTAN «très productif» à Washington, jeudi, le premier ministre a qualifié ce chiffre de «quasi arbitraire» parce que la défense et la sécurité du Canada ne pouvaient se mesurer simplement avec des chiffres du genre. L’annonce pourra toutefois rassurer le gouvernement Biden, peut-être moins une éventuelle administration Trump.

Entre un partenariat sur l’Arctique et des sous-marins dernier cri, le sommet a été marqué par quelques nouveautés.

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Le 2%, un chiffre «quasi arbitraire»

Atteindre dès 2032 le 2% comme édicté par l’OTAN, est-ce possible? Dans son grand plan intitulé «Notre Nord, fort et libre», publié il y a quelques mois, le Canada annonçait son intention de faire passer ses dépenses militaires à 1,76% de son PIB d’ici 2029-2030, un chiffre remis en question par le directeur parlementaire du budget, qui parle de «surestimation».

Sous un feu de critiques des Américains, M. Trudeau a annoncé que le gouvernement visait désormais 2% pour 2032, un chiffre qu’il a néanmoins qualifié de «quasi arbitraire». 

«Ça sent l’improvisation», note l’expert Justin Massie. «S’il avait annoncé le 2% dans son plan de cette année [...] le sommet se serait beaucoup mieux déroulé pour Justin Trudeau.»

Cette cible avait été fixée comme «plancher» par l’OTAN en 2014, en réaction à l’annexion par la Russie de la Crimée, un territoire ukrainien stratégique. Le gouvernement de Stephen Harper alors en place s'était engagée à atteindre la cible à l'horizon de 2024, un objectif qui a été écarté après l'arrivée au pouvoir des libéraux de Justin Trudeau en 2015.

La pression des Américains et le spectre de Trump

C’est Donald Trump qui avait ouvert les vannes.

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Pendant son mandat, l’ancien président américain ne s’était pas gardé de critiquer les membres de l’OTAN – incluant le Canada – qui n’en faisaient pas assez à ses yeux. La pression a monté d’un cran dans les dernières semaines, car le Canada a été accusé par des sénateurs, par des représentants de la Chambre et par des éditoriaux de profiter de sa situation géographique enviable.

Selon Justin Massie, l’annonce de M. Trudeau pourra calmer les démocrates de Joe Biden, un scénario qui risquera d’être différent si Donald Trump reprend le pouvoir l’an prochain.

«Trump a dit qu’il ne défendrait pas les pays qui ne dépensent pas 2% ou plus de leur PIB. Il n’a pas dit d’ici 2032, il a dit aujourd’hui!» dit l’expert de l’UQAM.

Sous-marins et autres types de matériel militaire

Mercredi, le Canada a annoncé son intention d’acheter jusqu’à 12 sous-marins à propulsion classique pour remplacer la flotte actuelle, dont le cycle de vie utile prendra fin dans une dizaine d’années. Il s’agit d’une des promesses qui permettront au Canada de s’approcher de la cible de 2%.

Pour l’atteindre, le ministre de la Défense Bill Blair prévoit l’achat d’un savant mélange, soit de véhicules pour le Nord canadien, de missiles à longue portée, d’hélicoptères, de drones et de tanks, entre autres choses.

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Selon les chiffres de l’OTAN, le Canada est avant-dernier de la liste des membres (le 31e sur 32) sur le plan du pourcentage de ses dépenses en défense consacrées à l’équipement, suivi seulement de la Belgique.

Un nouveau pacte arctique

Les États-Unis – encore eux – mettent de la pression pour que le Canada joue un rôle plus prépondérant en Arctique. Qu’à cela ne tienne: le sommet a été l’occasion pour le Canada de signer le Pacte de collaboration sur les brise-glaces avec les États-Unis et la Finlande, qui verra ces pays collaborer pour ouvrir leurs chantiers navals à la construction de brise-glaces «chez nous».

«C’est une excellente nouvelle» pour Justin Massie, car il permettra à nos chantiers – incluant la Davie, à Québec – d’avoir davantage de contrats et de maintenir des lignes de production qui roulent, note le professeur.

Justin Trudeau a d’ailleurs indiqué que la Davie pourrait en ressortir gagnante. Ottawa a annoncé récemment la construction de deux grands brise-glaces, dont l'un des deux devrait être construit au chantier québécois.

Dépenses militaires du Canada en fonction des secteurs (en date d’aujourd’hui)

43,5%: personnel militaire

34,5%: fonctionnement, maintenance et autres dépenses

18,6%: équipements majeurs et R&D liés

3,4%: infrastructure

Dépenses militaires des membres de l’OTAN selon le pourcentage du PIB (en date d’aujourd’hui)

Meilleurs élèves

1) Pologne (4,12%)

2) Estonie (3,43%)

3) États-Unis (3,38%)

4) Lettonie (3,15%)

5) Grèce (3,08%)

Pires élèves

28) Canada (1,37%)

29) Belgique (1,30%)

30) Luxembourg (1,29%)

31) Slovénie (1,29%)

32) Espagne (1,28%)

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