Chatelaine chante-t-elle toujours?
Il y a près de 50 ans, elle devenait une vedette avec la chanson «Corps à corps».
Daniel Daignault
Si vous aviez une quinzaine d’années — ou plus! — à la fin des années 1970, vous avez probablement dansé et chanté bien fort sur le succès Corps à corps. Vous souvenez-vous? «Corps à corps avec toi, corps à corps avec toujours, corps à corps avec toi, corps à corps avec toi un jour...» Cette chanson a eu l'effet d'une bombe sur la carrière de Chatelaine, que nous avons retrouvée, et qui chante toujours!
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Celle que ses amies surnomment «Chat» raconte d’abord d’où lui vient son diminutif. «C’est quelqu’un qui m’a trouvé ce nom-là, à mon insu. C’est une longue histoire... J’avais enregistré un disque et on m’avait dit tout ce que quelqu’un veut entendre quand il commence, mais ç’a été un flop total. J’étais tellement déçue et amère que j’ai pris tous les 45 tours qui avaient été imprimés et j’ai fait un gros feu de camp au chalet de mes parents», raconte-t-elle. Mais, de fil en aiguille, elle est appelée à participer à un concours amateur et sa victoire lui vaut d’enregistrer un nouveau disque. «J’avais 22 ans, je travaillais aux relations humaines chez Hydro-Québec. Avant d’entrer en studio, je présentais des spectacles un peu partout au Québec. Je chantais les succès que les gens voulaient entendre. La musique a pris le dessus et j’ai quitté mon emploi», dit-elle.
La naissance d’une vedette
Sous la gouverne de Paul Vincent, Chatelaine enregistre finalement la chanson Corps à corps. «On m’avait alors promis que je ne serais pas seule, que la chanson serait un peu comme ce que faisait le groupe Toulouse et qu’on ajouterait d’autres voix à la mienne. Quelque temps après, je suis partie en vacances durant trois semaines, à Acapulco, et quand je suis revenue au Québec, ma boîte vocale était pleine de messages de personnes qui voulaient m’engager comme chanteuse. Quand on m’a fait entendre la chanson, j’étais en colère, parce que ce n’était pas ce qu’on m’avait promis. Mais on m’a appris que c’était un mégasuccès: j’étais bookée un an d’avance pour faire des spectacles et j’avais aussi des demandes pour participer à des émissions de télévision. Là, ce n’était plus la même affaire... C’est donc sous le nom de Chatelaine que je me suis fait découvrir partout au Québec. Bref, c’était la folie, je ne m’attendais pas à un tel succès.»
On est alors en 1977. Chatelaine est âgée d’une vingtaine d’années et dès lors, cette chanson lui colle à la peau. On parle ici d’un simple qui s’est vendu à plus de 125 000 exemplaires. «J’ai reçu un disque d’or. Ça prenait alors 100 000 unités vendues pour en recevoir un, mais ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui.» Près de 50 ans plus tard, lorsque les gens la reconnaissent dans la rue, il n’est pas rare qu'ils chantonnent les premières phrases du refrain en lui rappelant leurs souvenirs de l’époque.
Cette chanson est une version française d'un succès de la chanteuse italienne Rafaella Carrà. «Imagine: à la première émission de télé que j'ai faite, à Montréal, elle était invitée une semaine avant moi. Je croyais que ça allait être un flop! C'était déjà une star en Italie, alors on était tous un peu inquiets. Elle était très sexuelle et c’était assez vulgaire pour l’époque. Bref, ça n’avait pas passé, mais quand j’ai fait la chanson en français à l’émission, ç'a été un succès», raconte-t-elle.
Les grandes années
Chatelaine est tout à coup immensément populaire et elle n’en revient pas. La première année qui suit le succès de Corps à corps, c’est à peine si elle peut prendre une semaine de vacances. «Ç'a été comme ça au cours des quatre années suivantes. On voulait que je fasse quelque chose de plus sensuel, un peu à la Madonna», dit-elle. Si ses chansons suivantes connaissent le succès, aucune n’est aussi populaire que son premier titre. N’empêche qu’on se souvient encore, entre autres, de I Wouldn't Give You Up (son deuxième succès, qui lui a aussi valu un disque d’or), Sous le soleil de Corfou, Jack et Jill, Puisqu’on fait l’amour ensemble et Devant le juke-box, un duo avec Guy Boucher. Elle fait aussi une version d’un succès de Dick Rivers et de Sheila, comme cela se faisait si souvent à l’époque. «J’ai fait 13 chansons en tout, et je dirais qu’il y en a sept ou huit qui ont eu du succès.»
Il faut dire aussi que Chatelaine faisait rêver bon nombre d’hommes! «Pourtant, j’ai été célibataire longtemps. (rires) Je trouve ça drôle, parce que je rencontre des couples et les femmes me disent à quel point leurs maris tripaient sur moi quand ils étaient jeunes. “Il avait même votre poster!”, m’a dit l’une d’elles. Je trouve ça cute, ça me flatte. Disons que je fittais dans le décor de ces années-là. Ç'a été une belle période et ce qui est le fun, c'est qu’aujourd’hui, je chante encore à l’occasion. Je n’ai jamais arrêté, en fait. Je me suis ajustée, je joue des claviers et des percussions. Je m’amuse en chantant, mais je te dirais que je suis en semi-retraite.» Chatelaine conserve évidemment de très beaux souvenirs de l'époque de sa gloire. Elle a vécu de grandes émotions lorsqu’elle a participé aux spectacles de La tournée des idoles. «Ç'a été incroyable! Cette tournée a duré un an. Il y avait Patsy Gallant, Claude Valade, Michèle Richard, Gilles Girard et Jean Nichol, toutes des personnes que j’avais eu l’occasion de côtoyer à l’époque. Et je peux te dire que de nous retrouver devant autant de gens qui connaissaient toutes nos chansons par cœur, c’était impressionnant! J’ai vécu beaucoup d’émotions. Les spectateurs étaient heureux de nous voir. J’en ai même vu plusieurs pleurer, et ils nous disaient tous à quel point on leur rappelait de beaux souvenirs.»
Des débuts modestes
Avant de devenir une vedette de la chanson, Chatelaine n’avait pourtant jamais envisagé de faire ce métier. «Il y avait un piano dans le sous-sol chez mes parents, et je pense que j’ai joué les mêmes chansons pendant quatre ans. Je m’amusais à imiter Véronique Sanson, avec le trémolo, mais c’était simplement pour le plaisir. Quand notre famille a déménagé à Repentigny (elle est native de Shawinigan), il y avait un bar où on présentait des spectacles. Un soir, mes amis m’ont poussée à aller chanter sur scène. J’avais 17 ans et je n’avais jamais chanté devant un public. J’ai fait une chanson, It’s Too Late, de Carole King, en m’accompagnant au piano, puis Je n’ai besoin de personne de Véronique Sanson. C’est cette soirée qui a tout déclenché, parce qu’on m’a proposé d’être payée pour aller chanter à ce bar. Ma mère était très sévère, mais même si elle était craintive, elle me faisait confiance. C’est drôle parce que, bien des années plus tard, j’ai appris que c’est le métier que ma mère aurait aimé faire», révèle-t-elle.
C'est à ce moment que Claude Blanchard la repère, alors qu'il vient d'ouvrir son bar, La cravate blanche. Il lui propose de remplacer la chanteuse habituelle pendant ses vacances. «J’ai sauté sur l’occasion, et quand elle est revenue, Claude m’a demandé de continuer, ce qui m’a amenée à chanter à cet endroit pendant deux ans. J’y ai appris mon métier, et c’est à ce moment que Mme Daniel, qui bookait tous les artistes un peu partout au Québec, est apparue pour m’offrir des contrats.»
Après la gloire
Après les belles années de sa carrière, Chatelaine se produit en trio, puis en duo, avec un pianiste. «L'époque des soupers dansants commençait et j’ai eu la chance d’aller chanter à un endroit à Saint-Basile-le-Grand qui s’appelait Le Malibu. Il pouvait y avoir 450 spectateurs, c’était un très bel endroit. J’y ai chanté durant cinq ans. J’ai été tellement chanceuse! J’ai ensuite chanté souvent dans des résidences pour personnes âgées. Mais je ne suis pas une exception: j’ai eu des hauts et des bas au cours de ma carrière, comme tous les travailleurs autonomes.»
Très occupée par sa carrière, Chatelaine n’a toutefois jamais eu l’occasion de devenir mère. «J’ai voulu avoir des enfants, mais le copain avec qui j’étais depuis 13 ans étirait l’élastique, il me disait qu’il n’était pas prêt. Je l’ai laissé à l’âge de 39 ans et comme c’était assez critique d’avoir un enfant à ce moment-là, j’ai décidé d’oublier ça. Je me suis dit que le bon Dieu n’avait pas voulu que j’en aie, alors j’allais aimer ceux des autres. Ma sœur Louise a deux enfants, qui en ont eu à leur tour. C’est sûr que j’aurais adoré en avoir — je sais que j’aurais été une bonne mère —, mais je n’étais juste pas avec le bon gars. Maintenant, je me trouve très chanceuse d’être en santé, malgré des petits bobos ici et là. J’ai la chance de vieillir.»