Pont de Québec: «C’est au fédéral à payer»
François Legault rejette la plus récente proposition faite par Ottawa


Marc-André Gagnon
Refusant d’investir davantage que les 200 millions $ déjà prévus pour le tablier routier, François Legault a rejeté publiquement la dernière offre faite par le gouvernement fédéral pour redevenir propriétaire du pont de Québec et assurer son entretien.
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Son message est sans équivoque : le gouvernement du Québec ne sortira pas le chéquier pour qu’Ottawa rachète ce qu’il a cédé au Canadien National en 1993.
« C’est un pont fédéral, donc c’est au fédéral à payer », a résumé M. Legault.
Le premier ministre, qui dévoilait en avant-midi sa liste de demandes aux partis fédéraux, a balayé du revers de la main la plus récente proposition faite par Ottawa pour régler le dossier du pont de Québec.
Pas un cent de plus
Notre Bureau parlementaire révélait jeudi qu’avant le début de la campagne électorale, Ottawa a demandé au gouvernement Legault d’assumer près de la moitié du plan de rachat et d’entretien du pont de Québec.
Sur un programme totalisant 784 millions $ sur 25 ans, Québec était invité à débourser 375 millions $, le gouvernement fédéral, 284 millions $ et le CN, qui y fait passer ses trains, 125 millions $.
« Il n’est pas question que le Québec paie plus [que ce qui est déjà prévu] », a signalé M. Legault, lorsque questionné à ce sujet.
« Déjà, on va s’occuper du tablier [routier] », a-t-il souligné. Ces travaux, qui devraient coûter environ 200 millions $, sont déjà prévus au Plan québécois des infrastructures (PQI) et devraient avoir lieu en 2023-2024.
Engagement attendu

Le chef caquiste ne s’est pas gêné pour rappeler – sans les nommer – que les libéraux de Justin Trudeau s’étaient engagés, en 2015, à régler le dossier de peinture du pont de Québec dans les six mois suivant l’élection.
« De toute évidence, ce n’est pas encore réglé », a-t-il observé.
Il considère que les gens de Québec sont maintenant en droit de s’attendre à ce que chacun des partis s’engage, encore une fois, à régler le dossier une fois pour toutes.
Le chef libéral Justin Trudeau, qui était de passage à Québec, a réitéré sa promesse de refaire du pont de Québec une propriété fédérale. Il s’est cependant abstenu de préciser si son engagement est conditionnel à une contribution provinciale additionnelle.
« On va le racheter ce pont-là. On va s’en occuper », a assuré le premier ministre sortant.
« Manque de transparence »
Pour le conservateur Gérard Deltell, la solution « passe par une collaboration des trois partenaires ».
Il considère que les informations révélées par Le Journal sont une « illustration du manque de transparence » des libéraux de Justin Trudeau. Il presse le gouvernement sortant de rendre public le rapport produit l’an dernier par le négociateur Yvon Charest.
Le pont de Québec au fil des ans
1917
Après deux effondrements tragiques, fin de la construction du pont.
1923
Ottawa crée le CN et lui confie l’entretien et la gestion du pont.
1929
Les voies de tramway cèdent leur place à l’automobile.
1947
Le tablier routier est élargi par Québec.
1993
Le CN est privatisé par Ottawa, qui lui confie le pont.
2005
Des travaux de réfection réalisés à 40 % sont stoppés par le CN : s’ensuit une longue bataille judiciaire avec le fédéral.
2014
Ottawa s’engage à débourser 75 M$ pour repeindre le pont, Québec 23,5 M$, les villes de Québec et de Lévis 1,5 M$. Le CN est invité à débourser 100 M$.
2019
Québec confirme que ses 23,5 M$ ne sont plus sur la table en raison des 200 M$ à investir sur le tablier routier. Ottawa mandate Yvon Charest comme négociateur et propose de partager en trois parts égales une facture de 559 M$. Québec refuse.
2020
Dans un rapport remis à Ottawa, mais jamais rendu public, M. Charest recommande au gouvernement fédéral de racheter le pont de Québec. La peinture et l’entretien de l’infrastructure coûteraient 784 millions $ sur 25 ans.
2021
Ottawa propose à Québec de débourser 375 millions $, le gouvernement fédéral, 284 millions $ et le CN, 125 millions $. Québec refuse. Des élections fédérales sont anticipées, mettant fin aux discussions.