Canadien: à quatre gains de la coupe


Jonathan Bernier
Nous y voilà. Après 28 ans d’attente, Montréal vibre au rythme d’une finale de la coupe Stanley. Le parcours du Canadien pour atteindre cette ronde ultime ne fut pas sans embûches.
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Dernière équipe à confirmer sa présence en séries éliminatoires, le Tricolore a tiré de l’arrière 1-3 dans sa série de premier tour contre les Leafs. Il a perdu les services de Jeff Petry, le temps de deux rencontres, puis de Jake Evans, assommé par une mise en échec de Mark Scheifele. Il a également dû se priver de Dominique Ducharme, isolé chez lui en raison de la COVID après le deuxième match de la demi-finale. Mais tous les champions de la coupe Stanley vous diront que le chemin qui mène au gros trophée n’est jamais pavé d’or. D’ailleurs, les visages de Corey Perry et de Brendan Gallagher l’illustrent bien. Le parcours du Lightning fut un peu plus facile. Malgré tout, cette équipe que l’on dit sans faiblesse a dû puiser jusque dans ses derniers retranchements pour venir à bout des Islanders et gagner le droit de défendre son titre de champion de la coupe Stanley.

Gardiens
Copier-coller
Carey Price est tellement constant depuis le début des séries éliminatoires qu’on aurait pu reprendre les analyses des rondes précédentes. On l’a rarement vu dans une telle maîtrise de ses déplacements et aussi parfaitement positionné devant la rondelle. Aucun tir décoché directement ne parvient à le déjouer, sauf en de très rares exceptions. Il peut entrer dans la tête de ses adversaires comme on l’a vu face aux Golden Knights. Stone, Tuch et Marchessault ont levé les yeux au ciel à quelques occasions. Advenant une victoire du CH, il sera un choix unanime pour le trophée Conn Smythe.
Le miroir de Price
Pour la 1re fois depuis le début des séries, Price se frottera à un gardien de sa trempe. Un homme masqué qui joue dans la tête de ses rivaux. Dans un sondage mené au sein de l’Association des joueurs, 54,12 % ont voté pour Vasilevskiy dans la catégorie du meilleur gardien (8,25 % en faveur de Price). Sa moyenne de 1,99 et son pourcentage d’efficacité de ,936 sont comparables à ceux de Price (2,02 et ,934). 4 de ses 12 victoires ont été signées par jeu blanc.
Défenseurs
Là où ça fait mal
Il faut croire que ça fait mal de tenter de s’approcher de Carey Price. On croyait bien que les gros attaquants des Golden Knights, contrairement à ceux des Jets, n’hésiteraient pas à se frotter aux défenseurs du CH. On prévoyait même que leurs assauts répétés finiraient par épuiser Weber et ses collègues. Pourtant, ce fut loin d’être le cas. À part Roy et Tuch, personne n’a voulu souffrir. Les attaquants des Golden Knights n’ont marqué que cinq buts. Comment réagiront les Kucherov, Stamkos et Point ?
3 grosses paires
Menée par Victor Hedman, finaliste pour le trophée Norris, la défensive du Lightning est solide. Le Suédois joue près de 25 minutes par match. Il assume aussi un rôle d’attaquant avec 16 points au compteur. Ryan McDonagh fait un travail de moine. Ne craignant pas de sacrifier son corps pour bloquer des tirs, il est le rouage le plus important de l’équipe en infériorité numérique. David Savard et Mikhail Sergachev complètent ce qui se veut la meilleure troisième paire de défenseurs de la LNH.
Attaquants
Le mix parfait
Plus les matchs passent, plus Cole Caufield élargit sa base de partisans. Et plus les séries avancent, plus sa complicité avec Nick Suzuki se développe. Les deux jeunes attaquants en font voir de toutes les couleurs à leurs rivaux grâce à leur vitesse et leur imagination. Et que dire du travail de l’unité de Phillip Danault, capable de neutraliser les meilleurs pointeurs de l’autre équipe tout en créant de l’attaque ? Sur une autre unité, Paul Byron va bien depuis le début des séries avec six points. Trois d’entre eux ont été récoltés sur des buts gagnants (2 filets, 1 passe).
L’arsenal
Quatre des cinq meilleurs pointeurs du circuit depuis le début des séries portent l’uniforme du Lightning (Kucherov, Point, Killorn, Stamkos). Nikita Kucherov est dans une classe à part avec 27 points, dont 17 récoltés en supériorité numérique. Point a enfilé l’aiguille à 14 occasions. Il est venu à un match d’égaler le record de 10 matchs consécutifs avec au moins un but, établi par Reggie Leach en 1976. Même les trios de soutien contribuent, comme en font foi les cinq buts de Yanni Gourde.
Entraîneur
Le succès du télétravail
Le Canadien n’affiche pas de la profondeur seulement sur la patinoire. C’est aussi le cas derrière le banc. Lors de l’analyse précédant la demi-finale, on avait pris soin de souligner le travail de Luke Richardson qui, écrivait-on, manœuvrait les effectifs de la brigade défensive de main de maître. Qui aurait cru que, quelques jours plus tard, il serait aux commandes de l’équipe en raison de l’absence de Dominique Ducharme ? D’ailleurs, on reverra le Joliettain à partir du troisième match de cette finale.
Expérience à revendre
Jon Cooper a pris la relève de Guy Boucher en mars 2013. Depuis, le Lightning s’est rendu au moins jusqu’en finale d’association à 5 occasions. Champion défendant de la coupe Stanley, il s’agira de sa troisième présence en finale. Avant de faire le saut dans la LNH, Cooper avait mené les Admirals de Norfolk à la coupe Calder, en 2012. Il a aussi remporté des championnats de séries avec les Bandits de St-Louis (NAHL) à deux reprises et avec les Gamblers de Green Bay (USHL).
Momentum
Frapper en premier
Le CH a pris la brillante habitude de marquer le 1er but. Il y est parvenu 13 fois en 17 rencontres. Quand l’adversaire doit affronter un gardien dans son élément comme l’est Price, c’est un solide coup pour la « dureté du mental ». En pareille situation, le Tricolore devient pratiquement invincible avec un dossier de 11-2. Et que dire de sa tenue en prolongation. Jusqu’à maintenant, il a remporté cinq des six matchs qui ont nécessité plus de 60 minutes de jeu. 2 de ces victoires ont sauvé l’équipe de l’élimination, alors que 2 autres ont envoyé un adversaire en vacances.
Très avare
Au cours du dernier mois, l’unité d’infériorité numérique du CH s’est montrée parfaite en 30 présences sur la patinoire. Celle du Lightning n’a accordé que trois buts à ses 30 dernières occasions. Durant le dernier mois, l’attaque massive a marqué 13 fois en 36 occasions. Face à une formation qui ressemble en tous points au CH (à l’exception du gardien), le Lightning a obtenu deux blanchissages à ses trois derniers matchs. En passant, Tampa est dominant lorsqu’il ouvre la marque (12-2).
Robustesse
Vos risques et périls
Il faut être prêt à payer un lourd tribut pour s’approcher de Price. Tenter de faire sa place dans l’enclave du Canadien face aux colosses que sont Weber, Chiarot et Edmundson attire son lot d’ecchymoses. Perry continue son excellent travail devant le filet adverse. Même Kotkaniemi y a mis du sien à ce niveau. Et la façon avec laquelle Anderson fonce au filet rend les gardiens nerveux.
La vitesse d’abord
Le Lightning est une équipe rapide. Elle mise aussi sur quelques gros bonshommes pour gérer la circulation et pour faire sentir leur présence aux défenseurs adverses. Pat Maroon est dans ce moule. L’attaquant tentera de remporter une 3e coupe Stanley de suite (il portait les couleurs des Blues en 2019). Barclay Goodrow et Blake Coleman en sont d’autres qui ne détestent pas le jeu serré. Dans leur cas, ils sont capables de contribuer sur une base régulière. Près du filet de Vasilevskiy, Sergachev et Savard ne sont pas des clients faciles en termes de robustesse. Équipe la plus punie depuis le début des séries, le Lightning devra afficher plus de discipline.
Impondérables
En pleine santé
Pour l’instant, il semble que le Canadien devra se contenter d’une foule de 3500 spectateurs. Malgré un net avantage de l’adversaire à ce niveau, les Montréalais n’ont pas paru trop importunés. Sur la glace, tout le monde semble relativement en santé. Petry manipule la rondelle et se déplace comme si sa main droite n’avait jamais souffert. Weber, malgré l’attelle qu’il porte à la main gauche, a décoché son boulet le plus puissant jeudi. Même Jake Evans, sur la touche en raison d’une commotion, a obtenu le feu vert pour encaisser des mises en échec aux entraînements.
Champions en titre
Le Lightning tentera de devenir la 1re équipe depuis les Penguins de 2016 et 2017 à remporter 2 coupes Stanley de suite. L’an dernier, l’équipe de la Floride a soulevé le trophée dans la bulle d’Edmonton sans partisans dans les gradins. L’idée de répéter l’expérience dans un amphithéâtre bondé pourra servir de motivation. Blessé lors de la série contre les Islanders, Kucherov semblait limité dans ses moyens vendredi. Il ne sera peut-être pas à 100 % lorsque la finale s’amorcera.