Claire Trottier: De philanthrope à libraire, la femme qui a parié sur «Heated Rivalry»

Marjolaine Simard

2026-02-07T11:00:00Z

Claire Trottier vient d’une famille très fortunée et ne s’en cache pas. Consciente de ses privilèges, elle milite ouvertement pour une taxation accrue des grandes richesses afin de réduire les inégalités sociales, s’engage auprès des réfugiés et cherche des solutions concrètes face aux changements climatiques. Philanthrope au cœur tendre, elle est aussi copropriétaire de la librairie-café-bar Joie de livres, un lieu dédié à la romance, à la science-fiction, à la fantasy et à l’horreur. Rencontre avec une femme au parcours aussi engagé qu’inspirant, qui a flairé le succès de la série Rivalité passionnée (Heated Rivalry).

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Tu es aujourd’hui une femme de 45 ans au parcours fascinant. Remontons le temps. Quel genre de petite fille étais-tu?

J’étais plutôt introvertie, pas très populaire, clairement une nerd. Je m’intéressais beaucoup à la science et j’ai toujours été une grande lectrice. C’est vraiment ça qui me définissait. J’ai eu une enfance heureuse et stable, dans une famille aimante. J’ai aussi grandi dans un contexte particulier, car mon père a fondé son entreprise, Matrox, qui développe des solutions matérielles et logicielles spécialisées dans les technologies graphiques en 1976, et je suis née en 1980. J’ai donc grandi au rythme des succès de la compagnie et dans le confort financier qui l’accompagnait. J’en suis très consciente.

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Malgré ce contexte privilégié, on sent chez toi une grande empathie. Est-ce que ça remonte à l’enfance, à ton éducation?

Oui, en grande partie. Mes parents ont toujours eu un fort sens de la responsabilité envers les autres. Ils n’ont jamais été dans l’ostentation ou le matérialisme. Le succès ne les a pas changés. Ils ont gardé les mêmes amis, les mêmes valeurs depuis toujours. J’ai grandi dans cet environnement. La compassion n’a jamais été accessoire chez moi, elle est centrale.

La philanthropie occupe une place importante dans ta famille, notamment avec la Fondation familiale Trottier. Peux-tu m’en parler?

La fondation a été créée par mes parents. Son principal axe d’intervention concerne les changements climatiques, mais elle soutient aussi la science, l’éducation et la santé. La science occupe une place particulière, entre autres parce que mon père est passionné d’astronomie. La fondation appuie donc la recherche et la formation scientifique.

Tu présides actuellement le conseil de Patriotic Millionaires Canada. Quelle est la mission de ce mouvement?

C’est un regroupement de personnes fortunées qui militent pour une taxation de la richesse et un système fiscal plus équitable. Le mouvement existe à l’international depuis longtemps et a été lancé au Canada cette année. Mon message est simple: «Taxez-moi!» Ça n’a aucun impact négatif sur ma qualité de vie, mais ça peut avoir un impact immense sur la société. Les données économiques sont très claires à ce sujet.

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Quand tu prends position pour la taxation de la richesse, comment réagissent les autres personnes fortunées?

Il y a des réactions très variées. La résistance est surtout systémique. Elle vient souvent de l’entourage professionnel des ultrariches, de ceux qui veillent sur leur fortune. Pourtant, tout le monde devrait avoir son mot à dire sur la façon dont la société est organisée, pas seulement les grandes fortunes.

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Tu as aussi lancé ta propre fondation, Euphrosine. Pourquoi ce nom?

Euphrosine est le prénom d’une de mes ancêtres maternelles. J’ai découvert que son nom venait de la déesse grecque de la joie. Ça m’a frappée, car générer la joie est fondamental dans ma vie. Même si on travaille sur des enjeux graves comme la démocratie et les droits humains, la joie reste essentielle. Ma conviction, c’est que les inégalités extrêmes nuisent directement au fonctionnement démocratique.

Tu es aussi maman. Comment abordes-tu la question de l’argent avec tes enfants?

J’ai deux enfants, âgés de 11 et 14 ans. Je suis très honnête avec eux. Je leur dis que nous avons accès à une richesse beaucoup plus élevée que celle de la majorité des gens et que nous vivons dans une société profondément inégalitaire. Ce sont des faits. Ça ne veut pas dire qu’il faut culpabiliser, mais qu’il faut en être conscient et faire partie de la solution.

Au départ, ton parcours était surtout scientifique...

Oui. Mon rêve, c’était la recherche et l’enseignement. J’ai fait un doctorat en microbiologie et immunologie, avec une spécialisation en virologie. Je suis devenue professeure à McGill, où j’ai enseigné plusieurs années. J’ai adoré cette carrière et je m’y suis énormément investie.

Qu’est-ce qui t’a menée à quitter le milieu universitaire?

J’étais engagée sur trop de fronts à la fois, avec l’enseignement, les conseils d’administration, la co-fondation du Collectif Bienvenue, qui fournit un soutien matériel et psychosocial aux personnes en situation d’immigration précaire, ainsi que ma vie de famille. Ce n’était plus viable. J’ai réalisé que beaucoup de gens peuvent enseigner l’immunologie, mais que peu sont en position de travailler concrètement sur les inégalités et la justice économiques. C’était plus aligné avec mes valeurs.

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Puis est survenu un cancer du sein...

Oui, en 2022, j’ai reçu un diagnostic de cancer du sein. Chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie. Tout ça a duré environ un an. Ça a été extrêmement difficile et cette épreuve m’a confirmé l’importance de mon engagement social, mais aussi la nécessité de faire de la place à la joie dans ma vie et dans celle des autres. On ne peut pas vivre uniquement dans la gravité.

Crédit photo: Bruno Petrozza
Crédit photo: Bruno Petrozza

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Est-ce ce besoin de joie qui a mené à l’ouverture de ta librairie Joie de livres, qui est une des plus belles librairies de la ville?

Exactement. Ma sœur Sylvie et moi parlions depuis longtemps d’un rêve un peu fou d’ouvrir une librairie-café-bar. On en parlait d’abord un peu à la blague. Après le cancer, on s’est dit: «Pourquoi pas? La vie est courte!» Finalement, ça fonctionne très bien. Ce projet s’inscrit dans la même vision, soit de créer des espaces de connexion, de communauté et de joie.

Tu es très proche de ta sœur...

Énormément. On se ressemble beaucoup, même avec quatre ans de différence. On travaille ensemble sur presque tous les projets. C’est ma partenaire, ma complice. Avec le temps, notre relation est devenue une amitié très profonde.

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Crédit photo: Claire Trottier
Crédit photo: Claire Trottier

Tu t’es retrouvée au cœur du phénomène Rivalité passionnée (Heated Rivalry). Quel est ton lien avec cette série qui cartonne actuellement partout dans le monde?

Je suis fan des livres Heated Rivalry depuis longtemps. Je les ai lus en 2022, pendant ma chimiothérapie, et ils m’ont énormément aidée à traverser la maladie. Quand on a ouvert la librairie, c’était évident qu’il fallait avoir tous les livres de l’autrice Rachel Reid. Et j’étais convaincue que l’adaptation des livres en série serait un succès monstre. On a commandé beaucoup d’exemplaires. J’ai vu juste, car ils se sont retrouvés en rupture de stock partout.

Vous avez aussi organisé des événements autour de la série...

Oui! Rachel Reid vient souvent à Montréal. On a organisé un événement intime à guichets fermés à la librairie, avec des fans venues du monde entier, puis un after party lors de la première mondiale avec les comédiens Connor Storrie et Hudson Williams. Tout ça s’est passé ici, juste avant que la série explose à l’échelle mondiale.

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Crédit photo: Claire Trottier
Crédit photo: Claire Trottier

Crédit photo: Claire Trottier
Crédit photo: Claire Trottier

Crédit photo: Claire Trottier
Crédit photo: Claire Trottier

Qu’est-ce que tu souhaites pour la suite?

Continuer à faire avancer ces idées, lutter pour une société plus juste, lire des romans et créer des espaces de joie et de communauté. On vit une période inquiétante. Je veux contribuer à ce que le Canada demeure une démocratie forte et vivante.

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